Conflit au Mali: Tombouctou libéré par la Françe

Enfin la liberté pour le Mali et scénes de liesse à Tombouctou !

Scènes de liesse au Mali. Le pays n’en avait pas connues depuis longtemps car il reste soumis à l’état d’urgence. A Tombouctou, dans le Nord, des habitants parlaient, lundi 29 janvier 2013, peu après la libération de la ville, d’une « nouvelle indépendance ». Dès ce mardi matin, la population a commencé à reprendre goût à la vie dans la cité aux 333 saints.

C’est sous un soleil de plomb que l’activité reprend tout doucement, la circulation également. C’est avec le sourire que la population, avec l’aide de l’armée malienne, a commencé à effacer les traces des dix mois d’occupation islamiste, notamment en passant un coup de peinture sur les grands panneaux installés partout en ville. Le premier visé, c’est celui de la police islamique au niveau de la place de l’Indépendance.

Dans la foule, un habitant de la ville ne se lasse pas de raconter cette scène : « Ils ont barré une plaque noire où il était écrit “police islamiste” devant le commissariat de la police malienne. Ce matin, l’armée a barré cela et maintenant on attend que l’on y écrive gouvernorat de la sixième région de Tombouctou comme c’était avant. On ne veut même plus voir une de leurs traces dans la ville mystérieuse des 333 saints. Maintenant, le président français devient le 334e saint. »

Calmer les esprits

Ce mardi, une réunion s’est tenue entre le colonel malien, Keba Sangaré, qui a mené l’opération de reconquête de Tombouctou et le Conseil de crise de la ville, conseil créé au lendemain de l’arrivée des islamistes il y a dix mois. Cette réunion a permis de lister tous les problèmes. A cette occasion, le premier vice-président du Comité de crise a remercié les soldats avant de demander à la population de ne pas chercher à se venger.

« Tombouctou libérée, ça représente pour nous quelque chose d’indescriptible car personne ne peut savoir ce que coût dix mois de privation, dix mois d’intolérance, dix mois d’humiliation, explique Diadié Hamadoun Maïga. Notre inquiétude c’était de ne pas voir cette belle victoire réalisée par nos forces armées et leurs alliés français. Nous en appelons maintenant à éviter tout esprit de vengeance ».

Sécuriser la ville

Les priorités des militaires français et maliens c’est de reconnecter la population de Tombouctou au Mali et au monde en réparant les réseaux de téléphone cellulaire. Mais il faut aussi trouver de l’essence pour la centrale électrique. Il ne reste actuellement que 4 000 litres de carburants en réserve, de quoi tenir 24 heures. Enfin, il faut contrôler tous les bâtiments tenus et habités par jihadistes car les craintes sont grandes. Des armes et des explosifs ont été retrouvés notamment à l’aéroport.

« Le premier message que je compte faire passer à la population c’est qu’elle sache que l’armée malienne et l’armée française sont présentes, a déclaré le colonel Keba Sangaré, coordinateur de la région militaire de Tombouctou. Avant l’arrivée des gendarmes, on va essayer de faire la police mais personne ne doit se livrer à des actes de vengeance. Il faut aussi empêcher les enfants de ramasser des objets qu’ils ne connaissent pas, il faut leur dire de ne rien ramasser dans les environs des bâtiments occupés par les jihadistes. »

Premières recommandations à la population dans la mesure où déjà, ce mardi matin, il y a eu des réactions de colère et des pillages. Par exemple, un chauffeur de l’un des leaders d’Aqmi a été agressé dans la matinée par une foule en colère qui a pillé sa maison. Récupéré par les militaires maliens, il est désormais en sécurité. La population, qui a souffert si longtemps, s’attaque aux maisons des islamistes, à certains commerces et récupèrent tout (nourriture-meubles-vêtements). Néanmoins, il y a une envie collective d’aller de l’avant, de s’entraider. Le mot liberté est dans toutes les bouches.

 

Les armées française et malienne sont entrées dans la ville du Sahara sous les applaudissements de la foule.

En trois semaines d’une offensive éclair, la France est en passe d’avoir chassé les différents groupes islamistes armés des villes du nord du Mali. Après avoir enlevé Gao samedi, les forces franco-maliennes ont repris Tombouctou entre dimanche et lundi, les Touaregs «laïques» du MNLA affirmant de leur côté contrôler Kidal.helicoptere-gazelle-francais-tombouctouAlors que les soutiens internationaux manquent toujours, plusieurs centaines de soldats français et du matériel ont été débarqués à Dakar en renfort, le défi à venir étant la sécurisation et le contrôle du terrain reconquis. «Nous sommes en train de gagner cette bataille», a résumé le président François Hollande, avant aussitôt d’ajouter qu’une fois l’intégrité du Mali restaurée, les forces françaises ont vocation à rejoindre leur base.Tombouctou, tombée l’an dernier aux mains des islamistes, a été encerclée dans la nuit de dimanche à lundi. Un millier de militaires français et 200 Maliens ont participé à l’opération. Le colonel Burkhard, porte-parole des armées françaises, a parlé d’«une action combinée avec appui aérien et moyens de renseignement – un Atlantique II et un drone».

Par l’est, «un bataillon renforcé arrivant de Diabali et Léré s’est emparé de l’aéroport en coordination avec les forces maliennes», a expliqué le porte-parole. Simultanément, des militaires français ont été parachutés sur les arrières des forces djihadistes pour les empêcher de fuir vers le nord.

Des milliers de manuscrits incendiés?

Alors que les soldats français et maliens prenaient le contrôle de la ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco sans rencontrer de résistance et sous les applaudissements, l’inquiétude grandissait sur les exactions et dégâts commis par les combattants islamistes. Avant de fuir, ils auraient incendié une bibliothèque contenant des milliers de manuscrits inestimables. «Les rebelles ont mis le feu à l’institut Ahmed-Baba créé récemment par les Sud-Africains, cela s’est produit il y a quatre jours», a déclaré lundi à l’agence Reuters Haïlé Ousmane, le maire de Tombouctou.

Le représentant en Europe du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad), Moussa ag Assarid, a affirmé lundi matin au Figaro que son mouvement venait de reprendre la ville et la région de Kidal, au nord-est du Mali. «Nous contrôlons la ville de Kidal, ainsi que les villes voisines comme Tessalit et In Khalil. Notre mouvement s’inscrit désormais dans la lutte contre les terroristes», a-t-il précisé.

L’information a été confirmée à Kidal, par des rebelles touaregs du MNLA rejoints par des dissidents d’un groupe islamiste armé. Les combattants islamistes les plus déterminés d’Aqmi et d’Ansar Dine, qui auraient fui Gao et Tombouctou pour Kidal, pourraient désormais se cacher dans les montagnes avoisinantes.

Comment apporter aide et renfort aux militaires français et africains qui risquent bientôt d’être harcelés par les islamistes? Lundi, l’Union africaine a estimé à 460 millions de dollars le budget du déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma). Une nouvelle réunion est programmée aujourd’hui dans la capitale éthiopienne en présence de responsables européens, américains et japonais.

Thierry Barbaut
Avec LeFigaro.fr