Kenya: un «Eye Phone» pour diagnostiquer les problèmes oculaires

Une équipe de chercheurs britanniques a récemment mis au point et testé, au Kenya, une application qui pourrait s’avérer très utile dans les pays pauvres où les médecins spécialisés sont difficiles d’accès.

L’application « Eye Phone » permet, grâce à un smartphone, de faire un diagnostic oculaire en scannant la rétine du patient.

Un médecin kenyan se sert de la technologie « Eye Phone » sur son smartphone pour diagnostiquer un patient. Photo: capture d’écran / YouTube-AFPTV

Cela pourrait être une mini révolution pour les habitants des régions reculées du Kenya. Dans ce pays de 40 millions d’habitants, où il n’y a que 86 ophtalmologistes dont la moitié se trouve dans la capitale, souffrir de maladies oculaires peut devenir un véritable parcours du combattant. Sauf si le médecin local dispose d’un « Eye Phone »…

En attendant l’ophtalmo

eye-phone-kenyaUne équipe de scientifiques de la Faculté de médecine tropicale de Londres, dirigée par le docteur Andrew Bastawrous, vient de tester dans la région de Nakuru – à 150 kilomètres de Nairobi, la capitale kényane – une nouvelle technologie adaptée aux smartphones.

Équipé d’un objectif additionnel et d’un petit logiciel d’enregistrement des données, l’appareil, via l’application « Eye Phone », peut scanner la rétine du patient et établir un diagnostic oculaire.

Une fois les données enregistrées, celles-ci peuvent être envoyées à un médecin spécialisé, qui pourra ensuite conseiller un traitement, allant du simple collyre à l’opération chirurgicale, en passant par les lunettes de vue.

Si une intervention chirurgicale est nécessaire, le patient devra tout de même être emmené à l’hôpital de Nakuru qui réalise des opérations toutes les deux semaines.

Se servir de technologies déjà existantes

Partis du constat que 80% des cas de cécité pourraient être curables ou évitables, et que la majorité des aveugles et personnes souffrant de maladies oculaires pouvant être traitées vivent dans des pays en développement et n’ont pas accès à des soins de santé appropriés, les chercheurs britanniques ont mis au point cette technologie révolutionnaire, après cinq années de recherches et de travaux.

En septembre 2012, le docteur Bastawrous expliquait ainsi sa démarche : « Quand les gens cherchent à améliorer les soins de santé, ils regardent souvent les derniers développements en matière de soins et travaillent simplement à les améliorer. J’adopte une approche alternative en m’intéressant à des industries différentes pour utiliser ce qui existe déjà ailleurs ».

Les médecins locaux, qui sont généralement équipés de machines coûteuses et encombrantes, pourront ainsi se déplacer beaucoup plus facilement avec leur smartphone doté de la technologie « Eye Phone » qui coûte une centaine d’euros.

Une innovation destinée à se développer

Dans le cadre du projet du docteur Bastawrous et de son équipe, 5 000 patients kényans ont déjà été diagnostiqués avec l’application « Eye Phone » et avec un appareil professionnel afin de comparer les résultats.

L’année dernière, Andrew Bastawrous avait précisé que si l’Eye Phone fonctionnait après les tests menés sur le terrain, il souhaitait que « les gens du monde entier puissent en profiter ». « Et avec les progrès rapides de la technologie mobile, cette innovation va continuer à s’améliorer en même temps que les téléphones mobiles s’améliorent », avait-il précisé.

Selon le directeur de l’étude, interrogé par l’AFP, l’application semble avoir porté ses fruits. Les résultats ont en effet permis de détecter plusieurs maladies comme la myopie, l’hypermétropie, le glaucome ou la cataracte, et parmi les patients examinés au cours de l’étude, 200 personnes ont pu bénéficier d’une opération chirurgicale pour soigner diverses maladies oculaires.

Thierry BARBAUT
Thierry Barbaut - Directeur Afrique et pays émergents chez 42 www.42.fr et consultant international - Spécialiste en nouvelles technologies et numérique. Montage de programmes et de projets à impact ou les technologies et l'innovation agissent en levier : santé, éducation, agriculture, énergie, eau, entrepreneuriat, villes durables et protection de l'environnement.