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La formation des talents locaux, un impératif pour l’Afrique

Des jeunes femmes impliquées dans la Google Code Week de Bujumbura - Mentorat technique de Thierry Barbaut
Des jeunes femmes impliquées dans la Google Code Week de Bujumbura - Mentorat technique de Thierry Barbaut

Dans un monde en pleine transformation, où les révolutions numérique et verte redéfinissent les contours du marché du travail, l’Afrique se trouve à un carrefour décisif. D’ici 2050, 40 % de la population mondiale de moins de 18 ans sera africaine, une statistique qui souligne à la fois un immense potentiel et un défi colossal.

Pourtant, le continent fait face à un déséquilibre préoccupant : chaque année, 10 à 12 millions de jeunes africains intègrent un marché du travail qui ne génère que 3 millions d’emplois, d’après l’Organisation internationale du travail.[1] Cette situation met en lumière un besoin urgent, celui de former la jeunesse africaine, en particulier dans les domaines du numérique. Pour que l’Afrique ne soit pas laissée pour compte des transformations qui s’opèrent, notamment dans le secteur de l’industrie, il est essentiel d’investir dans l’éducation et la formation de ces jeunes. Les compétences numériques ne sont plus une option, mais une nécessité pour garantir un avenir durable et prospère.

L’exode des talents et le défi de l’industrialisation en Afrique

Selon les données de l’Union africaine, environ 70 000 professionnels hautement qualifiés quittent annuellement le continent, une situation qui soulève des inquiétudes quant à son développement économique et son intégration dans l’économie mondiale. Cette émigration des cerveaux est perçue par 78 % des dirigeants d’entreprises comme une menace significative pour l’établissement d’activités durables sur le continent.[2]

Cette problématique se présente dans un contexte où l’Afrique s’apprête à produire un nombre croissant de diplômés : 1,5 million en 2023, et environ 1,9 million annuellement d’ici 2030[3]. La question de l’emploi de ces jeunes et la nécessité de les retenir sur le continent prend une importance cruciale, particulièrement dans un contexte où l’industrialisation et le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) devient prioritaire.

L’industrialisation rapide de l’Afrique nécessite une main-d’œuvre qualifiée dans des secteurs variés, allant de l’agriculture à la santé, en passant par les infrastructures et l’énergie. Ces domaines clés peuvent tirer un avantage significatif de la technologie pour augmenter leur compétitivité. Toutefois, ce progrès est entravé par un déficit de compétences, notamment dans des domaines critiques tels que l’analyse de données, l’intelligence artificielle, la robotique et l’automatisation. Un exemple pertinent est le « Digitech Ecosystem Summit » organisé par Huawei au Maroc le 25 novembre qui a mis l’accent sur l’importance du renforcement des compétences numériques et la consolidation des partenariats public-privé pour dynamiser l’économie digitale nationale.

En effet, face à ces défis, la mise en place de partenariats stratégiques entre les gouvernements, les entreprises privées et les institutions éducatives est devenue une nécessité. Ces collaborations doivent permettre d’aligner les programmes d’études avec les besoins du marché du travail, favorisant ainsi l’adéquation entre les compétences acquises et les attentes des entreprises. Un exemple est le partenariat entre Huawei et l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), qui a donné naissance au programme de bourse « Generation Connect Young Leadership » lancé lors du CSD Forum organisé par le géant des télécoms chinois, soulignant l’importance de ces synergies pour la formation des leaders numériques de demain.

La formation des femmes au numérique : un impératif pour l’industrialisation du continent

Un autre aspect crucial est l’inclusion des femmes dans le secteur des TIC. Actuellement, elles sont sous-représentées malgré leur potentiel considérable. L’UNESCO indique que les femmes ne représentent que 30 % des professionnels de la tech en Afrique, et ne captent qu’une part minime des financements dans le domaine entrepreneurial[4]. Cette disparité non seulement freine l’innovation mais aussi limite la compétitivité nécessaire pour l’industrialisation du continent. ONU Femmes a révélé que l’écart de genre dans le secteur numérique a déjà coûté environ 1 milliard de dollars au PIB des pays à revenu moyen ou faible[5]. Si cette tendance persiste, la perte pourrait s’intensifier, entravant les ambitions d’industrialisation du continent.

Le programme « Women in Tech » de Huawei Maroc, en collaboration avec le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, est un exemple marquant de l’effort pour renforcer l’inclusion des femmes dans les TIC. Lancé en 2022 lors du Digitech Ecosystem Summit, le programme a formé 100 femmes. Parmi elles, 50 ingénieures ont suivi des formations en intelligence artificielle et Big Data, et 50 professionnelles du management ont reçu des formations en Soft Skills. Cette initiative a contribué à renforcer leur autonomisation dans le domaine technologique.

Il est donc impératif de mettre en place des stratégies ciblées pour encourager les jeunes filles et les femmes à s’engager dans les métiers du numérique. Des initiatives visant à promouvoir l’éducation et la formation dans ces domaines pourraient transformer radicalement le paysage économique et technologique de l’Afrique. La clé du succès réside dans la création d’un environnement favorable où les talents locaux, hommes comme femmes, sont non seulement formés mais aussi retenus et valorisés.

En conclusion, face aux défis de l’exode des talents et de l’industrialisation, l’Afrique se trouve à un tournant décisif. La clé de son succès réside dans la capacité à retenir et à développer ses talents locaux, tout en assurant une participation accrue des femmes dans les TIC. La mise en œuvre de stratégies éducatives adaptées, l’investissement dans les technologies avancées et la promotion de l’égalité des sexes dans le secteur technologique sont cruciaux pour une croissance inclusive et durable. L’investissement dans l’éducation et les compétences numériques n’est pas seulement un impératif social ; il est stratégique pour le développement économique du continent.


[1] Numérique en Afrique : l’urgence de la formation, Le Point, décembre 2022.

[2] Afrique. Un vivier de talents inexploité, L’Observateur, octobre 2023.

[3] Afrique. Un vivier de talents inexploité, L’Observateur, octobre 2023.

[4] En Afrique, les femmes indispensables à la révolution industrielle par le numérique, Jeune Afrique, juillet 2023.

[5] En Afrique, les femmes indispensables à la révolution industrielle par le numérique, Jeune Afrique, juillet 2023.

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