Conversation avec Hapsatou Sy : L’Afrique : « le plus beau voyage de ma vie », j’ouvre un espace de beauté à Luanda en Angola

Conversation avec Hapsatou Sy : La dynamique chef d’entreprise nous parle de son amour pour  L’Afrique : « le plus beau voyage de ma vie » et d’Ethnicia qui change de nom pour « Hapsatou Sy » et se développe avec une première franchise Africaine à Luanda en Angola.
Thierry Barbaut
info-afrique.com

Ethnicia c’est aujourd’hui 150 collaborateurs, 6 000 000 d’euros de chiffre d’affaire et 17 points de vente.

Hapsatou Sy m’a reçu dans son premier espace de beauté Quai Bourbon sur l’Ile St Louis à Paris crée en 2005.
Une très belle rencontre avec une femme dynamique, charismatique et passionnante. Elle ne perd pas pied dans le rythme effréné des affaires et de ses expériences télé avec M6.
En effet, Hapsatou  reste passionnément amoureuse de ses origines, l’Afrique, et particulièrement du Sénégal et du sud de la Mauritanie, avec pour cadre les villes et villages qui bordent le sublime fleuve Sénégal, source de vie de millions de gens.

Nous avons donc pu échanger sur deux thèmes principaux, L’Afrique d’Hapsatou, sa vie et ses origines, puis le monde des cosmétiques de la beauté et les futurs projets de son entreprise.

L’Afrique et Hapsatou Sy…

Thierry Barbaut : Hapsatou, vos origines sont en Afrique, avec un père Sénégalais et une mère Mauritanienne. Vous êtes allés dans ces pays et vous vivez depuis toujours en France, quels sont vos rapports avec l’Afrique aujourd’hui ?
Hapsatou Sy : Mon premier voyage en Afrique c’était en 1999, surement le plus beau voyage de ma vie, je ne l’oublierais jamais j’ai eu l’impression pas de découvrir, malgré le fait que ce soit la première fois que je venais, mais de « rentrer ».
Je disais même que je  « rentrais au pays ». D’ailleurs je me sens aussi Française et fiere de mon pays, que de l’Afrique et fiere de mon continent, du Sénégal, et de la Mauritanie.

J’ai donc réalisé ce sublime voyage, retrouvé une partie de ma famille, de mes ancêtres et véritablement ma culture !
Mais j’ai aussi tenu à aller auprès des gens, en brousse, A Orkadiere au nord du Sénégal (région du Fouta), la ville de mon père mais également à Wali le village de ma mère au sud de la Mauritanie (région de Gorgol). J’y ai oublié mes habitudes occidentales et j’ai pu me baigner dans ce qui allait devenir mes habitudes Africaines, et j’ai véritablement adoré ces moments simples et si profonds, gravir des montagnes, puiser l’eau avec mes cousines au puits, aller à la rivière faire les lessives aux champs avec ma famille, des moments extraordinaires, des journées magiques qui parfois finissaient en dansant autour d’un feu.
TB : Un véritable retour aux sources de votre culture et de vos origines ?
Hapsatou Sy : Exactement, un vrai retour aux sources et là il est véritablement possible de comprendre où est le véritable bonheur de vivre, il n’est pas que dans l’intérêt, car ils étaient tous très heureux avec peu de choses, et nous avons pu communiquer et beaucoup échanger sur le sujet.


T.B : Donc depuis ce voyage, un changement ? Un cœur un petit peu partagé entre l’Afrique de vos origines et la vie actuelle moderne àParis ?
Hapsatou Sy : Pas de changement profonds, car depuis toute petite j’ai baigné dans la culture Africaine à Paris, je parle couramment mon dialecte qui est le Peul, mes parents sont Peuls, du Sénégal et de la Mauritanie, ils m’ont toujours parlé le dialecte et m’ont fait découvrir la culture, je mange a la main à la maison, donc je n’ai pas eu l’impression de redécouvrir mais plutôt un sentiment profond de retour aux sources mais avec une redécouverte forcément parce qu’il y avait beaucoup de choses que je ne connaissais pas.
T.B : Vous retournez régulièrement en Afrique ?
Hapsatou Sy : Oui, régulièrement et avec un infini plaisir, et je parraine même une école à Dakar, je suis très attachée à mon pays et à ce superbe continent.

T .B : En Afrique et parfois sans moyens financier, les gens sont incroyablement soignés et élégants, parfois même dans des endroits extrêmement reculés. Il est fréquent de croiser des femmes superbement habillés, avec des pagnes colorés composants de superbes robes. C’est culturel de donner la plus belle image de soi en Afrique ?
Hapsatou Sy : L’apparence en Afrique est importante et même primordiale, culturellement la femme se doit d’avoir une belle apparence, tout comme l’homme qui ajuste lui aussi de nombreuses tenues typiques des régions ou ethnies avec une rare élégance. C’est dans la culture, c’est quelque chose de magique et c’est aussi ce qui m’a donné envie de travailler dans le monde de la beauté, car d’origine Africaine, j’ai baigné dedans depuis que je suis toute petite avec tous les merveilleux secrets de beauté de ma maman, et effectivement, la mode ce n’est pas de payer cher, c’est de savoir faire de ce que l’on a, quelque chose de beau !

La capitale de l’Angola, Luanda

Thierry Barbaut : L’Afrique est sortie des époques de colonialisme depuis la vague d’ »indépendance des années 60 et c’est avec la Chine et l’Amérique du sud un rare continent à être en plein développement, L’Afrique du Sud est un pays mondialement connu pour son modernisme, l’Angola possède un des PIB qui à le plus fort taux de croissance au monde, le Ghana est un modèle économique, Le Nigéria sera le troisième pays le plus peuplé au monde en 2015 avec 400 millions d’habitants.
Certaines migrations s’inverse, ainsi on voit aujourd’hui des Portugais partir chercher du travail au Mozambique ou en Angola, vous allez ouvrir le premier salon en Afrique et justement en Angola, pouvez-vous nous en dire plus ?
Hapsatou Sy : Effectivement, nous ouvrons en Angola un espace de beauté en Angola, qui ne s’appellera plus Ethnicia mais Hapsatou Sy, à Luanda, la ville la plus chère du monde ! J’y suis donc allée et malgré les préjugés qui m’ont été communiqué sur la dangerosité de ce pays, et en fait comme je m’y attendais ce n’est absolument pas le cas ! Tout s’est très très bien passé.
T.B : C’est une Franchise ?
Hapsatou Sy : C’est une franchise mais je tiens à les ouvrir avec des partenaires locaux, des gens qui connaissent parfaitement le pays, la culture, ce n’est pas parce que je suis née en Afrique que je connais tout. Ce sera une ouverture prévue pour la fin de l’année, il y eu énormément de travaux et d’aménagement sur le site, ce devra être un espace de beauté magnifique.
T.B : Ce sera la seule franchise prévue en Afrique ?
Hapsatou Sy : Ce sera la première en tout cas, et avec le nouveau nom des espace de beauté « Hapsatou Sy ».
T.B : Nous avons vu que vous soutenez Giving Back Charity (visiter le site). C’est un engagement personnel, un choix, issu de vos voyages ?
Hapsatou Sy : C’est ça, c’est les trois en même temps, c’est un homme extraordinaire, Babacar,  qui est à la tête de cette association, il est parfaitement impliqué, travaille à travers le monde et concrétise de superbes projets, voilà pourquoi je le soutiens. J’avais envie de choisir une association dont je partageais les idées, et là j’ai suivi à 100%.

Ethnicia devient Hapsatou Sy, le marché des cosmétiques, l’avenir…

T.B : Aujourd’hui la marque « Hapsatou Sy » c’est multiculturalisme et french touch ?
Hapsatou Sy : J’ai changé le nom car je voulais inviter les gens chez moi, dans ce que m’avais donné la société occidentale et Africaine, le respect, le partage, l’ouverture d’esprit c’est ce que j’avais voulu mettre dans ces espaces et j’avais envie que ce soit un lieu de multiculturalisme. Je ne souhaitais pas que dans ma salle d’attente il  y ai des magazines, comme Voici et Closer, mais plutôt des livres d’arts, de culture et de photos, j’avais envie que toutes les origines se mêlent ici dans  le respect total et ainsi prôner le fait qu’il n’y ai pas qu’une beauté, mais la beauté de tout le monde, c’est aussi pour ça que j’ai eu envie de valider ce changement de nom.
Il m’a souvent été évoqué que le mot ethnie (Ethnicia) était trop attaché à noir et métissé et je ne veux pas de communautarisme chez moi, pour moi c’est le début de la régression, c’est quelque chose de dangereux pour notre société et je ne l’accepterais jamais.
T.B : Le développement de la beauté et des cosmétiques Afro en France et en Europe est énorme, c’est plus de 12% d’augmentation par an.
Pensez-vous qu’il y ait un potentiel de développement de la cosmétique ethnique au masculin.
Hapsatou Sy : Le marché de l’homme dans les cosmétiques est un marché difficile, les hommes en Europe ne sont pas encore prêt, la consommation des hommes Africains est complètement différente, je pense que la marché est énorme, leur apparence est extrêmement importante, au-delà de ces critères, il est souvent évoqué que les Africains sont les plus grands consommateurs de crédits à la consommation, ce sont ceux qui dépensent le plus dans nos marchés et nous le constatons. Mais c’est aussi parce que nous n’avons pas en Afrique une culture d’épargne mais de consommations, profiter de la vie et consommer la maintenant et tout de suite… C’est donc effectivement une belle cible en matière de marché !
Il y aura donc un développement autour de l’homme sur l’espace de beauté en Angola.

T.B : Que pensez-vous des possibilités d’accès aux soins de beauté pour la communauté populaire Afro en France. Un marché possible pour Ethnicia qui est quand même plutôt sur un marché « haut de gamme »?
Hapsatou Sy : C’est vrai que c’est haut de gamme mais avec des prix accessible, nos prestations capillaires commencent à 30 euros, et vont effectivement jusqu’à des tarifs bien plus cher, il faut aussi penser à avoir des prestations et des prix un petit peu plus populaire pour donner accès à un plus grand nombre de consommateurs.
C’est aussi pour ça que la marque Ethnicia va devenir une marque de « Mass market » et de grande distribution pour que je puisse faire bénéficier de mon savoir-faire aux gens qui n’ont pas forcément les moyens.
T.B :
Accéder à une clientèle plus populaire avec des produits plus accessibles financièrement sous la marque Hapsatou Sy ?
Hapsatou Sy : Oui maisavec des produits de très bonne qualités, des produits des deux marques, Ethnicia en mass market et Hapsatou Sy plus sélectif.

Le premier espace de beauté Hapsatou Sy sur l’ile St Louis a Paris

T.B : Le développement commercial et marketing des grands groupes cosmétiques vers les « niches » ethniques, nous avons tous vu ces 10 dernières années les profils changer, les tops modèles aussi, des Chinoises, des Africaines sont en une des magazines ? Qu’en est ’il aujourd’hui et quelles seront les tendances de demain d’après vous ?
Hapsatou Sy : Et bien je dis ENFIN ! Les grandes marques se rendent compte enfin que ces gens dépensent, qu’ils sont soucieux de leur apparence et que ce ne sont pas des marchés à mettre de côté, et aujourd’hui la société évolue tellement dans ce sens qu’ils n’avaient pas d’autre choix que d’évoluer. Ils passaient à côté, et maintenant ils vont avoir une crédibilité à construire car ils ont laissé ce marché à l’abandon de nombreuses années. C’est donc quelque chose de totalement nouveaux pour eux, il va falloir l’aborder de façon qualitative, intelligente, car il est fréquent de voir des erreurs de communication colossales.
T.B : Ces grandes marques, mondialement réputée, vont donc devoir se développer sur ce marché contraintes et forcées ?
Hapsatou Sy : Oui, ils le sentent maintenant comme une opportunité, ils comprennent qu’il va falloir la prendre cette vague la, les idéaux beautés évoluent, dans la société aujourd’hui ce que nous trouvions de canon il y a quelques années est parfois à l’opposé du marché actuel.
T.B : Les tops modèles Africains par exemple, sont souvent très proches physiquement et par leurs couleurs de peau des modèles Européens, rarement une femme Africaines au traits typiques « négroïdes » est en une des magazines… Alors que cette beauté est de plus en plus reconnue ?
Hapsatou Sy : Oui, c’est vrai mais ça commence à venir, des femmes Africaine commencent à porter leurs cheveux au naturel, assument le côté Africain, on les voit revenir avec leurs racines, avec leurs cultures et si belles !

T.B : Les possibilités d’entreprendre et de se développer en France, votre expérience, quels en sont les secrets, la fibre, la volonté, mais c’est aussi bien savoir bien s’entourer ?
Hapsatou Sy : C’est de bien recruter, de bien s’entourer de savoir aussi tomber pour se relever, c’est très important d’apprendre par l’échec.
J’ai eu deux grandes chances : premièrement Je n’avais rien à perdre donc j‘ai tout risqué, deuxièmement, de réaliser que nous sommes dans un pays où il est vraiment possible d’entreprendre, c’était vraiment mon rêve, créer et développer mon entreprise.

T.B : Les gens vous contactent pour vous demander des conseils. L’académie Hapsatou un système de formation interne qui se développe ?
Hapsatou Sy : Effectivement ce sont des gens en interne que nous allons former et à qui nous allons proposer un emploi, je trouve qu’il y a une lacune dans ce secteur et j’avais envie de former les gens, ce sont des formations longue durée de 1 an et de plus si nécessaire, cela fonctionne uniquement à Paris pour l’instant.

T.B : Un développement à l’international, des franchises ?
Hapsatou Sy : Bien sûr on y travaille, on a déjà ouvert en Suisse, nous sommes contacté pour des franchises dans d’autres pays, c’est à l’étude.

T.B : Le changement de nom, Ethnicia devient Hapsatou Sy
Hapsatou Sy : Oui, j’en avais aussi assez d’être interpellée à propos du marché « ethnique » qui ne veux pas vraiment dire grand-chose, nous sommes tous ethniques et tous différents, je ne voulais pas participer à un combat de revendications de la couleur de peau, je ne me bat pas pour l’affirmer, elle est la et j’en suis fière.

T.B : Votre expérience télé, on a apprécié votre dynamisme, une expérience que vous voudriez renouveler ?
Hapsatou Sy : Peut- être  oui, mais je veux rester chef d’entreprise avant tout, et surtout voir les opportunités qui me seront présentées, nous verrons, mais pourquoi pas oui.

T.B : S’il vous était possible de réaliser votre rêve le plus cher quel serait ’il ?
Hapsatou Sy : Avoir une belle entreprise, pas une grande, ni une énorme, mais une jolie entreprise qui porte des valeurs, qu’elle soit un exemple et qu’elle donne des inspirations, qu’elle démontre aussi que les choses sont possibles, en rester très fière tout en maitrisant son développement. Je pourrais devenir un grand groupe mais toujours avec les mêmes valeurs, c’est primordial pour moi.

Thierry Barbaut
Directeur info-afrique.com

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