Les femmes dans les gouvernements en Côte d’Ivoire

 

De plus en plus dans nos sociétés, les femmes font partie intégrante des pouvoirs de décisions

D’ailleurs, à cet effet, la Banque mondiale indique que : « Il est plus évident que lorsque l’égalité des sexes est mieux respectée, la croissance économique tend à être plus rapide, les pauvres sortent plus vite de la pauvreté et les conditions de vie des hommes, des femmes et des enfants s’améliorent ».

C’est fort de cela, que dans la déclaration des objectifs du millénaire,  figure en ligne de mire la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Il s’agit de donner aux femmes un pouvoir égal d’intervention dans les décisions qui influent sur leur vie. Et de leur permettre à travers cette autonomisation d’agir sur le développement de leur environnement et de leurs pays.

Membre de l’Organisation des nations unies (ONU), qui a affirmé en 1945 le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes, la Côte d’Ivoire, qui évolue dans le concert des nations, a alors intégré cette donne depuis son accession à l’indépendance en 1960.

Aussi, les gouvernements successifs de Félix Houphouët-Boigny à Kablan Duncan ont-ils eu recours aux compétences des femmes. Mais l’accession de ces femmes dans le giron décisionnel ne s’est pas faite de sitôt. Il a fallu attendre 15 années après la formation du premier gouvernement ivoirien (Félix Houphouët-Boigny a formé son premier gouvernement le 03 janvier 1961) pour y voir siéger une femme ! Elle se nomme Jeanne Gervais, née Ahou Siefer N’dri. Elle a occupé le poste de ministre de la condition féminine de 1976 à 1983. C’est la première femme à avoir inauguré ce poste qui cadre avec les aspirations des Nations Unies.

Jeanne Gervais connaissait bien le milieu politique ivoirien et environnemental ivoirien, pour avoir été pendant longtemps député à l’assemblée nationale (1965-1980). Elle est institutrice de formation. Après elle, vient Hortense Dadié épouse Aka-Aghui. Dernière à hériter du poste de ministre de la condition féminine (1986 – 1990). A l’instar de Jeanne Gervais, Hortense Aka-Anghui a été député à l’assemblée nationale de 1965 à 1990 et a également présidé aux destinées de l’Association des femmes  ivoiriennes (AFI 1984 – 1991) dont Jeanne Gervais fut la première présidente.

La troisième femme à avoir occupé un poste de ministre est Odette Kouamé N’guessan. Elle est entrée au gouvernement dans la même année que Hortense Aka-Anghui et y a passé le même nombre d’années. Elle avait en charge l’enseignement primaire.

La création d’un poste de Premier ministre en 1990 n’a apporté aucun changement quantitatif dans la nomination des femmes au gouvernement. Pourtant, l’arrivée d’un technocrate avait suscité beaucoup d’espoirs dans l’ascension de ces dernières. Dans ce gouvernement d’Alassane Ouattara, premier Premier ministre du régime d’Houphouët-Boigny, il n’y avait que trois femmes sur 23 ministres, comme dans le gouvernement précédent. Ce sont : Henriette Rose Dagri-Diabaté à la culture. Jacqueline Lohoues-Oble en qualité de garde des sceaux ministre de la justice et Grah Claire Elisabeth au ministère de la promotion de la femme.

Henri Konan Bédié, arrivé au pouvoir en 1993, ne fait pas mieux : le premier gouvernement après l’ère de Félix Houphouët-Boigny et le 17e gouvernement de la première république ivoirienne comptait deux femmes sur 28 ministres !

Ce sont Danièle Boni-Claverie (Ministre de la communication) et Albertine Hépié Gnanazan (ministre de la famille et de la promotion de la femme). Dans le second gouvernement du Premier ministre Kablan Duncan formé le 11 août 1999 et composé de 34 membres, on ne compte que trois femmes : Danièle Boni-Claverie, issue du premier gouvernement Duncan de 1993, Léopoldine Tiezan Coffie  et Safiatou Ba-Ndaw.

L’année 1999 se termine par un coup d’Etat. Le gouvernement formé le 4 janvier 2000, issu du coup d’Etat du 24 décembre 1999 n’enregistre que deux femmes sur 21 membres : Henriette Rose Dagri-Diabaté (à la Culture) et Constance Yaï (au ministère de la Solidarité et la Promotion de la Femme). Une troisième femme intègre le gouvernement Robert Guéi à la faveur du remaniement d’août 2000. C’est Marthe Achi Brou. Elle aura en charge les affaires sociales et la solidarité nationale.

Légers accroissements…

Il faut attendre l’avènement de Laurent Gbagbo au pouvoir pour voir un léger accroissement de la représentation féminine au gouvernement : cinq femmes sont nommées : Clotilde Ohouochi à la solidarité nationale et à la sécurité sociale, Odette Sauyet, au tourisme et à l’artisanat, Angèle Boka à l’environnement et aux Eaux et forêts, Henriette Lagou et Bro Grébé respectivement au ministère de la famille, de la femme et de l’enfant, et celui des sports. A partir de cette date, jusqu’à la survenue de la rébellion en septembre 2002, la population féminine enregistrera l’arrivée de nouvelles figures, dont : Victorine Wodié, Angèle Gnonsoa, Anne Messou Malan, Christine Adjobi.

Charles Konan Banny, Premier ministre à la fin de l’année 2005, ne dépasse guère ce chiffre plafond : six femmes au total dans son premier gouvernement : Jeanne Peuhmond (Famille et affaires sociales), Christine Adjobi Nebout (Lutte contre le sida), Amah Marie Tehoua (Industrie et promotion du secteur privé), Victorine Wodié (Droits de l’homme), Malan Messou (Culture et francophonie) et Martine Coffie Studer (Ministre délégué auprès du premier ministre chargé de la communication). A sa décharge, les ministres avaient été désignés par leurs partis respectifs.

Seule Martine Studer de la société civile relèvera de son choix. Son deuxième gouvernement (16 septembre 2016) compte cinq femmes sur 36 membres. On y enregistre l’arrivée d’un nouveau visage : Ginette Yoman en qualité de Secrétaire d’Etat auprès du premier ministre chargé de la bonne gouvernance. Soro Guillaume qui lui succède reste dans cette marge fétiche : cinq femmes au gouvernement. Un nouveau visage : Fatoumata Bamba. En mars 2010, il descend à deux femmes Christine Adjobi et Jeanne Peuhmond !

Ce sera (encore) à Laurent Gbagbo que l’on devra un autre accroissement du nombre de femmes au gouvernement.

L’équipe du Premier ministre, le Pr Aké Ngbo compte sept femmes : si quatre d’entre elles ont déjà occupé des postes ministériels dans des gouvernements précédents (Danièle Boni-Claverie, Jacqueline Lohoues-Oble, Angèle Gnonsoa et Christine Adjobi), trois gouttent aux délices de ces postes : Elisabeth Badjo (Fonction publique), Kouamé Anne Gnahoré (Solidarité, reconstruction et cohésion sociale) et Lago Daléba Colette (Secrétaire d’état chargé de la vie scolaire et estudiantine).

Ce bonheur sera, malheureusement de courte durée : le gouvernement de Soro Guillaume, en avril 2011, ramène le nombre de femmes ministre à sa portion incongrue.

Une seule femme sur une équipe de 13 membres : Kandia Kamissoko Camara. Elle est nommée à l’éducation nationale. Mais dans le 13e gouvernement de la IIe république que forme Guillaume Soro, sur 36 personnes il y a cinq femmes : Kandia Kamissoko Camara (Education nationale), Thérèse N’dri Yoman (Santé et lutte contre le sida), Raymonde Goudou-Coffie (Famille, femme et enfant), Kaba Nialé (promotion du logement) et Anne Désirée Ouloto à la salubrité urbaine. Le 14e gouvernement dirigé par Me Jeannot Ahoussou Kouadio n’innove pas en la matière. Sur 40 ministres, seules six femmes sont appelées dont cinq sont des ministres du gouvernement Soro (Thérèse N’dri-Yoman, Kandia Kamissoko Camara, Raymonde Goudou-Coffie, Kaba Nialé et Anne Désirée Ouloto). La sixième est Loma Cissé Matto (ministre délégué auprès du premier ministre, garde des sceaux ministre de la justice).

Kablan Duncan réalise le taux le plus élevé en la matière. Son dernier gouvernement de 36 personnes compte neuf femmes : Kandia Kamissoko Camara, Raymonde Coffie-Goudou, Anne Désirée Ouloto, Affoussiata Bamba-Lamine, Ly Ramata Bakayoko (Enseignement supérieur et recherche scientifique),  Euphrasie Yao-Kouassi (Famile, femme et enfant), Mariatou Koné (Solidarité, cohésion sociale et indemnisation des victimes) et Paulette Badjo Ezouehu (Droits de l’homme et libertés publiques).

La satisfaction sera cependant de courte durée : Amadou Gon inaugure la 3e république par la réduction du nombre de femmes. Elles sont désormais six au gouvernement. Ce sont Kaba Nialé, Kandia Kamissoko Camara, Anne Désirée Ouloto, Raymonde Goudou, Ly Ramata Bakayoko et Mariétou Koné.

Kaba Nialé est en poste au gouvernement en Côte d'Ivoire
Kaba Nialé est en poste au gouvernement en Côte d’Ivoire

Malgré les campagnes en faveur de l’égalité des sexes, ces statistiques qui atteignent à peine 10% de présence féminine au sein des différents gouvernements démontrent que ces campagnes et autres messages ne sont qu’une simple vue de l’esprit. Et que beaucoup restent encore à faire. On peut même l’affirmer : la parité est, pour l’heure, un grand leurre. En 57 ans d’indépendance, sur 39 gouvernements au total (y compris les remaniements), on ne compte que 40 femmes ! A peine une femme par gouvernement, avec une moyenne d’en-dessus une femme par an ! Le pourcentage est insignifiant et ridicule. Comme on le voit, tous ces discours politiciens qui prônent la promotion de la femme, ne relèvent que de la démagogie.

A l’instar de nombreux pays du monde, surtout d’Afrique, la Côte d’Ivoire ne manifeste donc guère d’intention franche d’œuvrer à la promotion de la femme. Elle peut se donner bonne excuse : aucun pays au monde n’a réalisé la parité. Un fait rassurant tout de même : aucun pays au monde n’a affirmé que la femme n’avait pas compétence à assurer de hautes fonctions d’échelle étatique. Vivons donc d’espoir de voir les mentalités ivoiriennes se convertir à une vision plus progressiste de la femme.