RDC : Moïse Katumbi, intimidations judiciaires en série

Alors que les sondages sont favorables à Moïse Katumbi, Joseph Kabila a décidé de « passer à la vitesse supérieure pour exclure son principal rival du jeu politique », selon Olivier Kamitatu, porte-parole du principal opposant de RDC. L’ancien gouverneur du Katanga est en effet sous le feu de plusieurs accusations, notamment celle de détenir deux nationalités, congolaise et italienne.

« Je vous dis que pour celui-là, c’en est fini, c’est terminé. En voulant tout gagner, il a tout perdu ».

Pour Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du parti présidentiel, cela ne fait aucun doute. Moïse Katumbi est « définitivement bloqué » car « il sera bientôt condamné ».

Le procureur général de la République et les Congolais ne semblent pourtant pas lui donner raison.

Pour Delly Sesanga Hipungu Dja Kaseng, secrétaire général d’Ensemble pour le changement, le mouvement de Katumbi, les déclarations d’Emmanuel Ramazani Shadary, selon lesquelles Moïse Katumbi « sera bientôt condamné », montrent que la majorité « se substitue à la justice, donne injonction à celle-ci et agit ouvertement au mépris des principes de présomption d’innocence.»

Moise Katumbi
Moise Katumbi

Trois dossiers totalement “bidonnés” d’après l’avocat de Katumbi, Eric Dupond-Moretti. Dans le premier, la juge qui a prononcé le jugement condamnant Moïse Katumbi pour spoliation immobilière a confessé  à un huissier, une fois réfugiée en France, qu’elle avait été menacée par « une arme, sur la tempe » pour le faire, rapporte le célèbre avocat.

“Instrumentalisation judiciaire à des fins politiques voire politiciennes”

Dans le cadre d’une seconde affaire dite des « mercenaires », Moïse Katumbi est accusé d’avoir « levé ou fait lever des troupes armées » sans ordre ni autorisation du gouvernement. Des accusations « loufoques qui ne sont étayées par aucune preuve », selon Olivier Kamitatu, porte-parole de Moïse Katumbi. Cette affaire concernerait des  faits, largement amplifiés, datante de 2015 mais antidatés en 2014, année durant laquelle Katumbi était encore gouverneur par “volonté de nuire”. Une manipulation dont le but serait de  faire juger Moise Katumbi directement par la Cour Suprême et, selon Eric Dupond Moretti,  de  : “ squeezer un degré de juridiction afin de rendre une décision avant le dépôt des candidatures”. La date de l’audience est fixée le 26 ou 27 juin. Un calendrier “parfait pour le pouvoir, comme ça il sera condamné définitivement (…) c’est clair net et précis: c’est le but de la manoeuvre”. Une affaire « totalement grotesque » selon Olivier Kamitatu, porte parole de Katumbi, qui montre que Kabila « a voulu passer à la vitesse supérieure pour exclure son principal rival du jeu politique ».

La dernière affaire en date concerne la double nationalité italienne de Moise Katumbi sur la base d’un document produit par une mairie italienne. Eric Dupond-Moretti balaye les arguments de Christophe Boisbouvier sur le plateau de RFI, mettant en avant les éléments de preuves rassemblés par Jeune Afrique. “Tout sera fait pour ne pas laisser Moïse Katumbi se présenter”. Il ajoute qu’il va fournir dans les semaines à venir un certain nombre de documents qui attestent – sans contestation possible – de la nationalité Congolaise de Moise Katumbi. C’est que le pouvoir use et abuse de moyens de pressions. Eric Dupond-Moretti estime que dans cette affaire, il y a de nombreux “faux, faux témoignages, juges menacés, juges sur qui on tire etc.”

Reste que Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, a saisi la Cour Suprême de Justice. Or, dans le document du Parquet, Moïse Katumbi est identifié comme un sujet « congolais », ce qui serait impensable si l’ancien gouverneur était italien. La RDC, en effet, ne reconnaît pas la double nationalité. Preuves d’incohérences et d’instrumentalisation de la justice.

Moise Katumbi favoris, 6% d’intentions de vote pour Kabila s’il se présentait

Si le combat a débuté sur le terrain juridique, la conquête de l’électorat semble en bonne voie. Selon un sondage réalisé par le Bureau d’études, de recherches et de consulting international (BERCI) et le Groupe d’experts du Congo (GEC) de l’Université de New York, « 66 % des Congolais voteraient pour des candidats d’opposition à l’élection présidentielle ». Les deux opposants en tête sont Moïse Katumbi (24 %) et Félix Tshisekedi (13%).

Selon le sondage, ni le président sortant ni son parti n’ont le moindre espoir : 80 % des Congolais ont une opinion défavorable de Joseph Kabila et 74 % souhaitent qu’il démissionne avant la tenue des élections. Ils ne sont que 17 % à dire qu’ils voteraient pour un candidat issu de la majorité présidentielle et seulement 6 % voteraient pour Kabila. Option en principe écartée, le président sortant n’ayant pas le droit de se représenter.

Des questions subsistent toutefois. Interrogé sur RFI, Emmanuel Ramazani Shadary s’est bien gardé d’affirmer que Joseph Kabila ne sera pas candidat. « Il n’est pas contraint de dire qu’il ne le sera pas. […] La Constitution ne dit pas à un président en exercice de faire une déclaration quand il ne sera plus candidat. Pourquoi vous voulez pousser le président à dire ce qu’il n’est pas autorisé à dire par la Constitution ? », a-t-il commenté tout en rappelant que « la population est derrière nous ». Une lecture toute personnelle des chiffres.

Laurent Diawara
Laurent Diawara: Etudiant en science politique et relations internationales. Franco-Ivoirien, je suis l’actualité de mes deux pays avec passion, mais m’intéresse également de près à tout ce qui se passe en Afrique. Toujours avide de discussion et de débats.