Mobilisation mondiale contre un criminel de guerre africain

Le criminel de guerre ougandais Joseph Kony, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, s’est invité mercredi en tête des sujets les plus commentés dans le monde sur le réseau social Twitter.

Mercredi matin, de nombreux utilisateurs de Twitter ont eu la surprise de voir apparaître, au top des sujets les plus commentés sur le réseau social à travers le monde, un nom que beaucoup d’entre eux ignoraient. Et ce n’était pas «Google play», la nouvelle plate-forme du géant américain. Le haut du podium des «hashtags» (un mot précédé du signe «#», qui permet d’indiquer un sujet sur Twitter), habituellement squatté par Justin Bieber et autres sujets légers comme l’Ipad3, était cette fois occupé par un nom glaçant: Joseph Kony.

Joseph Kony est visé par un mandat d’arrêt international.

Joseph Kony, pour tous les «twittos» qui n’ont pas pris la peine de vérifier sur Wikipedia, est ce que l’on a l’habitude d’appeler un «seigneur de guerre» africain. Autrement dit, un criminel de guerre. Originaire de l’Ouganda, le personnage sanguinaire sévit depuis la fin des années 1990 aux confins du Congo et de l’Afrique des Grands lacs. Au départ, il était à la tête de la rébellion ougandaise contre le président d’alors, Yoweri Museveni. Au fil du temps, son Armée de résistance du seigneur (LRA) s’est transformée en une bande de fanatiques qui s’est mis en devoir d’ensanglanter toute la région. À leur actif: pillages, meurtres de civils, viols, esclavage sexuel et enlèvements d’enfants soldats. Autant de crimes contre l’humanité qui ont valu à leur leader d’être le premier individu visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, en 2005. Mais depuis lors, Joseph Kony reste en fuite.

Sur Twitter mercredi, «Invisible children» a popularisé le nom de Kony.

Révulsé par le sort des enfants soldats, une association américaine, «Invisible children» s’est donné pour mission de faire arrêter Joseph Kony avant la fin de l’année. «Le problème, estime l’initiateur du projet, c’est que 99,9% de la population mondiale ne sait pas qui il est. S’ils le savaient, il aurait été arrêté depuis longtemps». En mobilisant via les réseaux sociaux, le collectif cherche donc à intégrer le nom du seigneur de guerre dans la grande discussion mondiale qu’Internet permet. Sur Facebook, l’association a réuni presque un million de fans et lancé des actions citoyennes (rassemblements, campagnes d’affichage, kits d’action). Sur Twitter, c’est la diffusion d’un film de trente minutes qui lui a permis mercredi de générer un buzz inattendu.

http://vimeo.com/invisible/kony2012

Toute la journée, à travers le monde, les internautes se sont donc échangés des messages siglés «Stopkony» ou «Kony2012». Pourquoi 2012? D’abord parce qu’aux États-Unis aussi, c’est une année électorale: les politiques pourraient donc se montrer plus à l’écoute des citoyens. Surtout, parce qu’il y a quelques mois, Barack Obama a décidé l’envoi d’une centaine de soldats des forces spéciales en Afrique centrale, «pour aider les forces de la région œuvrant à faire quitter le champ de bataille à Joseph Kony». C’est le plus important déploiement de troupes américaines en Afrique depuis le sanglant fiasco de l’intervention en Somalie en 1993. Or si l’arrestation du criminel traîne, «Invisible children» craint que Washington ne se retire.

Pour l’heure, Joseph Kony et ses hommes, dont nul ne sait exactement combien il en reste, n’ont pas arrêté leurs exactions. Après une accalmie en 2011, les attaques ont même repris ces dernières semaines. Ainsi, le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé mardi que 3000 personnes ont encore dû fuir la région depuis le début de l’année. Depuis 2008, rappelle le HCR, «les activités de la LRA dans la province ont causé le déplacement interne d’environ 320.000 personnes». Et 20.000 gamins auraient en tout été raflés par la LRA pour être transformés en tueurs.