Près de 50 millions d’enfants « déracinés »

Dans le monde entier, près de 50 millions d’enfants ont été déracinés – 28 millions d’entre eux chassés de chez eux par des conflits dont ils ne sont aucunement responsables, et des millions d’autres poussés à migrer dans l’espoir de trouver une vie meilleure, plus sûre

Souvent traumatisés par les conflits et la violence qu’ils fuient, ils sont confrontés à d’autres dangers, dont les risques de noyade lors des traversées, la malnutrition et la déshydratation, la traite des êtres humains, l’enlèvement, le viol et même le meurtre. Dans les pays qu’ils traversent, et même une fois arrivés à destination, ils sont souvent victimes de xénophobie et de discrimination.

Un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’UNICEF, Déracinés : Une crise de plus en plus grave pour les enfants réfugiés et migrants, fournit de nouvelles données et brosse un tableau invitant à réfléchir sur les vies et situations de millions d’enfants et de familles touchés par de violents conflits et d’autres crises qui les poussent à prendre tous les risques et à tenter un périlleux voyage plutôt que de rester chez eux.

5 August 2016 - Daresalam refugee camp, Chadís Lac Region. Khadija's sister stands in front of the family shelter. The forced journey of Khadija, a refugee in Chad Written by Badre Bahaji Listening to the story of Khadija, 15, and her many travels, I could imagine the dangerous road that these migrant children have taken. In 5 years, "Khadi" as her friends call her, has lived in five different places because of conflict or drought. Khadija Kaku lives in the Daresalam refugee camp in Chadís Lac Region. "My father is a farmer, he left us to go to work a plot of land leased near the shores of the Lake. He doesnít want us to live on humanitarian aid alone," she says, proudly. Kaku Khadija was born in Ariboye, a remote village in north-eastern Nigeria with no school and no clean drinking water. Her parents rented a small piece of land to work, but it wasnít enough. "In 2010, there was another drought. We couldnít harvest enough to live on for the rest of the year. We had to leave our home to travel to the village of Meltri on the shores of Lake Chad. Our uncle welcomed us there," she continues. The life of a teenager Khadijaís life in Meltri looks like the life of the kind of teenager I know. "My uncle had a television, a computer and a small shop where he charged peopleís phones. This is where I developed a passion for new technologies. We watched Bollywood shows and music videos from all over Africa. Then weíd go out with friends and try to imitate the movies or the lyrics for fun,î she says with an embarrassed smile. It was also in Meltri where Khadija discovered school, quickly advancing to grade 5. Reality would soon catch up to her however. "One morning when we entered the classroom, we found a letter slipped under the door of the school at night, written in Hausa by Boko Haram. The letter ordered parents to send their children home, and teachers to leave the area." The tone of her voice changed immediately as she recounted the incident. I
5 August 2016 – Daresalam refugee camp, Chadís Lac Region.
Khadija’s sister stands in front of the family shelter.
The forced journey of Khadija, a refugee in Chad
Written by Badre Bahaji
Listening to the story of Khadija, 15, and her many travels, I could imagine the dangerous road that these migrant children have taken. In 5 years, “Khadi” as her friends call her, has lived in five different places because of conflict or drought.
Khadija Kaku lives in the Daresalam refugee camp in Chadís Lac Region. “My father is a farmer, he left us to go to work a plot of land leased near the shores of the Lake. He doesnít want us to live on humanitarian aid alone,” she says, proudly.
Kaku Khadija was born in Ariboye, a remote village in north-eastern Nigeria with no school and no clean drinking water. Her parents rented a small piece of land to work, but it wasnít enough. “In 2010, there was another drought. We couldnít harvest enough to live on for the rest of the year. We had to leave our home to travel to the village of Meltri on the shores of Lake Chad. Our uncle welcomed us there,” she continues.
The life of a teenager
Khadijaís life in Meltri looks like the life of the kind of teenager I know. “My uncle had a television, a computer and a small shop where he charged peopleís phones. This is where I developed a passion for new technologies. We watched Bollywood shows and music videos from all over Africa. Then weíd go out with friends and try to imitate the movies or the lyrics for fun,î she says with an embarrassed smile.
It was also in Meltri where Khadija discovered school, quickly advancing to grade 5. Reality would soon catch up to her however. “One morning when we entered the classroom, we found a letter slipped under the door of the school at night, written in Hausa by Boko Haram. The letter ordered parents to send their children home, and teachers to leave the area.” The tone of her voice changed immediately as she recounted the incident. I

« Les images indélébiles d’enfants victimes – le petit corps d’Aylan Kurdi rejeté sur le rivage après sa noyade en mer ou le visage hébété et ensanglanté d’Omran Daqneesh assis dans l’ambulance après la destruction de sa maison – ont choqué le monde entier », déclare Anthony Lake, le Directeur général de l’UNICEF. « Chaque photo, chaque garçon ou chaque fille symbolise des millions d’enfants en danger, et exige que la compassion que nous ressentons pour les victimes que nous voyons se traduise par une action destinée à tous les enfants. »

 

Déracinés montre que :

  • Les enfants représentent une part disproportionnée et croissante des personnes ayant cherché refuge en dehors de leur pays de naissance : ils constituent environ le tiers de la population mondiale, mais à peu près la moitié de tous les réfugiés. En 2015, environ 45 % des enfants réfugiés placés sous la protection du HCR étaient originaires de République arabe syrienne et d’Afghanistan.
  • 28 millions d’enfants, déracinés par la violence et les conflits, ont été déplacés à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, dont 10 millions de réfugiés, un million de demandeurs d’asile dont le statut de réfugié n’a pas encore été déterminé et quelque 17 millions d’enfants déplacés au sein même de leur pays – autant d’enfants qui ont urgemment besoin d’une assistance humanitaire et d’un accès à des services vitaux.
  • De plus en plus d’enfants traversent seuls les frontières. En 2015, plus de 100 000 mineurs non accompagnés ont demandé l’asile dans 78 pays, soit trois fois plus qu’en 2014. Les enfants non accompagnés sont parmi les plus exposés aux risques d’exploitation et d’abus, notamment par les contrebandiers et les trafiquants.
  • Environ 20 millions d’enfants migrants à travers le monde ont également quitté leur foyer pour diverses raisons, dont la pauvreté extrême et les violences perpétrées par des gangs. Bon nombre d’entre eux sont particulièrement exposés aux risques d’abus et d’actes de détention, étant donné qu’ils ne possèdent pas de papiers, ne disposent pas d’un statut juridique précis et ne font l’objet d’aucun suivi systématique de santé – des enfants oubliés par le système.

Selon Déracinés, c’est actuellement la Turquie qui accueille le plus grand nombre de réfugiés, et très probablement le plus grand nombre d’enfants réfugiés au monde. Proportionnellement à sa population, le Liban est de loin le pays qui accueille le plus de réfugiés, puisque là-bas, environ une personne sur 5 est une personne réfugiée. En comparaison, on compte environ un réfugié pour 530 habitants au Royaume-Uni et un pour 1200 aux États-Unis. Toutefois, si l’on considère le niveau de revenu des habitants du pays d’accueil, ce sont la République démocratique du Congo, l’Éthiopie et le Pakistan qui enregistrent la plus grande proportion de réfugiés.

Le rapport affirme que lorsqu’il existe des itinéraires légaux et sûrs, la migration peut offrir des opportunités à la fois aux enfants migrants et aux communautés qui les accueillent. Une analyse des effets de la migration sur les pays à hauts revenus révèle que les migrants apportent plus qu’ils ne reçoivent en termes d’impôts et de contributions sociales, qu’ils comblent des pénuries de personnel hautement et peu qualifié sur le marché du travail et qu’ils contribuent à la croissance économique et à l’innovation au sein de leur pays d’accueil.

Toutefois, et c’est d’une importance cruciale, les enfants qui ont délibérément quitté leur foyer ou ont été déplacés de force sont souvent privés des avantages potentiels de la migration, comme l’éducation, un facteur pourtant déterminant aux yeux de beaucoup d’enfants et de familles qui choisissent de migrer. Un enfant réfugié risque cinq fois plus de ne pas aller à l’école qu’un autre enfant. Mais lorsqu’ils peuvent y aller, c’est à l’école que les enfants migrants et réfugiés sont le plus souvent confrontés à la discrimination, qui s’exprime notamment par des brimades et du harcèlement.

En dehors de la classe, des barrières juridiques empêchent les enfants réfugiés et migrants de bénéficier des mêmes services que les enfants originaires du pays d’accueil. Dans le pire des cas, la xénophobie peut aller jusqu’à des attaques directes. Rien qu’en Allemagne, les autorités ont dénombré, en 2015, 850 attaques perpétrées contre des foyers de réfugiés.

« Quel sera le prix à payer si nous ne réussissons pas à donner à ces jeunes la possibilité d’aller à l’école et de vivre une enfance plus normale ? Comment pourront-ils apporter leur contribution positive à la société qui les accueille ? Si rien n’est fait, non seulement leur avenir sera gâché, mais leurs pays d’accueil en sortiront diminués », explique Anthony Lake.

 

Le rapport relève six actions spécifiques qui permettront de protéger et d’aider les enfants déplacés, réfugiés et migrants :

  • Protéger les enfants réfugiés et migrants, en particulier les enfants non accompagnés, de l’exploitation et de la violence.
  • Mettre fin à la détention des enfants demandant le statut de réfugié ou migrants en mettant en place une série d’alternatives pratiques.
  • Ne pas séparer les familles – le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur donner un statut juridique.
  • Permettre à tous les enfants réfugiés et migrants de continuer à apprendre et d’avoir accès aux services de santé et à d’autres services de qualité.
  • Insister pour que des mesures soient prises afin de combattre les causes sous-jacentes des déplacements à grande échelle de réfugiés et de migrants.
  • Promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation.

Les enfants déracinés du Lac Tchad :

Les années de violences de Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad ont engendré une crise humanitaire qui se dégrade, avec 1,4 million d’enfants déplacés. Cette année, 475 000 enfants de la région du Lac Tchad vont souffrir de malnutrition aigüe sévère. Dans cette crise, plus de 8 personnes sur 10 vit chez des proches ou des voisins, ce qui ajoute un poids supplémentaire sur une communauté parmi les plus pauvres du monde.

Des vidéos et photos sur la crise du Lac Tchad sont disponibles en cliquant ici : http://weshare.unicef.org/Package/2AMZIFQ22DD    

Découvrez deux photos-reportages sur les enfants déplacés du Lac Tchad : « Un danger à Chaque pas »  http://ow.ly/YEOA303yFw4 et sur les communautés hôtes qui les accueillent « Construire des ponts invisibles » http://ow.ly/7SUd303zaL3

Linda Messo
Linda Messo est originaire du Burundi et dispose d'un master en journalisme. Passionnée par les thématiques du développement elle est rédactrice pour Info Afrique depuis 2009 et impliquée depuis 2012 avec 3 autres médias en ligne dans la communication sur différents pays d'Afrique. Avec l'équipe d'origine du média elle sillonne les différents pays à la rencontre des entreprises, des états, des ONG et de la société civile pour donner la parole aux "Acteurs du Développement".