Le pluralisme politique rwandais : enjeu et danger

Le pluralisme politique a du mal à trouver ses repères au Rwanda. Pourtant, dans son histoire récente, il  a joué un rôle déterminant dans les changements politiques importants qui ont eu lieu dans ce pays.

N’est-ce pas un vrai paradoxe?

Pour mémoire, le pluralisme politique a pesé de tout son poids pour la destitution du roi et le passage du pouvoir aux mains des politiciens hutu dans les années 60.

De même, ce pluralisme à travers une opposition virulente, a joué un rôle majeur, depuis 1990, pour la fragilisation et le renversement du parti unique MRND (majoritairement hutu) et ainsi permettre au FPR (majoritairement tutsi) à s’installer au pouvoir.

Le pluralisme politique se pose donc en vrai catalyseur des changements radicaux qui s’opèrent au pays des mille collines. Il permet le passage du pouvoir d’un camp à l’autre, de  tutsi aux hutu ou de hutu aux tutsi. L’expérience aidant, on a l’impression que le pluralisme rwandais est un outil ponctuel, revanchard, délibérément choisi pour renverser un système, quelles que soient les conditions et installer un nouveau. A chaque fois, jusque là en tout cas, le pluralisme a abouti aux changements, il est vrai, mais avec des conséquences dramatiques inouïes : bain de sang, exil, humiliation, emprisonnement hors norme, etc.

pluralisme RwandaisCaché derrière un discours sociétal mensonger, prétextant l’unité et le bien-être de tous les rwandais sans distinction, le pluralisme rwandais fait ainsi semblant de proposer des réponses aux problèmes des rwandais. Avant même que le peuple ne s’exprime par la voix des urnes, les partis politiques se livrent à des confrontations meurtrières, ravivant la tension ethnique au point d’en venir aux drames cycliques déjà connus.

Au lendemain de la prise de pouvoir par le parti « victorieux », commence la chasse acharnée aux partis naguère alliés ou opposés. Dès lors, s’installe à nouveau un système sectaire s’appuyant sur la pensée unique et radicalisant à outrance les rapports ethniques.

Au cours des années 50-60, certains rwandais espéraient que le problème ethnique serait discuté pour trouver une solution définitive grâce au pluralisme politique. Avec le retour des partis politiques à partir de 1990, on a cru cette fois-ci que le problème ethnique et l’injustice sociale n’auraient plus de place au sein de la société rwandaise. C’était un rêve dont on attend la réalité qui tarde à arriver!  Il s’agissait dans  les deux cas, me semble-t-il, d’une stratégie politique calculée, visant des motifs  identitaires ou des intérêts   individuels.

Ces dernières années, beaucoup de partis politiques naissent comme des champignons (surtout en dehors du pays). Certains de ces partis, n’ayant pas véritablement de projets de société, meurent peu de jours après leur naissance. Malgré le cumul de déception, les rwandais font néanmoins toujours confiance aux partis politiques, si ce n’est pour eux le dernier recours. Ils sont  prêts à les suivre pour prétendre au lendemain plus rassurant.

A l’instar des régimes précédents, le gouvernement actuel semble inquiet et déstabilisé par le pluralisme dont on imagine la force, susceptible de changer radicalement tout le système. Si on accepte le pluralisme politique, quel sera l’avenir des gouvernants actuels? Ces derniers sont-ils certains de s’en sortir la tête haute? Le pluralisme ne va-t-il pas changer la donne et remettre le pouvoir à la majorité hutu ? A qui serait le tour de prendre le chemin de l’exil ?

De telles questions foisonnent dans les têtes des politiciens rwandais, surtout ceux ayant le pouvoir. Elles rendent quasi impossible, du moins pour le moment, l’ouverture au pluralisme. N’est-ce pas des questions ayant un certain sens, eu égard à l’histoire récente du Rwanda ?

 

“Même si le pluralisme rwandais est à la fois un enjeu et un danger, il ne faudrait pas en avoir peur.”

Quoi qu’il arrive, le pluralisme est incontournable. Il y a quelques années, on pouvait empêcher ou contrarier toute tentative de création de parti politique. Actuellement cela semble illusoire ou utopique dans un système mondialisé, s’appuyant sur les moyens de communication sophistiqués et  partout accessibles. Même si le pluralisme rwandais est à la fois un enjeu et un danger, il ne faudrait pas en avoir peur. C’est une nécessité qui s’impose. Pour éviter de le subir, il faudrait aller à sa rencontre, l’accueillir et le gérer.

A mon sens, la question identitaire hutu-tutsi devrait occuper le devant de la scène, trouver une solution durable. Un seul parti ne peut dorénavant prétendre trouver tout seul une réponse satisfaisante pour tous les rwandais. Cette question ne saurait bien entendu occulter d’autres problèmes dont elle est la cause ou la conséquence (problèmes économiques, justice, éducation, etc.).

Le pluralisme rwandais ne devrait pas être conçu dans une démarche de revanche. Après avoir tiré et analysé son bilan, Il doit à tous égards participer de la dynamique constructive, dans un esprit de dialogue et de tolérance.

Il doit mettre sur table les vraies questions de société, sans se voiler la face ou jouer la politique de l’autruche. De là, le pluralisme ne sera plus un danger à la politique rwandaise mais un enjeu, ou mieux un engin d’unité et de développement digne de ce nom.

Faustin KABANZA

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