L’éditorial d’Octobre 2012 – Mali – Francophonie & Géopolitique –

L’Europe prix Nobel de la paix, serait-ce parce qu’elle n’a plus les moyens de faire la guerre en Afrique (ou ailleurs) ? Et d’y déployer ses intérêts ?…
Europe, Francophonie, instabilité & partenariats

 

– La France au sommet de la Francophonie en République Démocratique du Congo, François Hollande et le Mali.

François Hollande a beau marteler que la France va s’engager au Mali, cela fait plus d’un an que le pays est scindé en deux, le sud est à l’abandon politiquement et économiquement depuis 20 ans et le nord est aux mains des islamistes. Situation ubuesque puisque mélangeant extrémistes religieux, anciens rebelles partis en Lybie faire la guerre et maintenant de retour et armés, et indépendantistes Touaregs militants depuis des lustres pour leur autonomie… Le tout en conflit larvé avec une population prise en otage dans des conditions de vie déjà bien difficiles, même en temps de paix…

Mais revenons au président de la république Française François Hollande dont le choix cornélien va être de soi intervenir au Mali avec force et diplomatie (qui font rarement bon ménage), et ainsi de sacrifier les otages Français détenus au Sahel, soit de négocier, et depuis un an le prix des otages ne cesse de monter car aucune solution n’a pu être trouvée.
Les islamistes du Mali ne cessent de répéter qu’ils tueront les otages Français si la France intervient, et qu’ils utiliseront des boucliers humains, et là, c’est la population civile qui sera prise à nouveau en otage. Plus on libèrera les otages en payant, et plus des Français (et des étrangers) auront une cote de l’enlèvement qui monte, provoquant ainsi une insécurité qui ne rimera pas avec investissement et développement des entreprises Française ou Européenne en Afrique… Chose dont nous avons pourtant grand besoin.

En trois ans la France a donné 14 millions d’Euros aux pays Sahéliens, et les rapports parlementaires s’accumulent pour dénoncer l’utilisation de ces fonds et cette situation opaque. Effectivement ces millions seraient dépensés pour aider le Sahel ? Mais qui ? Où ? Et comment ? Aucune clarté sur la dépense de ces fonds.

Quant au fait selon lui de reprendre le nord du Mali, je pense que les Américains savent déjà que ce type de projet est voué à un échec, un Afghanistan bis… De plus il ne faut rien attendre des USA, la campagne de Romney contre Obama mobilisera les foules, pas le Mali !

En RDC François Hollande va même jusqu’à évoquer la réélection “douteuse” de Joseph Kabila à la tête de la RDC. Même si ces élections se sont encore une fois réalisées de manière ambigue, l’évoquer avant le sommet de la Francophonie ne parait pas judicieux.
N’oublions pas que le Congo sort de 10 années d’une terrible guerre civile sur fond de pétrole, d’affaire ELF et de trafic d’armes, alors il est de bon ton de n’attiser aucune braise sur les sujets sensibles. Que fait François Hollande ? Il reçoit Etienne Tshisekedi, opposant de plus de 50 ans au Congo…

Le gouvernement Français ne semble pas encore prêt et le prouve en commettant des gaffes (RDC: Sommet de la Francophonie, Yamina Benguigui, 140.000 euros pour un voyage) dont je parle dans Afrique Technologie, et surtout en tentant de fuir les sujets brulants lors du sommet de la Francophonie…
Des petits détails agacent au Congo. A Kinshasa par exemple là où a lieu le sommet, François Hollande refuse de passer une seule nuit sur place quand il arrive de Dakar, les Congolais sont choqués…

Dakar ou le président a stupéfait en critiquant à demi-mots l’ancien président Français Nicolas Sarkozy et son discours de Dakar, sans donner aucune direction claire pour la politique Franco-Africaine de son mandat en cours… M. Hollande ne fait plus campagne contre Sarkozy, mais Mandat contre Sarkozy, et je ne suis pas sûr que ce soit ce qu’attendent les Français et les Africains… Le président ne se mouille pas et va même jusqu’à choquer en n’applaudissant pas le discours d’ouverture du président Kabila.

Un sommet de la Francophonie en Afrique ou la politique de coopération semble complètement creuse alors que les Africains en attendent beaucoup. François Hollande lie la solidarité au développement, là on est en pleine langue de bois. L’aide de la France aux pays les plus pauvres, qui implique une aide bilatérale sous forme de subventions, à disparu. Ce qui explique d’ailleurs la perte d’influence de la France en Afrique. Toute notre aide passe maintenant par l’Europe et par les banques régionales de développement. Ce qui ne passe pas par ses canaux là se fait sous forme de prêt ce qui exclut les pays les plus pauvres.

Il y a un écart hallucinant entre les discours des autorités françaises sur l’aide au développement et la réalité. Le président Français parle aussi beaucoup de la fin de la Françafrique, d’accord et pourquoi pas, Foccart, l’homme Afrique de De Gaulle est mort depuis bien longtemps et si l’on est déjà bien passé a autre chose en matière de coopération, François Hollande ne propose rien pour son mandat. Pas de plan de développement, pas de coopération, rien…

Soit le président est mal conseillé soit je ne comprends plus rien. La Francophonie et sont sommet reste primordial, au-delà du message passé sur le sol Africain il faut s’imaginer que selon les prévisions en 2050 il y aura 700 millions de gens qui parleront le Français dans le monde et 80% seront en Afrique.

 

 

– Participer au développement de l’Afrique avec de nouveau partenariats et de nouvelles structures, suivi et contrôlés par à la fois par l’état et le privé afin de supprimer la réputation d’opacité des coopérations Europe-Afrique.

Il est évident qu’il faut complètement revoir notre façon de nous développer et de nous implanter en Afrique dans l’avenir. Ces choix stratégiques et bien sûr politiques doivent être confiés à des professionnels, qui connaissent et aiment l’Afrique, et avec les Africains et leurs cultures respectives.

Le but est de supprimer l’opacité qui règne autour des affaires entre l’Afrique et l’Europe et de séduire un plus grand nombre d’entreprises. Pourquoi ne pas avoir un organisme semi privé, semi étatique qui validerait les entreprises selon normes et cahiers des charges ?
Cette structure devrait être gérée avec des professionnels, passionnés de l’Afrique et de leurs métiers avec une collaboration à la fois avec les états Africains concernés et les ambassades sur le terrain.

Cela permettrait peut-être d’avoir des structures normalisés se développant sur le continent Africain de manière plus claire et surtout répertoriés et contrôlables. Contrôlables à la fois par les partenaires de ces entreprises et par les états, bénéficiant ainsi de garanties de solvabilité et de respect de normes strictes.
Cela donnerait aussi la chance à de nouvelles structures de se développer dans cette “Jungle” du business entre l’Europe et l’Afrique, nous permettant de mieux nous imposer face a la concurrence Chinois, Indienne ou Turque et Brésilienne.

 

 

– Géopolitique de l’Afrique en 2012 et perspectives pour 2013.

Aujourd’hui le constat est simple, l’Europe est en crise sans précèdent, et un grand nombre de ses pays ou de ses populations sont en récession. Avec un endettement record nous ne savons plus comment relancer notre économie, nous avons désindustrilaisé nos pays. Il est temps de réviser nos partenariats avec l’Afrique et de profiter des événements pour nouer de nouveaux deals modernes et profitables, et dans les deux sens, pourquoi pas à 50% ?

A côté de notre “vieille Europe”, c’est à dire à 50 kilomètres du sud de l’Espagne, le Maroc et le début du continent noir.
En Afrique le constat est différent, en tête du développement de la croissance mondiale voilà les 10 premiers dont la moyenne de progression est de 8%:

  1. Chine
  2. Inde
  3. Ethiopie
  4. Mozambique
  5. Tanzanie
  6. Vietnam
  7. Congo
  8. Ghana
  9. Zambie
  10. Nigéria

Notons que l’augmentation des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique s’est accrue de 83% et se porte à 166 milliards de dollars pour 2011. Et que, à part le Congo, tous les pays Africains cités sont Anglophone.

L’Ethiopie est citée, et effectivement parmi les projets phare, la construction d’une voie ferrée de 4 800 kilomètres desservant 49 villes et d’un cout de 174 milliards de dollars. C’est la Chine et la Turquie qui seront partenaires et investisseur sur ce colossal projet, réindustrialisant le pays et permettant de relier le port stratégique de Djibouti, mais aussi de Tadjoura, permettant ainsi de soulager Djibouti. Djibouti qui accueille justement une des plus grande base historique militaire Française en Afrique. Mais depuis le Américains aussi se sont installés !

Dans tous les cas l’Afrique s’industrialise et se développe aussi vite que la pauvreté recule. Entre 1980 et 2010 (exactement en mi 2001) le taux de pauvreté (population vivant avec moins de 1 dollar par jour) a régressé et est dépassé par le taux de PIB par habitant.

La situation change et le monde entier investit en Afrique, La chine bien sûr à cause de ses besoins impressionnants mais aussi l’Inde, le Brésil, et tous le pays émergeants.

Là aussi, nous la France sommes “PRETS” c’est ce qu’annonce Pierre Moscovici, « En Afrique, la Chine ne nous fait pas peur » à lire sur Finance Afrique. Quand on connait la situation sur le terrain, nous devrions nous poser certaines questions.

C’est simple selon les prévisions d’Africa’S Pulse : La croissance économique de l’Afrique devrait s’établir à 4,8 % en 2012

Je pense aussi beaucoup au Rwanda, qui est un pays qui revit et se développe incroyablement vite, sans compter le fait qu’il se trouve sur un axe stratégique, et justement au cœur de la fameuse “Muraille Verte“… Là aussi un pays Anglophone dans une zone de pays en plein essor économique. D’ailleurs le gestionnaire de fonds américain Blackstone prévoit d’investir trois milliards de dollars dans des projets d’énergie en Afrique, essentiellement avec des barrages.

L’Afrique en exploitant par exemple le débit du fleuve Congo, deuxième plus grand fleuve du monde derrière l’Amazone, pourrait alimenter en électricité plus de la moitié du continent Africain.

Les solutions existent, des entreprises étrangères arrivent à nouer de nouveaux partenariats, et les dettes des pays Africains sont à 90% effacés. Il serait regrettable pour la France et l’Europe de ne pas renouer des relations durable avec ces pays Francophones qui nous attendent et le répètent souvent.

C’est aussi dans les nouvelles technologies que tout se joue avec l’essor de la capacité du continent à créer des bases arrière pour les grands groupes et SSII du monde. Madagascar, le Maghreb, le Kenya, le Ghana, le Mozambique et l’Angola qui culmine, là aussi la guerre civile est terminée et le pays se développe avec de puissants accords financiers avec… La Chine. Luanda, une des villes les plus chères du monde, capitale aux airs de New York Africain !

Thierry Barbaut
www.info-afrique.com

Thierry Barbaut
Thierry Barbaut, fondateur de Info Afrique

 

Thierry BARBAUT - Numérique, économie, Afrique et développement
Thierry Barbaut est expert en stratégie numérique sur les projets en Afrique - #innovation #Afrique #Digital - Directeur Numérique et communication digitale de l'ONG La Guilde et l'Agence des Micro Projets depuis 2013. 20 années de pilotage de projets dans plus de 40 pays: eau, santé, éducation, agriculture, énergies renouvelables, entrepreneuriat et numérique. Auteur et conférencier sur l'Afrique et le numérique.