La transition énergétique en synergie avec le numérique

 

Editorial de septembre 2017, Thierry BARBAUT Rédacteur en chef d’Info Afrique

Leapfrog, Big Data, dématérialisation, mobile money… des mots barbares qui décrivent l’immense révolution industrielle déferlant sur le monde et dont bénéficie le continent africain

En synergie avec la transition énergétique, les nouvelles technologies deviennent le levier du développement de l’énergie verte.

L’énergie n’a jamais été démocratisée pour plus de 600 millions d’Africains : 70 % des habitants du continent vivent encore dans le noir. Certains doivent payer chèrement leur électricité et, souvent, se servir d’un groupe électrogène hors de prix pour subvenir aux fréquents « délestages ». Des usagers qui, finalement, paient jusqu’à trois fois plus cher qu’un usager européen pour un accès deux fois moins efficace.

De la bougie aux énergies renouvelables

En très peu de temps, l’Afrique est passée directement de systèmes datant des années 1980 et basés sur le fossile aux énergies vertes, modernes, renouvelables et intelligentes.

Au Rwanda, par exemple, dès que les centrales solaires stockent suffisamment d’énergie pendant la journée, elles font remonter l’eau des barrages. Ces derniers mettront en service l’énergie hydraulique la nuit afin de délivrer, toujours à moindre coût, l’électricité dans les foyers, les entreprises, les usines et les villes. La capitale rwandaise, Kigali, dispose d’un accès 4G gratuit dans ses 300 bus qui seront bientôt électriques !

D’autres systèmes permettent de répondre aux besoins des régions les plus isolées comme les produits développés par l’entreprise bordelaise Sunna Design. Le fondateur, Thomas Samuel, a créé une chaîne de montage couplée à un bureau de recherche pour construire des mâts au sommet desquels sont installés des panneaux photovoltaïques équipés de lampes ultrarésistantes et étanches.

Les installations de Sunna Design au cœur des villages d'Afrique de l'Ouest
Les installations de Sunna Design au cœur des villages d’Afrique de l’Ouest

Ces mâts, placés au cœur de villages isolés, diffusent la lumière gratuitement pour que la vie sociale se prolonge après la tombée du jour.

Le numérique et particulièrement le smartphone jouent un rôle fondamental en permettant aux personnes de connecter une box au mât et d’avoir, ainsi, l’électricité dans leurs logements. Le paiement du courant se fait directement par mobile monnaie sur les smartphones inclus dans le pack ! 100 % des usagers sont satisfaits. Pour les villages, le smartphone est désormais l’outil de gestion de la lumière et donc de la vie.

Pour en savoir plus lire l’article et mon intervention dans Reporterre

Les économistes du monde entier regardent aussi avec stupeur le Kenya se targuer d’avoir 40 % d’énergie verte et d’être le leader mondial de la banque sans fil. Ainsi, chaque jour, 2,5 millions de transactions sont effectuées sur mobile avec la solution de Vodacom M-Pesa !

Les Kenyans peuvent payer leurs factures d’électricité sur smartphone, envoyer de l’argent à leurs enfants et faire livrer des kits solaires dans tout le pays. Payer en cash sera bientôt considéré comme obsolète.

Ajouter à cela la sécurité qu’apportent les transactions par mobile et la nouvelle norme de cette économie dans laquelle 70 % des transactions, en 2016, sont informelles (en cash et sans traçabilité) et on obtient la recette miracle d’une croissance pour de nombreux secteurs.

Les applications de m-energie, m-santé, m-agriculture ou m-education révolutionnent les usages en Afrique - Photo Thierry BARBAUT Côte d'Ivoire 2017 -
Les applications de m-energie, m-santé, m-agriculture ou m-education révolutionnent les usages en Afrique – Photo Thierry BARBAUT Côte d’Ivoire 2017 –

L’économie est directement impactée par ces nouveaux usages dématérialisés et la captation des données, ou Big Data, permet de mieux servir les usages en débits, accès et services. La géolocalisation des usagers permet, par exemple, de faire livrer un produit commandé en ligne ou de le payer en ligne selon la région ou le pays. Mais il est aussi possible de faire géo-localiser la livraison avec des codes fournis par Google, permettant ainsi de contrer le fait que les rues africaines ne portent quasiment jamais de nom.

Souvent vue par les médias comme une région de famine et de pauvreté, l’Afrique de l’Est se développe grâce aux énergies vertes.

L’Éthiopie impressionne avec son barrage sur le Nil et sa production d’énergie hydraulique qui alimente l’ensemble du pays, mais elle est aussi fière d’avoir une des plus grandes compagnies aériennes du monde faisant de sa capitale, Addis-Adeba, un hub aérien du continent. La ville est aussi reconnue dans le monde entier pour l’utilisation de l’énergie électrique. Son métro, inauguré en 2016, est un des plus confortables et modernes du monde !

Le métro de la capital d'Ethiopie Addis Abeba impressionne par son modernisme
Le métro de la capital d’Ethiopie Addis Abeba impressionne par son modernisme

Aujourd’hui, l’effet conjugué du ralentissement économique dans les pays du « Nord » et la forte croissance économique dont jouissent de nombreux pays africains attirent de plus en plus les investisseurs privés. Ceux-ci considèrent dorénavant l’Afrique comme une terre de perspectives économiques et passent progressivement d’une logique de donation à une véritable logique d’investissement.

Progressivement car, paradoxalement, les porteurs de projets peinent encore à trouver des fonds. Ainsi, le développement de nombreuses centrales d’énergies renouvelables avance trop lentement, quand bien même la faisabilité et la rentabilité des projets semblent parfaitement assurées.

“Création d’un véhicule commun d’investissement dans les infrastructures doté de 600 millions d’euros” Rémy Rioux, directeur Général de  l’AFD et Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des dépôts

Thierry Barbaut avec Rémy Rioux, Directeur Général de l'Agence Française de Développement
Thierry Barbaut avec Rémy Rioux, Directeur Général de l’Agence Française de Développement

Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement, et Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des dépôts, ont annoncé, à l’occasion de leur premier déplacement conjoint en Afrique de l’Ouest, la création d’un véhicule commun d’investissement dans les infrastructures doté de 600 millions d’euros de fonds propres.

Par effet de levier, cela permettra de réaliser des investissements de l’ordre de 6 milliards d’euros dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’eau et de l’assainissement, des télécoms, de la santé et de l’éducation.

Après le Maroc, le Burkina se lance

La plus grande centrale solaire d’Afrique est géothermique. Elle se trouve à Noor, au Maroc. Mais c’est le Burkina qui compte reprendre la main en termes d’infrastructures photovoltaïques.

On parle de la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest !
Ce sont quelque 130 000 plaques de près de deux mètres de long fixées sur d’imposantes rampes métalliques plantées dans la terre rouge de Zagtouli, au sud-ouest d’Ouagadougou.

L’Afrique d’aujourd’hui donne le tempo en termes d’innovation

Les experts du numérique savent que le sujet de l’innovation inversée est bien réel. La France, l’Europe et d’autres pays observent avec intérêt l’Afrique.

Ils scrutent le continent pour y découvrir les solutions qui pourraient être dupliquées et redessiner le secteur mondial de l’énergie, des technologies innovantes et faire ainsi de l’Afrique un exemple d’énergie maîtrisée et responsable pour le reste du monde.

Mon éditorial est aussi publié par la revue France Forum de l’Institut Jean Lecanuet pour son numéro “Repenser l’Afrique”

Pour en savoir plus sur les énergies renouvelables consultez notre média “ERA Energies Renouvelables Afrique”