L’Economic Development Board Mauritius fera son grand retour à Viva Technology 2026 à l’occasion des 10 ans de l’un des plus grands salons européens dédiés à l’innovation et aux technologies.
Cette nouvelle participation marque une volonté claire de repositionner Maurice comme un hub technologique régional capable de faire émerger des startups innovantes sur des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, la fintech, la gouvernance numérique, les ressources humaines, l’énergie ou encore les technologies de conformité.
Pendant quatre jours, du 17 au 20 juin à Paris, Maurice disposera d’un pavillon national au sein du salon afin de mettre en avant huit startups mauriciennes sélectionnées pour représenter l’écosystème technologique de l’île devant plus de 150 000 visiteurs internationaux, investisseurs, grands groupes et médias spécialisés.
Pour l’EDB, cette présence va bien au-delà d’une simple opération de visibilité. L’objectif est également de démontrer que Maurice ne se limite plus aux secteurs traditionnels comme le tourisme ou les services financiers, mais développe progressivement une économie de l’innovation tournée vers l’exportation de solutions technologiques à l’international.
Selon l’EDB, cette participation vise à promouvoir l’innovation mauricienne, stimuler l’entrepreneuriat local, attirer des investisseurs et partenaires stratégiques, favoriser les opportunités de réseautage et renforcer le positionnement de Maurice comme plateforme technologique régionale.
Parmi les startups présentes figure Breedj, spécialisée dans le futur du travail et le recrutement international. La société souhaite profiter de VivaTech pour présenter sa vision d’une plateforme IA permettant aux entreprises d’accéder à des talents internationaux via des solutions de recrutement, de payroll et de travail à distance. Pour Breedj, l’objectif est également de démontrer comment la technologie peut contribuer à transformer le “brain drain” africain en véritable “brain gain”.
Autre acteur de la délégation mauricienne, Eqxia présentera REEF, une plateforme de gouvernance IA destinée aux secteurs régulés comme la finance, la santé ou le juridique. La startup souhaite profiter de l’événement pour rencontrer des partenaires européens et démontrer qu’une startup mauricienne peut désormais développer des solutions d’intelligence artificielle compétitives à l’échelle internationale.
L’intelligence artificielle sera d’ailleurs l’un des fils rouges de cette délégation mauricienne. Scopewell.ai mettra en avant ses agents IA dédiés à l’optimisation des processus métier, tandis que corai dévoilera sa plateforme B2B permettant aux entreprises de centraliser et déployer différents modèles d’intelligence artificielle et assistants IA.
De son côté, Aetheis souhaite démontrer que Maurice et l’Afrique peuvent devenir des laboratoires d’innovation en matière d’IA appliquée à la formation professionnelle. La société mettra notamment en avant LearnNSucceed, une plateforme de coaching IA personnalisée destinée à transformer les méthodes de formation et d’apprentissage en entreprise.
Le secteur de la conformité et de la gouvernance sera également représenté par Bluefox SAS, qui présentera VERA, un agent IA conçu pour automatiser certaines tâches répétitives liées à la compliance et permettre aux équipes de se recentrer sur l’analyse et la prise de décision.
Dans le domaine de l’énergie, NexTherma exposera ses solutions de gestion énergétique destinées aux data centers et aux sites industriels, combinant optimisation thermique, stockage d’énergie et intégration réseau.
Enfin, Arbopen profitera de VivaTech pour accélérer le développement international de sa solution fintech, rencontrer investisseurs et partenaires et générer de nouveaux leads commerciaux.
Cette participation collective illustre également l’évolution progressive de l’écosystème startup mauricien. Longtemps concentré sur des activités de services, le pays cherche désormais à faire émerger des produits technologiques exportables capables de séduire des marchés internationaux.
Dans un contexte mondial marqué par l’accélération de l’intelligence artificielle et la transformation numérique des entreprises, Maurice tente ainsi de se positionner comme un territoire agile capable d’attirer talents, investisseurs et projets technologiques à forte valeur ajoutée.
Avec cette présence à VivaTech 2026, Maurice entend surtout envoyer un signal fort : celui d’une île qui souhaite désormais faire partie des conversations mondiales autour de l’innovation, de l’intelligence artificielle et du futur de l’économie numérique.
Nouveaux échanges régionaux d’électricité : Plus de 4 000 kilomètres de lignes de transport à haute tension ont été construits pour relier les réseaux électriques de 15 pays d’Afrique de l’Ouest grâce au WAPP, permettant aux compagnies d’électricité d’échanger de l’énergie au-delà des frontières. Environ 8 % de l’électricité régionale est désormais commercialisée à l’international (soit un niveau qui se rapproche du seuil de référence de 10 à 12 % de la Commission européenne), avec à la clé une réduction des coûts et une amélioration de la fiabilité de l’approvisionnement.
Élargissement de l’accès à l’électricité (2019–2025) : Plus de 3 millions de personnes au Burkina Faso, en Guinée, au Libéria, au Sénégal, en Sierra Leone et en Gambie ont bénéficié d’un accès à l’électricité grâce aux améliorations apportées aux réseaux de transport et de distribution.
Renforcement de la situation financière des compagnies d’électricité : La compagnie d’électricité de la Guinée-Bissau (EAGB) est passée d’un déficit mensuel d’environ 1 million de dollars à un solde positif. Celle de la Gambie (NAWEC) est redevenue rentable, avec des économies de coûts de l’ordre de 42 %, grâce aux importantes ressources hydroélectriques de la Guinée et à la boucle d’interconnexion régionale.
Lancement du marché régional de l’électricité (2026) : Le WAPP et l’Autorité de régulation régionale du secteur de l’électricité de la CEDEAO (ARREC) assurent la synchronisation technique de tous les réseaux interconnectés et développent les échanges commerciaux. Un nouveau marché « day-ahead » (DAM) est en cours de lancement, qui permettra aux compagnies d’acheter l’énergie dont elles ont besoin pour le lendemain à moindre coût, et d’éviter ainsi des délestages coûteux qui plongent les populations dans l’obscurité et paralysent les activités économiques.
Le programme pour l’intégration régionale de l’énergie et l’accès à l’électricité en Afrique de l’Ouest fournit une électricité plus abordable, plus fiable et plus durable, contribuant ainsi à la fois à la création d’emplois, à l’autonomie des femmes et à la réduction des impacts climatiques.
Le défi de développement
Avant le programme, l’accès limité à une électricité fiable et abordable freinait le développement de l’Afrique de l’Ouest. Plus de la moitié de la population vivait sans électricité, et les habitants qui étaient raccordés au réseau subissaient des coupures à répétition. La plupart des compagnies d’électricité dépendaient de centrales anciennes alimentées aux combustibles fossiles, incapables de répondre à la demande de pointe ni de suivre le rythme des besoins croissants.
Produire de l’électricité revenait cher du fait de la dépendance aux carburants liquides importés, tandis que les tarifs de vente restaient inférieurs au coût réel du service, fragilisant la viabilité financière des compagnies. Les financements publics étant limités, les pays peinent à investir dans des capacités de production plus propres, ainsi que dans les réseaux de transport et de distribution nécessaires à l’acheminement du courant.
Quelques pays, comme la Guinée et la Côte d’Ivoire, qui disposent d’un excédent de production mais n’étaient pas en mesure de l’exporter faute de lignes de transport transfrontalières et de règles d’échanges commerciaux. Dans ce contexte, une solution régionale coordonnée s’est imposée comme indispensable pour surmonter les pénuries d’électricité nationales et accélérer la marche vers l’accès universel à l’électricité.
L’approche du Groupe de la Banque mondiale
La Banque mondiale a adopté une approche globale et multidimensionnelle, combinant partenariats, construction de lignes de transport, extension des réseaux de distribution, développement du marché et renforcement institutionnel. Grâce au cofinancement de partenaires — Banque africaine de développement, Banque européenne d’investissement, Banque ouest-africaine de développement, Banque islamique de développement et Agence française de développement, notamment —, le programme a permis la construction d’interconnexions de grande envergure : la ligne Côte d’Ivoire–Libéria–Sierra Leone–Guinée (CLSG), la boucle Guinée–Guinée-Bissau–Gambie–Sénégal (dans le cadre de l’OMVG) et l’interconnexion Sénégal–Mali (au sein de l’OMVS).
Soit autant d’infrastructures qui contribuent à l’unification progressive des réseaux électriques nationaux. Le recours à la technologie innovante du câble de garde sur ces lignes a en outre permis d’électrifier les communautés riveraines. À mesure que les postes électriques entraient en service, la Banque a soutenu l’extension des raccordements de proximité à travers le projet régional d’accès à l’électricité (REAP) et le projet régional d’accès à l’électricité et de stockage de l’énergie par batteries (BEST) menés au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Parallèlement, la Banque a contribué à la constitution d’un marché régional de l’électricité fonctionnel, en appuyant la standardisation des contrats d’achat d’énergie, l’élaboration d’un code de réseau régional et d’accords d’exploitation, la définition d’une tarification du transport d’électricité, et la mise en œuvre opérationnelle du Centre d’information et de coordination du Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (WAPP). Le programme soutient également le développement d’un marché « day-ahead » (DAM), sur lequel l’électricité est échangée la veille pour le lendemain, ainsi que la synchronisation complète des réseaux. Fin 2025, les organismes de réglementation ont validé les tarifs du DAM et le WAPP a réalisé le premier essai de synchronisation avec des flux d’électricité ininterrompus à travers douze pays d’Afrique de l’Ouest.
Véritable pilier de l’intégration et de la coopération sous-régionales et régionales, l’interconnexion OMVG met en commun les ressources de quatre pays et de trois bassins fluviaux pour garantir à tous une alimentation électrique continue, sûre et abordable. Elle renforce la viabilité financière des compagnies nationales d’électricité et soutient le développement socioéconomique des communautés, garantissant ainsi un avenir énergétique durable et partagé.
Demba Jallow,
Haut-commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG)
Contribution aux objectifs du Groupe de la Banque mondiale et à l’emploi
Le programme a amélioré les conditions de vie des femmes, en réduisant les inégalités entre les sexes et en permettant aux entreprises dirigées par des femmes de se développer, entraînant une hausse des revenus ainsi qu’un meilleur accès à l’éducation et aux services de santé. Il a également généré plus de 52 000 emplois directs et indirects grâce à la construction et à l’exploitation des réseaux de transport CLSG et OMVG, dans des domaines aussi variés que l’ingénierie, la construction, la logistique, la gestion de projets, ainsi que l’exploitation et l’entretien.
Enseignements tirés
L’expérience des projets d’interconnexions transfrontaliers confirme que l’intégration régionale de l’énergie constitue un moyen rentable de combler les déficits d’approvisionnement et d’assainir les finances des compagnies d’électricité. Grâce à la boucle OMVG, la Guinée-Bissau et la Gambie ont pu importer de l’hydroélectricité en provenance de Guinée, ce qui a permis de réduire de plus de moitié les coûts de production de l’EAGB (de 25 à 11 centimes de dollar par kWh) et de faire baisser ceux de la NAWEC de 42 %, ramenant ainsi les deux compagnies à la rentabilité. Le réseau CLSG a permis au Libéria et à la Sierra Leone d’importer une électricité moins chère en provenance de Côte d’Ivoire, avec une réduction des coûts de production de 10 à 20 %. De même, la ligne Tambacounda–Kayes (OMVS) a abaissé les coûts à Tambacounda, au Sénégal, en facilitant les importations depuis le complexe hydroélectrique de Manantali.
Prochaines étapes
À l’avenir, le programme pour l’intégration régionale de l’énergie et l’accès à l’électricité amplifiera les échanges transfrontaliers, renforcera la santé financière des compagnies et accélérera la marche vers l’accès universel à l’électricité, soutenant ainsi le développement socioéconomique de l’Afrique de l’Ouest.
La première phase du programme régional du marché de l’électricité en Afrique de l’Ouest (WA-REMP) accompagne le WAPP et l’ARREC dans la synchronisation complète des réseaux interconnectés et le lancement du marché «day-ahead», afin de dynamiser les échanges régionaux d’électricité. Pour renforcer la confiance dans les échanges d’énergie, le programme mettra également en place un fonds renouvelable de renforcement de la liquidité, garantissant la ponctualité des paiements, en complément de réformes nationales visant à consolider la viabilité financière des compagnies d’électricité.
Alors que les échanges régionaux s’intensifient et que l’accès à l’électricité progresse dans le cadre de la Mission 300, de nouveaux projets énergétiques régionaux sont en cours de préparation pour aider les pays à avancer vers l’accès universel, stimuler l’activité économique et créer des emplois. À terme, d’autres projets d’interconnexion transfrontalière sont prévus pour approfondir la connectivité régionale.
Le classement 2026 des entreprises africaines à la croissance la plus rapide publié par le Financial Times confirme une nouvelle fois la transformation rapide de l’écosystème entrepreneurial africain. Réalisé en partenariat avec Statista, ce classement devenu une référence met en avant les entreprises qui enregistrent les plus fortes croissances de chiffre d’affaires sur plusieurs années. Au-delà des chiffres, cette édition 2026 révèle surtout les grandes tendances économiques, technologiques et humaines qui redessinent le futur du continent.
Cette année marque plusieurs changements importants. Pour la première fois depuis la création du classement, une entreprise égyptienne prend la première place. Ce symbole illustre la montée en puissance de l’Afrique du Nord dans les secteurs technologiques, industriels et digitaux. L’Égypte confirme ainsi son rôle stratégique dans l’économie africaine, portée par une population jeune, un marché intérieur important et une forte dynamique entrepreneuriale.
Cependant, l’Afrique du Sud conserve largement sa domination globale dans le classement avec 51 entreprises présentes dans le Top 130. Johannesburg et Le Cap restent aujourd’hui les principaux hubs africains pour les start-ups, la fintech, les technologies financières, les services numériques et les entreprises innovantes. L’Afrique du Sud bénéficie d’un écosystème mature, d’investisseurs expérimentés et d’une expertise reconnue à l’international.
Selon Anton Gaylard, cofondateur de Crossfin Technology Holdings, cité dans l’article du Financial Times, l’Afrique du Sud dispose d’un avantage concurrentiel fort grâce à la qualité de ses talents, à son expertise sectorielle et à un coût des ressources humaines relativement compétitif par rapport à d’autres marchés internationaux. Malgré les critiques régulières sur la faiblesse du rand, le pays a également bénéficié d’une monnaie relativement plus stable que certaines économies africaines ayant subi de fortes dévaluations comme le Nigeria ou l’Égypte.
L’autre surprise majeure de ce classement est la montée en puissance du Kenya, qui dépasse cette année le Nigeria en nombre d’entreprises représentées. Le Kenya compte désormais 17 entreprises dans le classement contre 16 pour le Nigeria. Nairobi confirme ainsi son statut de “Silicon Savannah” africaine. L’écosystème kényan attire de plus en plus d’investissements internationaux, notamment dans la fintech, les solutions mobiles, l’agritech, l’éducation digitale et les plateformes de services.
Le Nigeria, longtemps considéré comme le géant incontesté de la tech africaine, reste un marché majeur mais traverse des défis économiques importants liés notamment à la volatilité du naira, à l’inflation et aux difficultés d’accès aux devises. Malgré cela, le pays continue de produire des entreprises technologiques capables de croître rapidement à l’échelle continentale.
Maurice confirme également sa montée en puissance avec 12 entreprises classées parmi les sociétés africaines à la croissance la plus rapide. Ce résultat est particulièrement remarquable compte tenu de la taille du marché mauricien. L’île continue de se positionner comme un hub stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, notamment dans les services financiers, les technologies, l’outsourcing, les ressources humaines et les services digitaux.
Dans le secteur des ressources humaines et du futur du travail, deux entreprises mauriciennes se distinguent dans ce classement : Aldelia et Talenteum avec sa technologie Breedj.com
Leur présence dans ce classement illustre une tendance forte : l’Afrique devient progressivement un acteur mondial du travail à distance, de l’externalisation et des talents internationaux. Ces entreprises participent activement à connecter les talents africains avec des entreprises situées en Europe, au Moyen-Orient ou en Amérique du Nord.
Dans le cas de Talenteum et de sa technologie Breedj, le modèle repose sur une combinaison entre marketplace de talents, Employer of Record (EOR), outsourcing, gestion de la conformité RH et employabilité. L’objectif est de permettre aux entreprises internationales de recruter rapidement des talents qualifiés en Afrique tout en simplifiant les aspects administratifs, juridiques et de paie.
Cette dynamique s’inscrit dans une transformation beaucoup plus large du marché du travail mondial. Depuis la pandémie, les entreprises cherchent de plus en plus à construire des équipes distribuées et internationales afin de réduire leurs coûts, accéder à de nouvelles compétences et gagner en flexibilité. L’Afrique apparaît désormais comme l’un des principaux réservoirs mondiaux de talents jeunes, qualifiés et connectés.
Le classement du Financial Times montre également que les secteurs dominants restent la fintech, l’IT et les logiciels, qui représentent près de 40 % des entreprises présentes. Cette domination reflète la puissance des modèles digitaux “asset-light”, capables de croître rapidement sans nécessiter d’infrastructures physiques lourdes.
Cependant, le rapport met aussi en avant une diversification progressive des secteurs représentés. Les entreprises industrielles, énergétiques, les utilities, l’hôtellerie et le voyage gagnent progressivement du terrain. Ces secteurs sont essentiels car ils génèrent davantage d’emplois directs et nécessitent des investissements structurants pour les économies locales.
L’énergie et les infrastructures deviennent notamment des enjeux majeurs pour soutenir la croissance africaine. De nombreuses entreprises du classement se positionnent sur les énergies renouvelables, les services publics ou les solutions d’optimisation énergétique. Cela montre que l’innovation africaine ne se limite plus uniquement aux applications mobiles ou à la fintech.
Un autre enseignement important de ce classement est la capacité de résilience des entrepreneurs africains malgré un contexte économique mondial complexe. Inflation, tensions géopolitiques, difficultés d’accès au financement, volatilité des devises et ralentissement mondial n’ont pas empêché certaines entreprises africaines de continuer à afficher des croissances impressionnantes.
Enfin, cette édition 2026 confirme que l’Afrique n’est plus simplement un marché émergent observé de loin par les investisseurs internationaux. Le continent devient progressivement un véritable laboratoire mondial d’innovation, porté par une jeunesse ambitieuse, des besoins massifs de digitalisation et une capacité unique à créer des modèles adaptés aux réalités locales.
Pour Maurice, la présence de plusieurs entreprises dans ce classement démontre également que l’île peut jouer un rôle stratégique dans l’économie numérique africaine. Grâce à sa stabilité, sa connectivité internationale, son bilinguisme et son positionnement entre l’Afrique et l’Europe, Maurice continue de s’imposer comme une plateforme régionale attractive pour les entreprises technologiques, RH et de services internationaux.
Le classement 2026 du Financial Times confirme ainsi une réalité de plus en plus visible : l’avenir de la croissance mondiale pourrait bien se construire en grande partie depuis l’Afrique.
À l’occasion du Sommet Africa Forward, Business France, Bpifrance et Proparco co-organisent le Forum économique « Inspire & Connect », qui réunira à Nairobi plus de 2 000 participants africains et français : décideurs publics, investisseurs, entrepreneurs, entreprises et institutions économiques.
Africa Forward vise à renforcer les partenariats concrets entre acteurs africains et français autour de l’investissement, de l’innovation, de l’industrialisation et de la création d’emplois.
Une délégation de près de 70 PME et ETI françaises mobilisée à Nairobi
Business France mobilise une délégation de près de 70 entreprises françaises, principalement des PME et ETI, issues des territoires et du tissu entrepreneurial français.
Le Kenya, deuxième économie d’Afrique de l’Est, s’affirme aujourd’hui comme un hub régional majeur pour l’investissement, l’innovation et l’entrepreneuriat. La France figure parmi les cinq premiers investisseurs étrangers du pays, avec près de 150 entreprises françaises implantées localement représentant environ 36 000 emplois directs.
Les entreprises mobilisées couvrent des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les infrastructures, la santé, le numérique, les services urbains ou encore les équipements sportifs. Parmi elles figurent notamment Hodi (solutions de mobilité et de transport), Intégrale (technologies et services numériques), Alyce (solutions de données et de mobilité intelligente), ainsi que Metalu Plast (équipements sportifs et d’infrastructures multisports).
« Connect » au cœur du Forum économique
Business France pilote la dimension « Connect » du Forum afin de favoriser les mises en relation économiques et l’émergence de projets concrets entre acteurs africains et français.
À ce titre, l’agence organise plus de 850 rendez-vous B2B et B2G durant le Forum, associant entreprises, investisseurs, institutions publiques et décideurs économiques.
Cette programmation comprend notamment des rendez-vous d’affaires ciblés, des rencontres avec des décideurs publics africains, des séquences de networking économique ainsi que plusieurs visites de terrain et de sites industriels organisées à Nairobi et dans ses environs.
Parmi les temps forts figure notamment une visite du site géothermique de KenGen à Olkaria, illustrant les opportunités de coopération dans les domaines de l’énergie et des infrastructures durables.
L’objectif est de favoriser l’émergence de partenariats durables et d’accompagner l’accès des entreprises françaises aux opportunités économiques du continent africain.
Deux thématiques stratégiques portées par Business France : les territoires d’Outre-mer et le développement des investissements africains en France
La première thématique concernera le rôle de Mayotte et de La Réunion comme interfaces économiques stratégiques entre l’Europe et l’Afrique de l’Est et australe. Une quarantaine d’entreprises ultramarines seront mobilisées à Nairobi afin de promouvoir l’intégration économique régionale dans l’espace de l’océan Indien.
La seconde portera sur la dynamique croissante des investissements africains en France. Plus de 1 400 entreprises africaines sont aujourd’hui implantées sur le territoire français, représentant près de 15 000 emplois et un stock d’investissements directs étrangers estimé à 8,6 milliards d’euros. Entre 2024 et 2025, Business France a accompagné 65 projets d’investissement africains en France, représentant plus de 1 000 emplois créés ou maintenus.
L’Afrique, une priorité stratégique pour Business France
Business France s’appuie sur un dispositif de 11 bureaux et 72 experts couvrant plus de 30 marchés africains, représentant près de 80 % du PIB du continent. En 2025, Business France a accompagné plus de 2 100 entreprises françaises en Afrique. Plus de 560 jeunes talents sont déployés au sein de 260 entreprises dans 34 pays africains avec le programme V.I.E.
Le Forum “Inspire & Connect” traduit une conviction forte : les relations économiques entre la France et les économies africaines se construisent désormais autour de l’investissement, de l’innovation, des partenariats industriels et de la création de valeur partagée. À travers Africa Forward, Business France souhaite favoriser des coopérations économiques concrètes, durables et mutuellement bénéfiques entre acteurs africains et français » Louis Margueritte, Directeur général de Business France.
Ce 23 avril 2026, à Dakar, à l’issue d’une Rencontre nationale ayant réuni des dizaines de parties prenantes du littoral dakarois, la Surfrider Foundation Sénégal a lancé un plaidoyer dont l’objectif général est « d’informer, et d’améliorer la qualité des eaux de baignade au Sénégal afin qu’elles atteignent, au minimum, un niveau satisfaisant pour la santé humaine et l’environnement ».
Cette initiative fait suite à un programme de suivi et d’analyse des eaux récréatives ayant duré plus de deux ans, dont les résultats montrent une qualité de l’eau variable selon les sites et les saisons, parfois alarmante, dont les conséquences sont, notamment, des risques de maladies, la disparition d’espèces marine, la baisse des rendements de la pêche et un impact sur l’économie du littoral notamment par le tourisme et les activités nautiques. A travers ce plaidoyer national, la Surfrider Foundation Sénégal et ses partenaires engagent une démarche collective pour informer et mobiliser l’ensemble des parties prenantes. Ils partagent les résultats de la qualité de l’eau, identifient les sources de pollution et proposent des recommandations et appellent à l’action les autorités publiques nationales (environnement, assainissement, urbanisme), les collectivités territoriales du littoral, les acteurs économiques du littoral, les usagers du littoral et les citoyens. Cette phase d’information et de plaidoyer est soutenue par l’Ambassade d’Irlande dans le cadre du projet « Urgence Hivernage » du Programme Qualité de l’eau. L’appel est national car l’exemple de Dakar constitue une alerte pour l’ensemble du littoral sénégalais où l’on retrouve les mêmes causes et signes de pollution.
Un programme impliquant 48 organisations
La Surfrider Foundation Sénégal, association engagée depuis 2020 pour la protection de l’océan, pilote depuis 2023 le programme « Qualité de l’Eau ». Ce programme vise à garantir aux usager·ère·s du littoral (baignade, pêche, surf, plongée…) une pratique sans risque sanitaire, tout en contribuant à la préservation durable du littoral sénégalais. Il repose sur une démarche collaborative impliquant des partenaires institutionnels, scientifiques et citoyens. Durant plus de deux ans, un suivi rigoureux de la qualité des eaux de baignade a été mené sur six sites emblématiques et fortement fréquentés du littoral dakarois : Virage, Baie des Carpes, Baie de Ngor, Secret – Corniche des Almadies, Ouakam – plage de la Mosquée de la Divinité, et Yoff BCEAO.
Ce dispositif a été mis en œuvre avec la participation de 48 organisations qui ont participé à 18 rencontres : des institutions publiques nationales et locales, des partenaires techniques et scientifiques, un réseau de suivi de la qualité de l’eau de citoyen.ne.s engagé.e.s (les « Saytoukat Géej » – gardiens de la mer), des riverain.e.s et des acteur.rice.s des sites suivis, des partenaires techniques et financiers.
Une qualité des eaux variable et préoccupante
Grâce à un réseau citoyen structuré, 80 campagnes de prélèvements de l’eau, soit 467 analyses bactériologiques réalisées par l’Institut Pasteur, ont été menées d’octobre 2023 à mars 2026. Les analyses se sont focalisées sur le taux de deux bactéries fécales (Escherichia Coli – « E-coli » – et Entérocoques) indicatrices de pollution bactériologique et utilisées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la réglementation de nombreux pays afin d’évaluer le risque sanitaire lié à la baignade. Se basant particulièrement sur la directive européenne 2006/7/CE (il n’existe pas de norme sur la qualité des eaux de baignade au Sénégal), on peut établir le bilan suivant :
Une majorité des prélèvements présente une qualité compatible avec la baignade, mais une proportion importante, 42,8 % des résultats, sont non satisfaisants témoignant d’une pollution bactériologique préoccupante.
La qualité de l’eau est variable selon les sites :
Site avec une qualité de l’eau satisfaisante pour la baignade : Ouakam.
Site avec une qualité de l’eau globalement satisfaisante présentant quelques contaminations : Virage et Secret.
Site non satisfaisant avec contaminations fréquentes et risques sanitaires : baie de Ngor.
Sites identifiés « à risque » nécessitant des efforts importants pour le maintien d’activités nautiques : Yoff et Baie des Carpes.
La Baie des Carpes est le site le plus dégradé du suivi pour E. coli. La moyenne observée y atteint environ 6 100 UFC/100 mL, soit 6,1 fois le seuil de 1000 UFC/100 mL correspondant à la valeur de référence issue de la directive européenne sur les eaux de baignade, au-delà de laquelle la qualité de l’eau est considérée comme non satisfaisante et peut présenter un risque pour la santé des usager·ère·s. La valeur maximale observée atteint 63 000 UFC/100 mL, soit 63 fois le seuil de 1000 UFC défini. Les autres sites atteignent également, ponctuellement, des niveaux très élevés.
Saisonnalité de la qualité de l’eau : pendant la saison des pluies, le risque de pollution bactériologique est environ 2,5 fois plus élevé qu’en saison sèche. L’eau est beaucoup plus polluée et beaucoup plus souvent. Cette variation s’explique, notamment, par le ruissellement des eaux pluviales vers la mer, les débordements des systèmes d’assainissement, le transport de déchets et polluants. Se baigner durant les quatre jours suivant la pluie présente davantage de risques.
Cette pollution bactériologique a donc été analysée scientifiquement, mais elle ne constitue qu’une partie de la pollution. Les analyses n’ont pas porté sur les produits chimiques, les métaux lourds, les hydrocarbures, les microparticules de plastique, etc. Les gros déchets peuvent être observés et sont parfois retirés de la mer lors d’opérations de bénévoles qui en « récoltent » parfois plusieurs tonnes.
Par ailleurs, une étude du profil de la plage de Yoff a été réalisée par le GRET (Groupe de recherches et d’échanges technologiques). Une cartographie a été réalisée afin d’identifier les sources potentielles de pollution pouvant expliquer les résultats obtenus et les solutions à mettre à œuvre.
Les potentielles causes de pollution bactériologique sont systémiques et multidimensionnelles :
Absence d’un système d’assainissement fonctionnel et contrôlé: rejets d’eaux usées non traitées dans la mer, déjections animales, déversement « d’eaux grises » (ménagères, mais souvent mélangées aux « eaux noires », des toilettes), déversement de déchets solides et plastiques.
Urbanisation non régulée du littoral : constructions dans des zones protégées, absence de systèmes d’assainissement…
Infrastructures publiques insuffisantes : réseaux d’assainissement inexistants ou défaillants, stations d’épuration insuffisantes ou mal suivies, branchements d’eaux usées sur des canaux d’eaux pluviales, gestion des déchets insuffisante.
Faible application des lois et manque de contrôle : non-respect des textes légaux existants (code de l’eau, code de l’environnement), impunité des acteurs pollueurs, fragmentation institutionnelle.
Facteurs sociaux et comportementaux : faible sensibilisation, pratiques polluantes quotidiennes (rejet des eaux grises à la mer, mauvaise gestion des fosses septiques et déversement des déchets dans l’environnement par terre et en mer).
Les objectifs spécifiques du plaidoyer sont 1) d’engager les citoyens et renforcer la sensibilisation et l’information 2) de réduire significativement les rejets d’eaux usées et grises non traitées dans le milieu marin 3) d’encadrer l’urbanisation du littoral pour prévenir les nouvelles sources de pollution 4) de renforcer le contrôle, la régulation et l’application de la réglementation existante 5) de réaliser un suivi de la qualité des eaux du littoral et mettre en place une norme de baignade 6) d’améliorer la gouvernance et la coordination des acteurs.
Le plaidoyer propose des recommandations d’action prioritaires : 1) Engager les citoyens et renforcer la sensibilisation et l’information 2) Mettre en place des solutions d’assainissement autonomes des eaux usées et grises dans les quartiers 3) Contrôler les rejets d’eaux usées et d’eaux pluviales 4) Renforcer les structures de collecte et de traitement des eaux usées 5) Création de nouveaux réseaux d’assainissement 6) Prévention et gestion des déchets sur le littoral 7) Régulation des activités polluantes et respect de la réglementation existante 8) Identifier et suivre la qualité des eaux récréatives 9) Mettre en place une norme de baignade sénégalaise 10) Améliorer la gouvernance de la gestion du littoral.
Agir aujourd’hui, c’est : protéger la santé des populations, préserver les ressources naturelles, renforcer l’attractivité du littoral, garantir un développement durable et inclusif.
Les cibles du plaidoyer sont particulièrement certains ministères, leurs directions et agences (ONAS – Office national de l’assainissement du Sénégal, ONL – Observatoire national du littoral, SONAGED – Société nationale de gestion intégrée des déchets), et les collectivités territoriales. Ainsi que les scientifiques universitaires, les partenaires techniques et financiers, les préfectures et sous-préfectures, les populations et usagers du littoral.
*Partenaires du « Programme Qualité de l’Eau » : institutions publiques nationales : le ministère de l’Environnement et de la transition Écologique, l’Observatoire National du Littoral, la Ville de Dakar, les mairies de Yoff, Ouakam et Ngor ; partenaires techniques et scientifiques : la Surfrider Foundation Europe, le GRET – Groupe de recherches et d’échanges technologiques, l’Institut Pasteur, l’IRD – Institut de Recherche pour le Développement, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et l’APECSY – Association pour la promotion économique, culturelle et sociale de Yoff) ; Association des étudiants de Yoff ; Club Environnement de Yoff ; Les Dauphins de Ngor; le GIE Mbollo ARR Plongeurs de Yoff ; le réseau de suivi de la qualité de l’eau de citoyen.ne.s engagé.e.s : les Saytoukat Géej ; riverain.e.s et les acteur.rice.s des sites suivis ; partenaires techniques et financiers : l’Ambassade d’Irlande, la Ville de Cenon (France) ainsi que l’Ambassade de France et l’Ambassade du Portugal qui ont soutenu les premières phases du programme.
Cameroun Ce que j’ai appris sur le financement climatique des organisations féminines à Méhé et à Gado-Badzéré
En janvier 2026 à Méhé, dans le Mayo-Sava, puis à Gado-Badzéré dans la région de l’Est en 2021, des organisations féminines locales m’ont montré des pratiques d’adaptation climatique d’une pertinence rare, construites sans aucun accès aux grands mécanismes de financement international. Ce fossé entre ce que font ces femmes et ce que le système consent à financer mérite qu’on s’y attarde sans détour.
Sur le terrain, des femmes qui inventent l’adaptation
En janvier 2026, j’arrive à Méhé par une matinale froide de saison sèche, cette fraîcheur trompeuse du Sahel camerounais avant que le soleil ne s’installe pour de bon. Le village est dans le Mayo-Sava, à quelques kilomètres de Mora et de la frontière nigériane, dans un périmètre longtemps marqué par l’insécurité liée à Boko Haram. Ce contexte pèse encore sur la mobilité, sur les financements disponibles, sur ce que les ONG internationales acceptent de faire dans la zone. Et pourtant, le groupement féminin que je rencontre là fonctionne. Les femmes ont organisé un système de récupération des eaux de pluie pour irriguer un jardin collectif de soudure. Elles ont mis en place une rotation des semences adaptées à la sécheresse. Elles cotisent pour entretenir des foyers améliorés qui réduisent la consommation de bois de chauffe de plusieurs ménages. Tout cela sans subvention extérieure, avec une comptabilité tenue dans un cahier et une gouvernance réelle qui fonctionne par consensus.
Quatre ans avant, dans un contexte radicalement différent, Gado-Badzéré m’avait produit une impression comparable. Ce site de la région de l’Est, dans l’arrondissement de Garoua-Boulaï à 35 kilomètres de la frontière centrafricaine, accueille depuis 2013 plus de 25 000 réfugiés de la RCA. La pression sur les ressources naturelles y est immense et la forêt recule de façon visible. Des organisations féminines, réfugiées comme membres des communautés hôtes, avaient mis en place des pépinières communes, des pratiques d’économie de bois de chauffe et des jardins nutritifs sur des parcelles dégradées. Elles travaillaient sans personnalité juridique formelle reconnue au niveau national. Leur accès à la finance verte se limitait à ce que voulait bien leur redistribuer un intermédiaire. Ce que j’ai observé dans ces deux contextes si éloignés l’un de l’autre, l’aridité sahélienne du Mayo-Sava et la transition forêto-savanière du Lom-et-Djérem, c’est une similitude fondamentale. Les solutions existent, elles sont portées par des femmes et elles restent invisibles au système de financement mondial.
Un système construit pour ne pas les atteindre
On mesure mal, depuis les capitales et les sièges des fonds multilatéraux, à quel point les exigences d’accès au financement climatique ressemblent à un filtre conçu pour exclure précisément celles qui font le travail sur le terrain. Le Fonds Vert pour le Climat, le Fonds d’Adaptation et les fenêtres thématiques des grandes agences bilatérales exigent des entités accréditées, des audits financiers pluriannuels, des systèmes de suivi-évaluation documentés et des capacités de reporting en langue internationale. Un groupement féminin de Méhé qui tient sa trésorerie dans un cahier et conduit ses assemblées en fulfuldé ne coche aucune de ces cases, quelle que soit la qualité réelle de son travail.
La réponse classique du système a été de multiplier les intermédiaires. Des ONG nationales ou internationales accréditées redistribuent les ressources vers les organisations locales. Ce modèle permet à certaines d’entre elles de recevoir des fonds qu’elles n’auraient jamais touchés autrement. Mais les coûts de transaction absorbés par l’intermédiaire peuvent représenter entre 30 et 50 % des ressources totales, et les délais entre le décaissement initial et la réception effective peuvent dépasser 18 mois. J’ai vu à Gado-Badzéré des groupements qui avaient accepté de modifier substantiellement leurs activités pour entrer dans le cadre logique d’une ONG partenaire. Le financement était arrivé, mais l’autonomie avait changé de mains.
Ce que le système pourrait changer, si la volonté politique suit
Des pistes existent, et certaines commencent à être expérimentées. L’accès direct simplifié pour les petites organisations locales, avec des seuils financiers bas et des exigences de redevabilité adaptées à leur capacité réelle, figure parmi les réformes les plus documentées. Le plan d’action genre adopté à la COP30 de Belém en novembre 2025, dans la continuité du programme de Lima sur le genre, ouvre une fenêtre pour que ces exigences soient formellement intégrées aux conditions d’accès aux fonds. L’enjeu est que cela reste une décision politique réelle et non un amendement de façade ajouté en fin de négociation.
Au Cameroun spécifiquement, le renforcement des mécanismes de financement climatique décentralisés représente une piste sérieuse. Abondés par des prélèvements sur les flux internationaux entrants et gérés avec des structures de gouvernance incluant systématiquement les organisations féminines, ces mécanismes pourraient contourner une partie des barrières institutionnelles actuelles. Certaines collectivités du Nord et de l’Extrême-Nord ont commencé à expérimenter ce type d’architecture. Ces expériences méritent d’être documentées et consolidées plutôt que laissées sans suivi.
Il faut aussi nommer ce qui relève du renforcement de capacités préalable au financement de projets. Ce n’est pas parce qu’un groupement féminin de Méhé ne sait pas remplir un formulaire du Fonds Vert qu’il est incapable de gérer un financement. C’est parce que personne n’a jugé utile de lui enseigner les outils que ce système exige. Financer d’abord les capacités institutionnelles avant de financer les projets eux-mêmes permettrait à des dizaines d’organisations de franchir ce seuil d’accès dans les cinq prochaines années. Ce que j’ai vu à Méhé en janvier 2026, comme ce que j’avais vu à Gado-Badzéré en 2021, c’est que les femmes n’attendent pas les bailleurs pour agir sur le climat. Elles aimeraient simplement que les bailleurs cessent d’ignorer ce qu’elles font déjà.
L’Afrique ne doit pas aborder l’intelligence artificielle comme un simple sujet de mode, ni comme un objet de fascination technologique. Elle doit la considérer pour ce qu’elle peut réellement devenir : un levier concret de transformation économique, sociale, éducative et territoriale. La question n’est donc pas de savoir si le continent doit entrer dans l’ère de l’IA. Il y est déjà. La vraie question est plus exigeante : quelle intelligence artificielle pour l’Afrique, au service de quels usages, avec quelles infrastructures, quelles compétences et quelle souveraineté ? L’Union africaine a d’ailleurs clairement posé le cadre en adoptant en 2024 une stratégie continentale de l’IA, fondée sur une approche africaine, inclusive et orientée développement.
À mes yeux, l’enjeu central n’est pas l’IA seule. L’enjeu, ce sont les plateformes d’IA. Autrement dit, des dispositifs concrets qui relient données, expertise métier, interfaces simples, outils d’aide à la décision, tableaux de bord et services accessibles aux populations, aux administrations, aux collectivités, aux producteurs, aux enseignants ou aux opérateurs économiques. Une IA sans plateforme reste souvent une démonstration. Une plateforme d’IA bien pensée peut, elle, devenir un instrument de développement.
C’est là que l’Afrique peut prendre une trajectoire originale. Car le continent n’a pas intérêt à copier mécaniquement les modèles les plus lourds, les plus coûteux et les plus énergivores. La Banque mondiale souligne elle-même, dans son rapport 2025 sur les fondations de l’IA, que les pays à revenu faible et intermédiaire ont surtout besoin de renforcer leurs bases — connectivité, capacités de calcul, compétences et données — et qu’une dynamique autour de solutions plus accessibles, parfois qualifiées de “Small AI”, se développe déjà.
L’IA n’aura de sens en Afrique que si elle répond à des problèmes réels
En Afrique, l’intelligence artificielle n’aura de valeur que si elle améliore des fonctions vitales. L’accès à l’eau, la qualité de l’éducation, la productivité agricole, l’efficacité énergétique, la maintenance des infrastructures, la préservation de l’environnement, l’accès à l’emploi qualifié et la formation des populations sont des domaines où l’IA peut agir comme un multiplicateur de capacité.
Dans le secteur de l’eau, par exemple, la valeur ajoutée de l’IA est déjà tangible. Elle peut aider à détecter des fuites, anticiper des pénuries, améliorer la maintenance des réseaux, prévoir la demande, surveiller la qualité de l’eau ou croiser des données hydrologiques, climatiques et satellitaires afin de mieux piloter la ressource. L’UNESCO met en avant ces applications comme des pistes concrètes pour une gestion plus intelligente et plus résiliente de l’eau. Pour nombre de territoires africains confrontés au stress hydrique, à l’irrégularité climatique et à la fragilité des réseaux, ce type de plateforme peut changer la qualité même de la décision publique.
Dans l’éducation, le potentiel est tout aussi considérable, à condition de ne pas se tromper de modèle. L’IA peut permettre de personnaliser certains apprentissages, d’assister les enseignants, de produire des contenus, de mieux orienter les élèves, de traduire, de faciliter l’accès au savoir et de réduire certaines barrières. Mais l’UNESCO insiste aussi sur un point essentiel : cette transformation doit rester centrée sur les droits des apprenants, la qualité pédagogique, la protection des données et l’agentivité humaine. En Afrique, cela signifie qu’il ne suffit pas d’importer des outils. Il faut développer des plateformes éducatives capables d’intégrer les programmes nationaux, les langues locales, les réalités sociolinguistiques et les besoins concrets des enseignants et des établissements.
Cette question des langues et de l’ancrage culturel est décisive. Si les systèmes d’IA restent entraînés principalement sur d’autres contextes, d’autres référentiels et d’autres langues, ils produiront mécaniquement des biais d’usage, de compréhension et de pertinence. L’Afrique ne peut pas se contenter d’être un marché de consommation technologique. Elle doit devenir un espace de conception, d’adaptation et de gouvernance de solutions réellement enracinées dans ses économies locales, ses langues, ses services publics et ses usages sociaux. C’est précisément l’esprit de la stratégie continentale de l’Union africaine, qui met l’accent sur l’adaptation des systèmes d’IA au contexte africain.
Agriculture, énergie, infrastructures : des gains concrets, à condition de bâtir les fondations
L’agriculture constitue sans doute l’un des terrains les plus prometteurs. Là encore, il faut éviter les fantasmes de l’agriculture ultra-automatisée réservée à quelques grandes exploitations. L’enjeu africain est bien plus large : plateformes d’aide à la décision pour les petits producteurs, croisement entre météo, sols, historiques de culture, ravageurs, marchés et conseils pratiques, diffusion de recommandations sur mobile, accès facilité à l’information en langues locales. La FAO insiste sur le fait que l’IA et l’agriculture numérique peuvent améliorer les rendements, renforcer la résilience des systèmes agroalimentaires et soutenir des chaînes de valeur plus efficaces et durables.
Dans l’énergie, le débat est encore plus structurant. Il n’y a pas d’intelligence artificielle sans électricité fiable. Et il n’y aura pas de véritable souveraineté numérique africaine sans infrastructures énergétiques capables d’alimenter les réseaux, les centres de données, les équipements et les services numériques. L’Agence internationale de l’énergie rappelle très clairement que le développement de l’IA dépend d’une électricité abordable, fiable et durable, tout en soulignant que l’IA peut elle-même améliorer la gestion du système énergétique. Pour l’Afrique, cela ouvre une double perspective : utiliser l’IA pour optimiser les réseaux, les mini-réseaux, la maintenance et l’intégration des renouvelables, tout en investissant dans les capacités énergétiques qui rendront possible un écosystème numérique robuste.
Il en va de même pour les infrastructures. Routes, réseaux urbains, équipements publics, transport, eau, énergie, bâtiments, connectivité : partout, l’IA peut aider à anticiper les défaillances, prioriser les interventions, améliorer la maintenance et renforcer l’efficacité des dépenses publiques. Mais cette valeur n’apparaîtra pas spontanément. Elle suppose des données exploitables, des architectures interopérables, des systèmes d’information fiables et une capacité institutionnelle à utiliser réellement les outils dans la décision quotidienne.
L’environnement impose une ligne de conduite : une IA sobre, utile et proportionnée
L’IA peut être un formidable outil de protection de l’environnement. Elle peut aider à suivre la déforestation, surveiller les littoraux, détecter des incendies, mieux cartographier les risques, optimiser la gestion des déchets, améliorer l’efficacité énergétique ou renforcer le suivi de la biodiversité. Le PNUE reconnaît ce potentiel, mais il rappelle aussi que l’IA a un coût environnemental sur l’ensemble de son cycle de vie : consommation d’énergie, usage de l’eau, besoins en infrastructures, matériels et ressources.
C’est un point fondamental pour l’Afrique. Le continent n’a aucun intérêt à reproduire une trajectoire technologique déconnectée de ses contraintes. Il doit défendre une vision d’IA frugale, orientée vers les usages réellement transformateurs, capable de produire de la valeur sociale, économique et écologique sans céder à la fuite en avant de la puissance de calcul pour elle-même. L’intelligence artificielle africaine de demain ne sera pas jugée sur le nombre de paramètres de ses modèles, mais sur sa capacité à résoudre des problèmes concrets avec sobriété, efficacité et utilité.
La question décisive sera celle des compétences, des emplois et de l’inclusion des femmes
L’intelligence artificielle ne transformera pas seulement les services. Elle transformera aussi le travail. Et sur ce sujet, l’Afrique doit agir vite. Car la bonne réponse à l’IA n’est pas la peur, mais la montée en compétence. Les emplois évolueront, certains seront profondément reconfigurés, de nouveaux métiers apparaîtront dans la donnée, l’intégration métier, la supervision des systèmes, la formation, l’ingénierie de services, le support, l’analyse ou la conception de contenus. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que les fondations de l’IA passent aussi par les compétences humaines et l’investissement dans le capital humain.
La situation des femmes appelle une vigilance particulière. Les données publiées par l’OIT en mars 2026 montrent que les femmes sont davantage exposées aux risques professionnels liés à l’IA générative, en raison notamment de la concentration féminine dans certaines catégories d’emplois plus transformables. Dans le même temps, elles restent souvent moins présentes dans les segments technologiques à plus forte valeur ajoutée. Cette situation impose une stratégie offensive : faire de l’IA un levier d’accès des femmes aux emplois qualifiés, à la culture numérique avancée, aux métiers techniques et à l’entrepreneuriat.
Sur ce terrain, les signaux sont encourageants. Le partenariat annoncé entre la Banque africaine de développement et Intel vise à former trois millions d’Africains et 30 000 agents publics aux compétences en intelligence artificielle. L’enjeu est considérable : il ne s’agit pas simplement de former des développeurs, mais de diffuser une capacité d’appropriation de l’IA dans les administrations, les écoles, les entreprises, les collectivités et les écosystèmes entrepreneuriaux.
La souveraineté ne se résume pas à l’hébergement : elle repose sur la pertinence locale
On parle beaucoup de souveraineté numérique. Mais en matière d’IA, la souveraineté ne se limite ni au cloud ni aux centres de données. Elle repose sur la capacité à disposer de jeux de données pertinents, de cadres de gouvernance solides, de compétences locales, de règles éthiques claires et de solutions adaptées aux réalités sociales, linguistiques et économiques. Une IA conçue ailleurs, pour d’autres marchés, avec d’autres référentiels, ne répondra qu’imparfaitement aux besoins africains.
C’est pourquoi je crois que l’avenir ne réside pas seulement dans de grandes annonces sur l’intelligence artificielle. Il réside dans la capacité à bâtir, dans chaque grand secteur, des plateformes d’IA ancrées dans les usages locaux. Des plateformes pour l’eau, pour l’éducation, pour les agricultures familiales, pour les mini-réseaux énergétiques, pour les collectivités, pour la maintenance des infrastructures, pour les observatoires environnementaux, pour la formation professionnelle, pour les PME, pour les femmes entrepreneures, pour les services publics. C’est à cette échelle que l’IA devient un outil de transformation, et non un simple récit d’innovation.
Le vrai sujet africain : passer de l’expérimentation à l’architecture
Le continent africain n’a pas besoin d’une inflation de pilotes sans lendemain. Il a besoin d’architectures durables. Cela suppose une vision claire des fondations à bâtir : connectivité, énergie, données, capacités de calcul, interopérabilité, financement, régulation, compétences. La Banque mondiale résume utilement cette logique en insistant sur les prérequis d’une vraie préparation à l’IA dans les pays en développement.
Au fond, l’enjeu n’est pas seulement technologique. Il est politique, économique et culturel. L’Afrique peut subir l’IA comme une couche supplémentaire de dépendance. Ou bien elle peut s’en servir pour renforcer ses capacités publiques, améliorer ses services, soutenir ses producteurs, qualifier sa jeunesse, ouvrir davantage d’opportunités aux femmes et bâtir des solutions cohérentes avec ses réalités.
C’est pour cela que je plaide pour une approche simple : moins de fascination, plus d’infrastructures ; moins de discours, plus de plateformes ; moins de dépendance, plus d’appropriation locale ; moins d’outils génériques, plus de solutions utiles.
L’intelligence artificielle ne sera pas un levier de développement pour l’Afrique par sa seule existence. Elle le deviendra si elle est pensée comme un bien stratégique, conçue avec rigueur, déployée avec méthode, encadrée avec responsabilité et orientée vers les besoins concrets des populations. Le moment n’est plus à l’observation. Il est à la construction.
Timbuktoo, un programme stratégique pour l’innovation en Afrique
Lancé par le Programme des Nations unies pour le développement, le programme Timbuktoo s’impose comme l’une des initiatives les plus ambitieuses pour structurer l’écosystème des startups africaines.
Dans un contexte marqué par une forte croissance démographique et un besoin urgent de création d’emplois, cette plateforme panafricaine vise à soutenir l’innovation locale tout en facilitant son passage à l’échelle internationale.
L’objectif est clair : faire émerger une nouvelle génération de startups africaines capables de répondre aux défis du continent et de s’imposer sur la scène mondiale.
Une approche structurée par secteurs clés
Contrairement aux incubateurs classiques, Timbuktoo repose sur une organisation par industries stratégiques.
Des hubs d’innovation sont ainsi déployés dans plusieurs régions d’Afrique, chacun spécialisé dans un secteur à fort potentiel :
Fintech, pour renforcer l’inclusion financière
HealthTech, pour améliorer l’accès aux soins
EdTech, pour transformer l’éducation et l’employabilité
GreenTech, pour répondre aux enjeux climatiques
AgriTech, pour moderniser l’agriculture
GovTech, pour digitaliser les services publics
Cette approche permet de concentrer les expertises et les financements afin de maximiser l’impact des startups accompagnées.
“Get Ready 4 Timbuktoo” : un programme d’incubation sélectif
Au cœur de l’initiative, le programme “Get Ready 4 Timbuktoo” accompagne des startups innovantes dans plusieurs verticales.
Ce programme se distingue par son exigence : sur plus de 1 400 candidatures reçues, seules une trentaine de startups ont été sélectionnées dans certaines catégories, dont l’EdTech.
Les entreprises retenues bénéficient :
D’un accompagnement stratégique
D’un accès à des experts internationaux
D’un soutien pour structurer leur modèle économique
D’une préparation à la levée de fonds
L’objectif est de transformer des projets innovants en entreprises capables de se développer rapidement.
Breedj Academy parmi les startups EdTech sélectionnées
Parmi les startups retenues dans la catégorie EdTech figure Breedj Academy, une plateforme africaine dédiée à la formation aux métiers du travail à distance.
Sa sélection par le Programme des Nations unies pour le développement illustre l’importance croissante des solutions qui relient directement formation et employabilité.
Breedj Academy propose une approche innovante, basée sur :
Des compétences opérationnelles adaptées au marché L’intégration des outils d’intelligence artificielle La préparation des talents à des environnements internationaux L’ambition est de former des profils capables de travailler à distance pour des entreprises globales, tout en restant basés en Afrique.
Un écosystème complet pour accompagner les startups africaines
Au-delà de l’incubation, Timbuktoo s’inscrit dans une logique plus large de structuration de l’innovation.
Le programme s’appuie notamment sur :
Des UniPods dans les universités Des centres d’innovation visant à transformer les étudiants en entrepreneurs.
Un réseau panafricain d’incubateurs Des structures locales connectées pour accompagner les startups sur tout le continent.
Un accès facilité au financement Des mécanismes permettant d’attirer des investisseurs et de soutenir la croissance.
Un accompagnement international Des mentors et experts pour aider les startups à passer à l’échelle.
Un levier clé pour l’emploi des jeunes en Afrique L’un des enjeux majeurs de Timbuktoo concerne l’employabilité.
Avec une population jeune en forte croissance, l’Afrique doit relever un défi majeur : créer des millions d’opportunités professionnelles.
Dans ce contexte, des initiatives comme Breedj Academy jouent un rôle essentiel en :
Formant des talents directement employables
Facilitant l’accès à des opportunités internationales
Structurant le travail à distance
L’Afrique en train de changer d’échelle
Avec Timbuktoo, le Programme des Nations unies pour le développement envoie un signal fort : l’innovation africaine entre dans une nouvelle phase.
En combinant hubs sectoriels, programmes d’incubation et initiatives comme Breedj Academy, le continent se dote progressivement des outils nécessaires pour transformer son potentiel en impact économique réel.
L’Afrique ne se contente plus d’adopter l’innovation. Elle la construit.
L’AfricaTech Award revient pour une cinquième édition afin de mettre en lumière les meilleures solutions tech à impact d’entrepreneurs africains ;30 startups ont été sélectionnées par VivaTech avec l’aide de Deloitte, Knowledge Partner depuis 2022 ;34 pays africains sont représentés parmi plus de 260 candidatures finalisées (+13% vs 2025) ;11 pays sont représentés parmi les 30 startups sélectionnées, avec en tête le Nigeria (11), le Kenya (4) et l’Égypte (4) ;Les six finalistes seront invité.es à pitcher lors d’une Pitch Session organisée à VivaTech le 17 juin 2026 et le ou la gagnante sera annoncé lors de la VivaTech Startup Winners Ceremony le 19 juin 2026.
VivaTech, le plus grand événement européen dédié aux startups et aux technologies, révèle la liste du Top 30 de l’AfricaTech Award 2026, un prix récompensant les startups dont les solutions technologiques répondent aux défis économiques, sociétaux et environnementaux du continent africain. A l’occasion des 10 ans de l’événement, le prix rappelle l’engagement de VivaTech en faveur de l’innovation et de l’entrepreneuriat du continent.
Un trio de tête qui confirme la place de l’innovation sur le continent africain
Pour mettre en lumière la richesse de l’écosystème tech et de l’entrepreneuriat africain, VivaTech a sélectionné 30 startups parmi plus de 260 candidatures finalisées (+13% vs 2025) issues de 34 pays africains différents, reflétant la diversité du continent. Le Nigeria confirme le dynamisme de son écosystème d’innovateurs et conserve sa première place, avec plus du tiers des candidatures sélectionnées, soit 11 startups sur 30. Le Kenya assure une nouvelle fois sa présence sur le podium, témoignant de la solidité et de la constance de son positionnement parmi les acteurs économiques clés du continent, avec 4 startups en lice. L’Égypte occupe la troisième place du classement avec 4 startups sélectionnées.
Des secteurs stratégiques représentés et une diversité renforcée Pour la première année, l’AfricaTech Award élargit son périmètre et met en lumière des acteurs issus de 7 industries innovantes : la FinTech, la HealthTech, la HRTech, AI and Big Data, GreenTech, Agri-Fintech, et l’Industry Tech, Manufacturing, Supply chain and Logistics. Parmi ces secteurs, la FinTech, la HealthTech et la HRTech se démarquent comme étant des industries en croissance : la FinTech est représentée par 12 startups, la HealthTech par 8 startups et la HRTech par 4 – Cf tableau ci-dessous Parmi les start-ups sélectionnées, 75% des entreprises sélectionnées sont des “growth” startups, ou des structures en croissance. Une statistique qui renforce le positionnement de VivaTech depuis sa création, il y a 10 ans, de mettre en lumière des startups avec un fort potentiel de croissance et d’internationalisation. Parmi les 30 startups sélectionnées, 50% d’entre elles sont fondées ou co-fondées par des femmes, à l’image de 10mg Health, IFunza ou encore de Eight Medical. La HRTech se distingue parmi les secteurs, puisque 69% des femmes constituent les effectifs des startups participant à l’édition 2026 de l’AfricaTech Award.
Des statistiques qui montrent l’importance accordée à la diversité et à l’inclusion dans la tech sur le continent africain et le rôle central des femmes dans son développement. “Cette année encore, je suis fier de la portée de l’AfricaTech Award. Cette cinquième édition du prix permet de valoriser celles et ceux qui font l’innovation du continent africain dans une pluralité de secteurs stratégiques. La cinquième édition du prix, organisée à l’occasion des 10 ans de VivaTech, rappelle l’objectif premier de l’événement : être une plateforme réunissant les acteurs de la tech européenne et internationale pour façonner l’innovation de demain.”déclare François Bitouzet, Directeur Général de VivaTech.
Critères de sélection Le Top 30 de l’AfricaTech Award 2026 a été sélectionné avec l’aide de Deloitte, Knowledge Partner, selon les critères suivants : La maturité et la qualité de l’innovation (technologie utilisée, solution disruptive) ; L’impact positif et concret de leurs solutions sur la société ou l’environnement ; Le potentiel de développement à l’échelle du continent africain et au-delà ; La qualité, l’expertise ainsi que la taille de l’équipe ; La viabilité du business model et la capacité à assurer une croissance durable, soutenue par une traction solide et un product-market fit avéré. Le ou la gagnante sera annoncé lors de la VivaTech Startup Winners Ceremony qui se tiendra le 19 juin 2026 à VivaTech. Les 30 startups sélectionnées pour la suite de la compétition sont :
FinTech
10mg Health Nigeria
Billboxx Nigeria
eShandhi Zambie
Exuus Rwanda
Flexpay Kenya
Leya labs Côte d’Ivoire
Ndovu Kenya
PressPayNg Nigeria
Sahl Égypte
Trade Lenda Nigeria
Ubiquity AI Afrique du Sud
XChangeBOX Nigeria
HealthTech / Healthcare / BioTech
Bwell Égypte
Cure Bionics Tunisie
DeepEcho Maroc
Eight Medical Nigeria
Famasi Nigeria
Lifebank Nigeria
SURGiA Égypte
Trashcoin Nigeria
HRTech / HR / EdTech / Education
Breedj Mauritanie
iFunza Kenya
Job Crystal Afrique du Sud
PraxiLabs Égypte
AI & Big Data
AgriEdge Maroc
Scandium Nigeria
Shamba Records Kenya
Agri-Fintech
Winich Farms Nigeria
Industry / Manufacturing / Supply Chain / Logistics
Instaware Tunisie
GreenTech / Sustainability
Anda Angola
Plus d’informations disponibles sur l’AfricaTech Award sur le site de VivaTech.
L’accès à l’emploi des jeunes constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs du continent africain. Avec une population particulièrement jeune et une arrivée massive de diplômés sur le marché du travail chaque année, les initiatives visant à favoriser l’employabilité et l’accès à des opportunités professionnelles durables se multiplient. Dans ce contexte, la Mastercard Foundation joue un rôle central en soutenant des programmes ambitieux destinés à accompagner la nouvelle génération africaine vers des carrières qualifiées et porteuses d’avenir.
Dans le cadre de son Associate Program, la fondation vient de sélectionner Talenteum comme partenaire pour développer des opportunités liées au travail à distance, un secteur en pleine expansion qui pourrait profondément transformer l’accès à l’emploi pour les jeunes talents africains.
Une fondation engagée pour l’avenir de la jeunesse africaine
Créée en 2006, la Mastercard Foundation s’est progressivement imposée comme l’un des acteurs majeurs du financement de programmes d’éducation et d’employabilité sur le continent africain. Sa mission est claire : permettre aux jeunes, en particulier les jeunes femmes et les populations issues de milieux défavorisés, d’accéder à une éducation de qualité et à des opportunités économiques durables.
Au fil des années, la fondation a développé de nombreux partenariats avec des universités, des organisations internationales, des gouvernements et des entreprises privées afin de construire un véritable écosystème de formation et d’accès à l’emploi.
L’un de ses programmes les plus emblématiques est Young Africa Works, une initiative lancée avec un objectif particulièrement ambitieux : permettre à 30 millions de jeunes Africains d’accéder à un travail digne d’ici 2030.
Pour atteindre cet objectif, la fondation soutient une grande diversité d’initiatives allant de la formation professionnelle au financement de l’entrepreneuriat, en passant par des programmes d’accompagnement vers l’emploi.
Le programme Associates : un tremplin vers l’emploi
Parmi les dispositifs mis en place par la fondation figure le Associate Program, un programme destiné à faciliter l’insertion professionnelle de jeunes diplômés africains.
Le principe est simple : offrir à ces jeunes talents une première expérience professionnelle au sein d’organisations partenaires, tout en leur permettant de bénéficier d’un accompagnement et de formations complémentaires. Durant plusieurs mois, les participants acquièrent ainsi des compétences pratiques, développent leur réseau professionnel et se préparent à intégrer durablement le marché du travail.
Traditionnellement, ces programmes d’insertion s’appuyaient principalement sur des stages ou des emplois au sein d’entreprises locales. Mais les transformations rapides du marché du travail mondial ouvrent désormais de nouvelles perspectives, notamment grâce au développement du travail à distance.
Le travail à distance, une opportunité pour le continent
Depuis la pandémie de Covid-19, le travail à distance s’est imposé comme une nouvelle norme dans de nombreux secteurs économiques. Les entreprises, qu’elles soient européennes, américaines ou asiatiques, recrutent désormais des talents situés partout dans le monde.
Cette évolution crée une opportunité particulièrement intéressante pour l’Afrique. De nombreux jeunes diplômés africains disposent aujourd’hui de compétences dans des domaines tels que l’informatique, le marketing digital, le support client, la gestion de projets ou encore l’analyse de données.
Le travail à distance permet de connecter ces compétences à des entreprises internationales sans que les talents aient besoin de quitter leur pays. Il ouvre ainsi la voie à une nouvelle forme d’intégration du continent dans l’économie mondiale.
Cependant, pour que cette dynamique se développe, il est nécessaire de créer des infrastructures capables de faciliter la mise en relation entre les entreprises internationales et les talents africains.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit la sélection de Talenteum comme partenaire du programme.
Talenteum, un acteur du remote work et futur of Work.
Fondée avec l’ambition de connecter les talents africains aux entreprises internationales, Talenteum s’est spécialisée dans le recrutement et la gestion de collaborateurs à distance sur le continent africain.
L’entreprise accompagne aujourd’hui des sociétés européennes et internationales souhaitant recruter des talents basés notamment à Maurice, Madagascar, au Maroc, au Sénégal ou encore au Kenya.
Son modèle repose sur un principe simple : permettre aux entreprises d’accéder à des talents qualifiés tout en simplifiant les aspects administratifs et juridiques liés à l’embauche à l’étranger.
Grâce à cette approche, Talenteum contribue à créer de nouvelles opportunités professionnelles pour des talents qui peuvent travailler depuis leur pays d’origine tout en collaborant avec des organisations situées à l’international.
Une collaboration pour accélérer l’accès au travail à distance
L’objectif est de permettre à ces jeunes talents d’acquérir une expérience professionnelle internationale tout en restant basés sur le continent.
Concrètement, les participants au programme pourront être accompagnés dans leur préparation au travail à distance, notamment à travers le développement de compétences clés telles que la communication professionnelle, la gestion du temps, la collaboration numérique ou encore l’adaptation à des environnements de travail internationaux.
Une fois ces compétences acquises, ils pourront être connectés à des entreprises partenaires à la recherche de talents qualifiés.
Un modèle appelé à se développer
La collaboration entre la Mastercard Foundation et Talenteum illustre une évolution plus large des politiques d’employabilité en Afrique. Au-delà des programmes de formation ou des initiatives entrepreneuriales, les organisations internationales cherchent désormais à développer des infrastructures capables de connecter les talents africains à l’économie mondiale.
Le travail à distance pourrait ainsi devenir l’un des moteurs de l’emploi sur le continent dans les années à venir.
En permettant à des entreprises situées à l’autre bout du monde de collaborer avec des talents africains, il contribue non seulement à créer des opportunités professionnelles mais aussi à renforcer l’intégration du continent dans les chaînes de valeur globales.
Pour la Mastercard Foundation, ce type d’initiative s’inscrit pleinement dans sa vision d’un développement économique inclusif, fondé sur la formation, l’innovation et l’accès équitable aux opportunités.
Une nouvelle étape pour l’employabilité en Afrique
Alors que l’Afrique continue de s’affirmer comme l’une des régions les plus dynamiques sur le plan démographique et entrepreneurial, les initiatives visant à favoriser l’accès des jeunes au marché du travail revêtent une importance stratégique.
La collaboration entre la Mastercard Foundation et Talenteum autour du programme Associates illustre la manière dont les partenariats entre fondations, entreprises et plateformes technologiques peuvent contribuer à relever ce défi.
En ouvrant la voie à de nouvelles formes d’emploi basées sur le travail à distance, ce programme pourrait permettre à une nouvelle génération de talents africains de participer pleinement à l’économie mondiale, tout en contribuant au développement de leurs pays d’origine.
Des quantités importantes d’hydrogène vert seront nécessaires pour alimenter le transport maritime ainsi que d’autres secteurs. Cela représente une excellente opportunité pour certains pays de tirer profit d’une industrie nouvelle et en pleine croissance. Le Maroc, grâce à sa position géographique stratégique, ses ressources abondantes en énergies renouvelables et son potentiel de production d’hydrogène à faible coût, est bien placé pour répondre à cette demande. Il est déjà un acteur clé du transport maritime, et ses ports sont prêts à servir de plaques tournantes pour la production, le stockage, le soutage et l’exportation d’hydrogène vert. Le développement de cette filière peut créer des emplois, générer des revenus supplémentaires, améliorer l’accès à l’eau potable et renforcer l’approvisionnement en électricité, car l’énergie renouvelable excédentaire générée pour la production d’hydrogène peut également servir aux communautés locales.
Le Groupe de la Banque mondiale estime que, d’ici 2030, dans un scénario de demande moyenne, les navires faisant escale dans les ports marocains pourraient nécessiter environ 0,2 million de tonnes d’hydrogène‑équivalent en carburant, et environ 2,83 millions de tonnes d’ici 2050. Cet hydrogène serait converti en combustible marine vert sous forme d’ammoniac ou de méthanol.
Actuellement, Tanger Med, l’un des plus grands ports à conteneurs au monde, situé dans le détroit de Gibraltar, traite autour de 1,5 million de tonnes de carburants fossiles destinés au transport maritime chaque année. Le port est bien placé pour devenir un hub de soutage de carburant vert, captant la demande des navires transitant par l’un des couloirs maritimes les plus fréquentés au monde.
Le port de Jorf Lasfar joue également un rôle stratégique dans cette transformation. Au service de l’industrie sidérurgique et du Groupe OCP, l’un des plus grands producteurs mondiaux d’engrais phosphatés, Jorf Lasfar traite déjà environ deux millions de tonnes d’ammoniac par an. Cela en fait un site idéal pour intégrer les dérivés de l’hydrogène vert comme intrants dans les procédés industriels existants. En utilisant l’ammoniac vert pour produire des engrais, Jorf Lasfar pourrait contribuer à la décarbonisation du secteur des engrais au Maroc.
Le port de Mohammedia, près de Casablanca, présente un avantage supplémentaire grâce à sa proximité avec des cavités salines adaptées au stockage de l’hydrogène à grande échelle. Ces cavités, actuellement utilisées pour des produits pétroliers liquéfiés, offrent une solution économique pour le stockage de l’hydrogène et pourraient réduire davantage le coût actualisé de l’hydrogène (Levelized Cost of Hydrogen, LCOH) du Maroc – déjà compétitif – de 0,16 EUR par kilogramme (kg), par rapport au stockage en conduites enterrées.
Tan‑Tan, bien que moins développé en termes d’infrastructures portuaires, bénéficie de conditions solaires et éoliennes exceptionnelles, ce qui en fait un site idéal pour une production d’hydrogène à faible coût. Un projet de développement portuaire potentiel à Tan‑Tan ou dans ses environs pourrait tirer parti de cet avantage stratégique pour produire des dérivés de l’hydrogène destinés à l’exportation et à la distribution vers d’autres ports.
Une analyse exhaustive de scénarios montre que la mobilisation des atouts spécifiques des quatre ports permettrait de réduire les coûts. La configuration la plus rentable prévoit que l’hydrogène et ses dérivés soient produits et exportés depuis Tan-Tan, stockés dans des cavités salines à Mohammedia, distribués à l’industrie lourde à Jorf Lasfar et utilisés pour le soutage à Tanger Med.
Les opportunités étendues du Maroc en matière d’hydrogène vert
L’intérêt pour l’hydrogène vert est porté par la croissance de la demande mondiale en énergie et en carburants, y compris les alternatives aux combustibles fossiles. L’Europe, dans le cadre de son initiative REPowerEU, devrait importer plus de 10 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030, faisant du Maroc un partenaire naturel en raison de sa proximité et de son potentiel de production. Les voies maritimes qui traversent le détroit de Gibraltar renforcent encore la position du Maroc en tant que pôle mondial de l’hydrogène. Les projections indiquent que les exportations marocaines d’hydrogène vert pourraient atteindre entre 0,3 et 0,65 million de tonnes d’ici 2030 et s’élever entre 3,4 et 9,5 millions de tonnes d’ici 2050. Mais l’hydrogène vert devra également répondre à la demande locale : par exemple, le Groupe OCP prévoit de produire un million de tonnes d’ammoniac vert d’ici 2027, avec l’ambition de porter ce volume à trois millions de tonnes d’ici 2032 pour l’utiliser dans la production nationale d’engrais.
Figure: Les exportations mondiales d’hydrogène provenant du Maroc pourraient atteindre entre 3,5 et 9,5 millions de tonnes d’ici 2050
Un fort soutien public et privé porte l’ambition verte du Maroc
Pour garantir un processus de développement efficace, le gouvernement marocain a publié l’Offre Maroc et a désigné Masen, l’Agence marocaine pour l’énergie durable, comme organisme principal chargé de la coordination des projets liés à l’hydrogène. Par ailleurs, la création du Cluster Green H₂ en 2021, qui regroupe plus de 80 entreprises et organisations, vise à soutenir l’émergence d’un écosystème solide dédié à l’hydrogène vert.
Grâce à la combinaison de coûts de production faibles, d’une position stratégique à proximité de routes maritimes clés et d’infrastructures portuaires étendues, le Maroc dispose du potentiel nécessaire pour jouer un rôle de premier plan dans le domaine de l’hydrogène vert.
Starlink au Sénégal : opportunité technologique ou nouveau défi pour l’inclusion numérique ?
L’arrivée du service Internet par satellite Starlink, développé par SpaceX, marque une étape importante dans le paysage numérique sénégalais. Lancé officiellement début février 2026, ce système vise à étendre l’accès à Internet haut débit dans tout le pays, notamment dans les zones rurales ou difficilement desservies par les réseaux classiques.
Briser la fracture numérique
Le Sénégal présente encore de fortes disparités en matière d’accès à Internet. Alors que la capitale et les grandes agglomérations disposent d’une couverture relativement solide, de nombreuses localités rurales restent marginalisées : selon les dernières données disponibles, le taux de connexion à domicile dans les zones rurales demeure très bas comparé à Dakar.
Dans ce contexte, l’entrée de Starlink est perçue par certains comme un moyen d’atténuer les inégalités d’accès à la connectivité numérique en reliant des villages isolés et des établissements publics au réseau mondial. Grâce à une constellation de satellites en orbite basse, cette technologie offre un signal Internet stable et rapide sans dépendre exclusivement d’infrastructures terrestres coûteuses ou difficiles à déployer.
Questions de souveraineté et transparence
Cependant, l’enthousiasme n’est pas partagé par tous. L’introduction d’un acteur international dans le secteur stratégique des télécommunications soulève des préoccupations sur la transparence du cadre réglementaire et la souveraineté numérique du pays. Certains syndicats et acteurs du secteur s’interrogent notamment sur le type d’autorisations octroyées à Starlink et sur l’impact que cette présence étrangère aura sur les opérateurs locaux.
Au cœur des débats se trouve la notion de souveraineté numérique : alors que le Sénégal a investi depuis plusieurs années dans ses propres réseaux (fibre optique, mobile, points d’échange locaux), confier une part croissante du trafic à une flotte de satellites opérée depuis l’étranger peut réduire la maîtrise que l’État exerce sur les données, la trajectoire du trafic internet et la régulation de l’écosystème numérique national.
Avantages et limites d’un modèle satellitaire
Les partisans de Starlink mettent en avant l’accélération de la connectivité numérique, indispensable pour l’éducation, la santé, les services publics et les entreprises dans les zones isolées. Dans une ère où la digitalisation devient un levier de développement, offrir une connexion haut débit à tous les Sénégalais apparaît comme une priorité.
Toutefois, l’accès à ce type d’internet satellitaire reste coûteux, aussi bien pour l’acquisition des équipements que pour l’abonnement mensuel. Ce facteur pourrait limiter l’usage à une minorité de la population capable de payer, créant potentiellement un Internet « à deux vitesses » : pour ceux qui peuvent se permettre Starlink et pour ceux qui continuent à dépendre des réseaux traditionnels.
Un outil complémentaire ou un nouveau pilier numérique ?
Pour certains spécialistes, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si Starlink doit être présent, mais comment l’intégrer de manière cohérente dans la stratégie numérique globale du pays. Plutôt que de remplacer les solutions existantes, cette technologie pourrait être utilisée en complément pour combler les zones blanches et accélérer l’accès à Internet dans les secteurs publics et communautaires.
Cette démarche s’inscrit dans une vision plus large de transformation numérique au Sénégal, qui vise à moderniser les services, à stimuler l’innovation et à réduire les disparités territoriales. Toutefois, l’équilibre entre ouverture technologique, protection de l’écosystème local et préservation de l’autonomie numérique reste un défi à relever pour les décideurs.
L’évolution des modes de travail, accélérée par la digitalisation et la généralisation des équipes distribuées, conduit de nombreuses entreprises à repenser leur organisation à l’échelle internationale. Dans ce contexte, la plateforme technologique Breedj annonce l’ouverture d’un hub nord-africain à Casablanca, au sein du Technoparc, l’un des principaux pôles d’innovation du Maroc.
Cette implantation marque une nouvelle étape dans la structuration régionale de l’entreprise, avec pour objectif d’accompagner le développement d’équipes hybrides et internationales, tout en renforçant sa présence sur le continent africain.
L’Afrique et les transformations du travail à l’échelle mondiale
Le continent africain occupe une place croissante dans les réflexions liées au futur du travail. Sa démographie dynamique, la jeunesse de sa population, l’adoption rapide des outils numériques et la montée progressive des compétences dans les métiers du digital et des services en font un espace stratégique pour de nombreux acteurs économiques.
Dans ce contexte, Breedj développe une plateforme technologique orientée vers la gestion des carrières et des compétences à l’échelle internationale. L’approche retenue repose sur l’utilisation d’outils numériques et d’intelligence artificielle afin de structurer les parcours professionnels et de répondre aux besoins des entreprises opérant dans plusieurs pays.
Casablanca et le Technoparc, un point d’ancrage régional
Le choix de Casablanca, et plus précisément du Technoparc, s’inscrit dans une logique de proximité avec les écosystèmes économiques et technologiques d’Afrique du Nord. La métropole marocaine constitue aujourd’hui un carrefour stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, tant sur le plan économique que technologique.
Le Technoparc de Casablanca accueille plusieurs centaines de startups et d’entreprises technologiques actives dans des secteurs tels que les technologies de l’information, la fintech, l’intelligence artificielle ou encore les services B2B. Il joue un rôle structurant dans l’écosystème numérique marocain et héberge également des programmes d’accélération à dimension internationale, dont Plug and Play Tech Center.
Dans ce contexte, le hub nord-africain de Breedj a vocation à servir de point de coordination régionale pour les talents et les entreprises, tout en facilitant le déploiement opérationnel de projets internationaux.
Selon John Benatouil, CEO de Breedj, cette implantation répond à des enjeux concrets de structuration territoriale :
« L’ouverture du hub de Casablanca s’inscrit dans une logique de structuration régionale. Elle vise à rapprocher les entreprises des talents nord-africains, tout en s’appuyant sur un écosystème technologique mature et connecté aux marchés internationaux. »
Une organisation articulée entre Casablanca et l’Île Maurice
L’implantation marocaine s’inscrit dans une organisation géographique plus large reposant sur une complémentarité entre plusieurs territoires. Tandis que Casablanca assure une proximité opérationnelle et commerciale avec les marchés nord-africains, Île Maurice conserve un rôle central dans la structuration juridique, la gouvernance et la coordination des activités multi-pays du groupe.
Ce modèle vise à concilier ancrage régional et pilotage centralisé, dans un contexte de développement international et de diversification des marchés.
Une plateforme technologique dédiée aux ressources humaines et aux carrières
Breedj développe une plateforme intégrant des outils d’intelligence artificielle appliqués aux ressources humaines. Pour les professionnels, la solution propose un accompagnement structuré autour des compétences, de l’employabilité et de l’accès à des opportunités internationales. Pour les entreprises, elle met à disposition des outils de recrutement, de gestion contractuelle et de pilotage d’équipes distribuées, qu’il s’agisse de salariés, de freelances ou de profils en début de carrière.
L’objectif affiché est de faciliter l’organisation du travail à distance et transfrontalier, tout en apportant un cadre opérationnel et juridique adapté aux entreprises utilisatrices.
Une stratégie progressive de déploiement régional
Avec l’ouverture de ce hub nord-africain à Casablanca, Breedj poursuit une stratégie de développement par pôles régionaux interconnectés. Cette approche vise à répondre aux besoins croissants des entreprises en matière de recrutement international et de gestion de talents, tout en s’appuyant sur les dynamiques locales des écosystèmes africains.
L’implantation au Technoparc de Casablanca constitue ainsi une étape supplémentaire dans le déploiement régional de la plateforme, dans un contexte où les enjeux liés au travail à distance et à la mobilité des compétences continuent de s’intensifier.
Un appel à la génération d’aujourd’hui pour sauver celles de demain.
« Il ne s’agit plus de tirer la sonnette d’alarme : celle-ci hurle depuis trop longtemps, dans l’indifférence quasi-générale presque partout dans le monde. En Guinée par exemple, pays de l’auteur de ce livre, la biodiversité se meurt à grande vitesse, étouffée par la déforestation, la surexploitation minière, les pratiques agricoles et l’urbanisation galopante.
Ce cri du cœur de Kabiné Komara est une interpellation directe. Il ne cherche pas à plaire,…
L’annonce du transfert des sièges mondiaux de l’UNICEF, d’ONU Femmes et de l’UNFPA à Nairobi d’ici 2026 a suscité à la fois enthousiasme et inquiétude. Cette décision marque un rééquilibrage historique de la gouvernance mondiale — reconnaissant l’Afrique non seulement comme bénéficiaire de l’aide, mais comme centre de décision. Cependant, derrière ce symbole se cache un défi majeur : comment ces agences pourront-elles maintenir et renforcer leurs financements dans un environnement diplomatique éloigné des centres financiers que sont New York, Genève et Washington ?
Depuis des décennies, les entités les plus puissantes et les mieux dotées du système onusien se sont concentrées dans ces pôles traditionnels. La proximité des gouvernements donateurs, des banques multilatérales, des fondations philanthropiques et des investisseurs privés a permis à des agences comme l’UNICEF et le PNUD de prospérer. La diplomatie n’y est pas simplement cérémonielle : elle est de plus en plus transactionnelle. Les ambassadeurs en poste à New York et à Washington disposent de lignes directes avec les ministères des affaires étrangères et des finances, et possèdent le poids politique nécessaire pour mobiliser des financements auprès de leurs gouvernements.
Nairobi joue un rôle différent dans le système onusien. La ville accueille le PNUE depuis 1972 et ONU-Habitat depuis la fin des années 1970. Ces deux agences demeurent chroniquement sous-financées. Le problème ne tient pas à leurs mandats, mais à l’architecture d’influence qui les entoure. Le corps diplomatique présent à Nairobi est plus restreint, moins connecté aux centres mondiaux de financement et souvent composé de diplomates de niveau intermédiaire couvrant plusieurs pays. Peu d’entre eux ont un accès direct aux décideurs politiques ou budgétaires qui contrôlent les flux d’aide publique au développement.
Cette différence est déterminante. L’expérience d’ONU-Habitat en est une illustration. Malgré l’importance des villes durables dans les Objectifs de développement durable (ODD), l’agence peine depuis des années à attirer des contributions volontaires. Son personnel promeut des idées essentielles à l’échelle mondiale à partir d’une plateforme qui atteint difficilement les capitales donatrices. Le PNUE s’en sort mieux, soutenu par les pays européens sensibles aux questions environnementales et par la dynamique autour de l’action climatique. Néanmoins, ses financements restent très inférieurs à ceux des agences basées à New York. Les pays francophones comptent pourtant parmi les soutiens les plus constants du PNUE et d’ONU-Habitat ; leur engagement demeurera essentiel alors que Nairobi se prépare à accueillir de nouveaux mandats mondiaux.
Pour réussir leur relocalisation, l’UNICEF, ONU Femmes et l’UNFPA devront affronter ce déséquilibre de plein fouet. Toutes trois dépendent fortement des contributions volontaires, et leur réussite repose sur des relations étroites avec les ambassadeurs qui défendent leurs budgets, les parlementaires qui les approuvent et les fondations qui soutiennent leurs missions. À New York, ces relations se construisent chaque jour dans les couloirs de l’ONU, lors de sommets et au travers de diplomatie informelle. À Nairobi, ces interactions seront moins fréquentes et plus difficiles à entretenir, sauf évolution de l’écosystème diplomatique local.
Vu d’une perspective continentale, le calendrier rend le défi encore plus complexe. Le système onusien subit une pression financière croissante. Les grands donateurs réduisent leurs contributions, confrontés à des budgets nationaux plus serrés et à des tensions géopolitiques accrues. Les financements volontaires deviennent imprévisibles, tandis que les contributions fléchées — dédiées à des projets spécifiques — remplacent les financements de base flexibles. Dans ce contexte, déplacer des sièges mondiaux loin des centres financiers et politiques pourrait accroître la vulnérabilité plutôt que la réduire.
Ce déplacement s’inscrit également dans la montée en puissance de l’Afrique au sein de la diplomatie climatique et environnementale mondiale, notamment portée par plusieurs pays francophones influents dans les forums clés. S’il est géré stratégiquement, il pourrait inciter l’ONU à repenser sa manière de s’engager avec le Sud global. Nairobi est plus qu’un simple hub régional : c’est un centre nerveux de l’innovation en matière de développement. La ville accueille déjà le PNUE, le bureau Habitat de l’Union africaine, des banques de développement régionales ainsi qu’un nombre croissant d’ONG et de fondations. Son économie numérique est l’une des plus dynamiques du continent.
Un transfert de cette ampleur pourrait stimuler de nouveaux partenariats avec les gouvernements africains, les universités et les investisseurs privés. Les initiatives diplomatiques et environnementales récentes de la Côte d’Ivoire montrent comment les États africains peuvent influencer l’orientation et le financement des institutions mondiales. Pour les gouvernements africains de toutes les régions linguistiques, une réponse coordonnée serait bénéfique. Cela inclut un engagement fort de l’Afrique francophone, dont les dirigeants jouent un rôle crucial dans les réformes de l’UA, la diplomatie climatique et le financement multilatéral. L’Union africaine et les États membres pourraient aider le Kenya à assumer la responsabilité d’accueillir le PNUE, ONU-Habitat et les nouvelles agences, assurant à Nairobi le poids politique et l’appui continental nécessaires pour s’imposer comme un pôle mondial de l’ONU.
Le potentiel de cette évolution ne se réalisera que si des réformes accompagnent ce mouvement. L’engagement des donateurs doit être renforcé. La France et l’Union européenne restent parmi les plus grands contributeurs au financement multilatéral ; leur participation sera déterminante pour la réussite de ce transfert. La création d’un bureau de liaison des donateurs de l’ONU à Nairobi pourrait maintenir des liens réguliers avec les gouvernements donateurs et les institutions financières, et accueillir des forums périodiques similaires à ceux organisés à New York.
L’ONU et le gouvernement kényan pourraient également chercher à attirer des ambassadeurs de plus haut rang. Les gouvernements africains peuvent saisir cette occasion pour renforcer le profil diplomatique de Nairobi et encourager les pays donateurs à y nommer des représentants dotés d’une réelle influence politique et financière.
La diplomatie numérique peut combler la distance. La pandémie a montré qu’un engagement virtuel soutenu permet de conserver de l’influence, même à distance. L’UNICEF, ONU Femmes et l’UNFPA pourraient investir dans les relations en ligne avec les donateurs, dans des campagnes de plaidoyer mondiales et dans des événements hybrides reliant Nairobi aux capitales donatrices.
Des partenariats renforcés avec l’Union africaine et les communautés économiques régionales pourraient redéfinir ce que signifie être un « siège mondial ». En inscrivant leur action dans des cadres comme l’Agenda 2063 et la Zone de libre-échange continentale africaine, ces agences pourraient renforcer leur légitimité et attirer davantage le soutien des gouvernements africains. Une nouvelle génération de philanthropies et d’investisseurs africains pourrait aussi devenir des partenaires essentiels, si elle est mobilisée de manière stratégique.
Ce transfert mettra à l’épreuve la capacité de l’ONU à adapter son modèle de financement à un monde multipolaire. S’il réussit, il pourrait annoncer un système plus équitable, où l’influence ne serait plus concentrée dans quelques capitales occidentales. S’il échoue, il risque de creuser les inégalités que l’ONU cherche précisément à réduire, laissant les programmes destinés aux enfants, aux femmes et à la santé reproductive sous-financés dans un contexte de besoins mondiaux croissants.
Comme le rappelait l’ancien Secrétaire général Kofi Annan, l’ONU doit « rester proche des populations qu’elle sert ». Le symbole d’un leadership mondial se tournant vers l’Afrique est puissant ; mais le symbole ne suffira pas. Sans efforts délibérés pour renforcer les capacités diplomatiques, diversifier les financements et établir Nairobi comme un véritable centre d’influence mondiale, ce projet risquerait de devenir une expérience audacieuse qui affaiblirait — au lieu de renforcer — les missions de développement humain les plus essentielles de l’ONU.
La visite du président français Emmanuel Macron à l’île Maurice le 20 novembre marque un tournant majeur dans la stratégie française dans l’océan Indien, autant sur les plans économique, géopolitique que technologique. Annoncée comme « historique », cette étape de son déplacement avant le G20 a donné lieu à une série d’accords et d’initiatives qui pourraient durablement influencer l’intégration économique régionale, la sécurité maritime et l’innovation sur le continent africain et dans son voisinage insulaire.
Un discours qui renforce l’ancrage français dans l’océan Indien
Au Sir Harilal Vaghjee Hall, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de la relation entre la France et Maurice, soulignant les liens linguistiques, humains et géopolitiques qui unissent les deux pays. La présence à ses côtés de représentants de La Réunion et de Mayotte a illustré la volonté de Paris de bâtir une stratégie cohérente dans la zone Indo-Pacifique, dans un contexte marqué par les tensions géostratégiques, la compétition internationale pour l’influence régionale et les défis environnementaux croissants.
Le président a insisté sur la convergence des positions mauriciennes et françaises face aux grands enjeux contemporains : lutte contre le changement climatique, protection de la biodiversité, sécurisation des chaînes commerciales et préservation des océans. L’océan Indien, traversé par des flux représentatifs de 40 % du commerce mondial, est aujourd’hui considéré comme l’un des espaces les plus stratégiques de la planète.
Un renforcement massif de la coopération maritime
L’un des volets les plus structurants de cette visite concerne la coopération maritime. Plusieurs accords ont été annoncés, portant sur :
Une mobilisation conjointe des moyens navals français et des capacités aériennes mauriciennes
Un renforcement de la formation via l’Académie de l’océan Indien
La lutte intégrée contre la pêche illicite, les trafics en mer, le narcotrafic et la criminalité organisée
Dans une zone où les ZEE constituent une ressource économique majeure pêche, ressources halieutiques, énergie marine cette montée en puissance vise à sécuriser durablement les souverainetés maritimes.
Pour Maurice, petit État insulaire aux ambitions régionales, ce soutien technique et opérationnel renforcé constitue un avantage stratégique décisif. Pour la France, présente militairement via ses territoires ultramarins, la maîtrise de cet espace maritime contribue à stabiliser l’ensemble de la façade indo-pacifique.
Innovation : Les quatre French Tech de l’océan Indienréunis pour l’événement.
French Tech Mauritius, La réunion , Madagascar et Mayotte
Si la dimension diplomatique était au cœur de la visite, l’innovation et la technologie en ont constitué l’un des moments majeurs. C’est au Caudan Arts Centre que s’est déroulée l’annonce considérée comme un véritable tournant pour les écosystèmes entrepreneuriaux de la région :
👉 La signature d’un accord de coopération entre les quatre communautés French Tech de l’océan Indien : La Réunion, Mayotte, Mauritius et Antananarivo.
Cet accord, sous forme de MOU, poursuit plusieurs objectifs stratégiques :
Positionner l’océan Indien comme un futur hub technologique du Sud global
Renforcer la collaboration régionale autour de l’innovation
Créer une dynamique commune pour soutenir les entrepreneurs de la zone
Structurer des projets partagés à l’échelle de l’océan Indien
Attirer davantage d’investissements et favoriser la circulation des talents
Environnement, océans et infrastructures : un agenda de résilience
Saluant l’engagement mauricien dans la préservation des océans, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de la ratification par l’île du traité BBNJ, l’accord international de protection de la biodiversité en haute mer. Paris et Port-Louis ont également évoqué leur collaboration autour d’initiatives liées à l’économie circulaire, notamment à travers des projets comme Plastic Odyssey, symbole de l’innovation au service de la lutte contre la pollution plastique.
Sur le plan des infrastructures, plusieurs annonces ont été confirmées :
Un accompagnement de l’AFD et d’EDF pour analyser et renforcer le réseau électrique mauricien
Un appui dans la modernisation des infrastructures hydrauliques, en collaboration avec l’Union européenne
Des discussions réaffirmées autour de la gestion conjointe de l’île Tromelin
Ces engagements s’inscrivent dans un contexte où Maurice doit maintenir sa compétitivité économique tout en faisant face à une vulnérabilité environnementale grandissante.
Éducation, bilinguisme et mobilité des talents
Le président a également annoncé l’ouverture d’une filière bilingue d’excellence français–anglais dans les écoles publiques mauriciennes. Cette initiative vise à renforcer la francophonie tout en tenant compte de la dimension régionale et globale du marché du travail. La poursuite des BTS français à Maurice confirme la volonté de créer une mobilité académique plus fluide et mieux connectée aux besoins économiques de la zone.
Ce rapprochement marque une étape majeure dans la construction d’un espace économique innovant, intégré et orienté vers la tech, aux portes de l’Afrique de l’Est et à la croisée des routes entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe.
Une visite qui ouvre un nouveau chapitre pour Maurice et la région
Entre diplomatie, sécurité, innovation et transition économique, cette visite présidentielle aura constitué un moment fédérateur. Les échanges organisés par l’Economic Development Board, la mobilisation des entreprises mauriciennes et françaises, et la signature des nouveaux accords dessinent un cadre de coopération renouvelé.
Le 20 novembre restera comme la date où les écosystèmes de l’océan Indien ont choisi de s’unir autour d’une vision commune : une région plus innovante, plus résiliente et mieux connectée aux grandes dynamiques économiques mondiales.
Les progrès de l’IA, le droit humanitaire et la sécurité dans la région des Grands Lacs au cœur de la 2e journéedu Forum de Paris sur la Paix 2025
La 8e édition du Forum de Paris sur la Paix, qui s’est déroulée les 29 et 30 octobre, s’est achevée jeudi après des discussions internationales de haut niveau sur la paix, le climat et l’impact des progrès technologiques sur les peuples, qui ont notamment été au cœur de ces échanges.
Plus de 15 chefs d’État et de gouvernement et 25 ministres du monde entier ont assisté au Forum au palais de Chaillot, dans les locaux du musée de l’Homme et du musée de la Marine, au pied de la Tour Eiffel.
À l’honneur, le thème : “Nouvelles coalitions sur la paix, les peuples et la planète” a réuni 500 intervenants dans 86 conférences et tables rondes et 4 000 participants.La journée du 30 octobre a été marquée par des débats sur l’IA, l’espoir de paix israélo-palestinien, l’Ukraine, la région des Grands Lacs et l’avenir du droit humanitaire.
À cette occasion, l’organisation a dévoilé la liste des dix projets de terrain qu’elle soutiendra en 2026 dans le cadre de son programme Scale-Up. “Le mot qui incarne le Forum, c’est l’impact. Quand nous nous penchons au chevet d’un monde brutalisé et chaotique, ce n’est pas simplement pour l’analyser : c’est pour agir, c’est pour coaliser les acteurs en vue de le transformer”, a déclaré Justin Vaïsse, fondateur et Directeur Général du Forum de Paris sur la Paix, lors de la clôture. Le 29 octobre, plusieurs pays avaient annoncé des financements pour l’IFPIM (international Fund for Public Interest Media) dont la France (10 millions d’euros) et le Ghana, qui deviendra ainsi le premier pays africain à apporter un soutien financier à l’initiative de soutien aux médias indépendants.
Par ailleurs, les pays du Nord et du Sud se sont engagés à agir pour réduire les émissions de méthane. Ce sujet, porté par Emmanuel Macron et la Première ministre de La Barbade, Mia Mottley, sera l’un des sujets abordés lors de la COP30 de novembre à Belém, au Brésil.
De nouvelles coalitions pour la paix Dans le cadre d’une conférence ministérielle de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs organisée à Paris, le Forum a tenu une session sur l’intégration économique régionale, vecteur essentiel d’une paix durable. Co-présidée par la France et le Togo, médiateur de l’Union africaine sur les Grands Lacs, cette conférence de Paris, qui s’est déroulée à Chaillot et au Quai d’Orsay, a eu pour objectif principal de mobiliser la communauté internationale pour répondre à l’urgence humanitaire à l’Est de la République démocratique du Congo et dans la région.
Des sessions ont porté sur la situation à Gaza et la nécessité de trouver une nouvelle approche diplomatique entre Israéliens et Palestiniens, notamment à travers la consolidation de la société civile.Une minute de silence a par ailleurs été observée, en solidarité avec le Soudan, lors de la session ‘Donner aux jeunes les moyens de mener la consolidation de la paix, le changement social et la cohésion’.
L’importance de sauvegarder le droit international humanitaire a été mise en avant, à l’occasion des 75 ans de l’adoption des conventions de Genève. Le ministre des Affaires étrangères Espagnol José Manuel Albares, son homologue français Jean-Noël Barrot, la représentante spéciale pour les droits de l’Homme à l’UE Kajsa Ollongren, la Présidente du CICR Mirjana Spoljaric-Egger et le directeur de CIVIC Hichem Khadhraoui, ont abordé les principes du droit international humanitaire (DIH) et réitéré l’importance de mobiliser plus d’États à rejoindre l’initiative lancée le 27 septembre 2024 par 6 États – dont la France, et le CICR, visant à galvaniser l’engagement politique en faveur du DIH. “Les premiers pas vers la paix sont toujours humanitaires”, a rappelé Mme Spoljaric-Egger.
Et d’insister : “Nous devons traiter la vie humaine comme une vie humaine, quel que soit le camp dans lequel vous vous trouvez. C’est la garantie de revenir sur le chemin de la paix”.
De nouvelles coalitions pour les peuples Des acteurs de l’intelligence artificielle, dont le professeur, co-président et directeur scientifique de LoiZéro Yoshua Bengio, le directeur politique mondiale en matière d’IA et de cybersécurité de Microsoft Nicholas Butts et l’ancienne Première ministre de Nouvelle-Zélande et présidente de l’Appel de Christchurch Jacinda Ardern, ont évoqué les chemins pour renforcer la sécurité de l’IA et les mécanismes de coopération pour établir de bonnes pratiques.
“L’IA est un outil préventif, mais elle peut également exacerber les voies menant à la radicalisation”, a averti Mme Ardern.Concernant l’IA, la nécessité de préserver les enfants et leur développement cognitif et socio-émotionnel a été abordée avec Cécile Aptel, directrice adjointe à l’UNICEF, Michael Preston, directeur du Sesame Workshop Joan Ganz Cooney Center, et Lauren Jonas, responsable Jeunesse pour OpenAI. Mathilde Ceroli, directrice scientifique chez everyone.ai (co-organisateurs de la session), a conclu en résumant : “Plus une IA semble humaine, plus elle crée un espace propice à cette dépendance émotionnelle. Nous avons la responsabilité de créer des expériences responsables et bénéfiques pour les enfants.”
Nouvelles coalitions pour la planète
Les autres sessions ont porté sur le développement, la transformation économique et l’agriculture en Afrique mais aussi l’utilisation des minéraux pour u avenir durable.
Lors de la cérémonie de clôture, le Forum a dévoilé les noms de 10 projets sélectionnés dans le cadre de son programme Scale-Up.
Par Toavina R., directeur de la transformation numérique et acteur citoyen à Antananarivo
Le silence intérieur d’un peuple qui, enfin, se regardait en face
Lundi 13 Octobre 2025. Antananarivo s’éveille au rythme des tambours et des klaxons. Place du 13 Mai, symbole de la démocratie à Madagascar, la foule s’est rassemblée pour fêter ce qui paraissait impensable, la fin d’un pouvoir qui avait trop duré. Des milliers de jeunes, d’ouvriers, d’étudiants ont envahi l’espace public. Les drapeaux flottaient, les musiques résonnaient avec un sentiment de délivrance et derrière chaque sourire, le silence intérieur d’un peuple qui, enfin, se regardait en face.
Car depuis des années, c’est la politique de la peur qui règne. Pas seulement la peur des juges ou de la police, mais la peur d’un quotidien injuste. Un simple partage de post sur Facebook pouvait valoir une convocation. Un marché disputé, un rival mal placé et la machine administrative se refermait. Aux douanes, dans les appels d’offres, dans les licences d’importation, les passe-droits valaient loi. Durant des années, l’économie s’était transformée en un terrain d’intimidation, sous fond de corruption organisée à grande échelle et entretenue par un cercle restreint d’intouchables. Ce groupe détenait tous les leviers de la société, les affaires, l’administration, la justice et les médias. Omnipotents, Ils avaient le pouvoir de tout faire, comme bloquer un projet, ruiner une entreprise ou faire taire une voix.
C’est pourquoi, ce n’est pas un hasard si le régime s’est effondré en deux semaines et demie, plus personne n’y croyait et rapidement l’armée a pris position sans violence, dans le seul but d’éviter un vide.
Cette libération, nous la devons à cette jeunesse qui a porté le poids d’un pays épuisé, maintenu dans un long silence et lassé d’espérer. Selon le Macro Poverty Outlook publié par la Banque mondiale en avril 2024, près de 80 % des Malagasy vivent aujourd’hui sous le seuil international de pauvreté fixé à 2,15 dollars par jour.
Mais derrière ce chiffre froid, il y a la vie réelle, celle des foyers qui s’éclairent à la bougie, une population privée d’eau, des familles qui survivent plus qu’elles ne vivent.
C’est au milieu de cette dureté qu’ une génération s’est tenue debout. Il faut bien comprendre que la jeunesse ne voit plus d’avenir ici. Leur ambition n’est même pas de fuir le pays pour une vie meilleure, mais plutôt de s’exiler pour envoyer de quoi faire vivre ceux restés au pays.
Cette libération, nous la devons également à la diaspora, ceux qui, il y a des années, étaient comme cette jeunesse et qui ont réussi à partir. Sur les réseaux sociaux, de Paris à Montréal, de Maurice à Genève, elle a donné un écho à leurs colères, une crédibilité à leurs combats, une visibilité à leur espérance. L’attachement de la diaspora se traduit comme un miroir tendu à la jeunesse restée au pays qui lui renvoie son courage, son intelligence et sa dignité.
Malgré cette extrême pauvreté, Madagascar a tout pour vivre dignement. Des terres fertiles, de l’or, des minerais rares, une mer généreuse et une jeunesse instruite
Oui, nous avons des ingénieurs, des développeurs, des techniciens qui font tourner les systèmes informatiques de l’Europe. Nous avons également des ressources naturelles capables de financer nos hôpitaux, nos écoles, nos infrastructures. Mais tout ce que nous produisons enrichit d’autres. Nos richesses partent, nos talents s’exportent et nos efforts servent ailleurs. Nous sommes devenus les petites mains du progrès mondial, une économie sous-traitée et dépossédée de son propre futur.
Un ami m’a récemment raconté un souvenir, un matin au nord de Majunga, des pêcheurs tiraient leurs filets troués dans un estuaire. Un chalutier chinois s’est approché, immense et mécanique. En quelques minutes, il a tout emporté. Les pirogues tanguaient, impuissantes. Cette image dit tout, un pays riche, pillé à ciel ouvert, sans que personne ne s’en émeuve vraiment. Mais elle dit aussi notre résistance que même après le saccage, la mer finit toujours par revenir. Car ce qui est tombé aujourd’hui, ce n’est pas seulement un homme, c’est un système. Celui des connivences, de la complaisance et de la peur intériorisée.
Car en effet, changer de président ne servira à rien si la logique d’impunité persiste
Ce n’est pas d’un homme providentiel dont Madagascar a besoin, mais d’un État qui se gouverne enfin avec exigence et courage. L’administration publique doit redevenir un service public et non plus un espace corruption, de favoritisme et de passe droit. Il faut aller plus loin que le symbole, refonder les institutions, dépolitiser la fonction publique, instaurer des mécanismes indépendants de contrôle des marchés et des finances publiques. Que les budgets, les marchés, les contrats miniers soient publiés en ligne, accessibles à tous. Que le numérique, longtemps détourné à des fins de surveillance ou de communication politique, devienne un outil de transparence performant dans l’administration. Nos ressources, terres, mers, minerais, savoirs, doivent cesser de nourrir les richesses d’autruis pour enfin financer nos écoles, nos hôpitaux et nos routes.
Le calme actuel n’aura de valeur que s’il mène à la justice. La stabilité, que si elle ouvre la voie à la réforme. Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas la fin d’un régime ni un éternel recommencement, c’est surtout l’occasion ou jamais, de nous prendre en main pour un vrai tournant et une nouvelle vision. Mais cet élan ne tiendra que si l’armée rend rapidement le pouvoir à une entité civile, qu’elle soit collégiale, gouvernementale ou transitoire mais capable de penser un nouveau système, et pas seulement d’organiser de nouvelles élections. Revenir trop vite aux vieilles pratiques serait répéter les mêmes erreurs.
Le combat sera d’autant plus difficile que la communauté internationale n’acceptera pas facilement notre trajectoire. Elle voudra une autre issue, plus conforme à ses habitudes qu’à notre réalité. Nous serons suspendus, isolés, peut-être punis d’avoir décidé seuls. Malheureusement ce sera le prix à payer pour retrouver notre souveraineté.
Mais, pour la première fois depuis longtemps, nous pouvons nous relever, non par miracle, mais par notre volonté de changer tout un système afin que nos générations à venir puissent vivre libres, dignes et indépendantes.
La Banque mondiale publie des projections économiques semestrielles pour chacune des régions du monde en développement : Afrique subsaharienne, Asie de l’Est et Pacifique, Europe et Asie centrale, Amérique latine et Caraïbes, Moyen-Orient et Afrique du Nord, et Asie du Sud.
Ces rapports éclairent les perspectives macroéconomiques et les tendances du développement régionales. Les nouvelles éditions sont publiées à l’occasion des Assemblées annuelles et des Réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Afrique subsaharienne
Selon l’édition d’octobre 2025 du rapport Africa’s Pulse, la dynamique de croissance économique en Afrique subsaharienne demeure robuste, malgré un environnement politique mondial plus incertain. L’activité régionale devrait progresser de 3,8 % en 2025, contre 3,5 % en 2024, avant de s’accélérer à un taux annuel moyen de 4,4 % sur la période 2026-2027.
L’emploi constitue le principal canal par lequel les populations bénéficient des fruits de la croissance économique. Or la majorité des nouveaux entrants sur le marché du travail rejoignent des secteurs informels, caractérisés par une faible productivité et des perspectives limitées en matière de croissance des revenus, de réduction de la pauvreté et de mobilité sociale. Les emplois salariés ne représentent que 24 % de l’ensemble des emplois, et ce chiffre est encore plus faible si l’on exclut l’Afrique australe. L’Afrique subsaharienne doit adopter un nouveau modèle de croissance fondé sur le développement des moyennes et grandes entreprises, véritables moteurs de productivité et de création d’emplois.
Asie de l’Est et Pacifique
La région Asie de l’Est et Pacifique continue d’afficher des performances de croissance supérieures à celles de la plupart des autres régions du monde. Toutefois, le maintien de la croissance et la création d’emplois plus nombreux nécessiteront des réformes ambitieuses dans un contexte mondial incertain. Le modèle de développement inclusif qui a fait le succès de la région est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis.
Ces dernières années, l’expansion de l’emploi a principalement concerné des rôles de services à faible productivité, et souvent dans le secteur informel, qui offrent peu de possibilités d’avancement. En outre, les jeunes peinent à trouver un emploi et les femmes restent moins présentes sur le marché du travail. Dans la plupart des pays, le pourcentage de la population vulnérable susceptible de basculer dans la pauvreté est désormais supérieur à la part de la classe moyenne. Des réformes et des investissements dans le capital humain et l’infrastructure numérique, une concurrence accrue dans les services et le levier des politiques publiques peuvent contribuer à assurer une meilleure adéquation entre opportunités d’emploi et compétences de la main-d’œuvre.
Europe et Asie centrale
La croissance dans les économies en développement d’Europe et Asie centrale devrait fléchir cette année à 2,4 % en termes réels, contre 3,7 % en 2024, en raison principalement du ralentissement observé dans la Fédération de Russie.
La région est confrontée à la problématique de l’emploi : la plupart des emplois créés au cours des 15 dernières années l’ont été dans des fonctions relativement peu qualifiées et offrant un potentiel de rémunération limité. Le rapport met en avant les mesures indispensables pour relancer la productivité et créer des emplois : investir dans les infrastructures, le capital physique et le capital humain, comme l’éducation et la formation, améliorer l’environnement des affaires et mobiliser des capitaux privés. Ces efforts contribueront également à renforcer la résilience du marché du travail face aux mutations démographiques que connaît la région.
Amérique latine et Caraïbes
La région Amérique latine et Caraïbes poursuit ses efforts pour relancer la croissance et créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, avec des progrès limités. Le taux de croissance régional devrait légèrement augmenter, pour passer de 2,2 % en 2024 à 2,3 % en 2025, les prévisions ayant été revues à la baisse pour de nombreuses économies.
Ces ajustements s’expliquent en partie par un environnement extérieur peu favorable, marqué par le ralentissement de l’économie mondiale, le déclin des prix des produits de base et une incertitude accrue. Dans ce contexte, il est crucial de favoriser l’activité des entrepreneurs et du secteur privé. Ces acteurs essentiels du progrès économique peuvent contribuer à la dynamique de croissance et de création d’emplois dont la région a besoin.
Moyen Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan
Les perspectives de croissance dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan s’améliorent, suivant la tendance mondiale, malgré un contexte toujours marqué par les conflits, la fragilité et les déplacements de populations. La croissance régionale, portée par des performances plus solides que prévu dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les pays en développement importateurs de pétrole, devrait atteindre 2,8 % en 2025 et 3,3 % en 2026, contre 2,3 % en 2024.
Le dernier bulletin économique régional insiste sur la nécessité de créer des emplois et de mobiliser pleinement la main-d’œuvre afin d’améliorer les niveaux de vie. Dans ce contexte, la faible participation des femmes au marché du travail demeure un frein majeur à la croissance. Le rapport identifie les principaux obstacles à la participation économique des femmes — dynamiques familiales, normes sociales, cadres juridiques ou contraintes du secteur privé — et appelle à une plus grande intégration des femmes dans les marchés du travail de la région.
Asie du Sud
L’Asie du Sud est la région la plus dynamique du monde, avec un taux de croissance attendu de 6,6 % en 2025. Les projections indiquent cependant un fléchissement sensible à 5,8 % en 2026.
Les risques de dégradation résident principalement dans les répercussions du ralentissement économique mondial et des incertitudes entourant les politiques commerciales, les troubles sociopolitiques dans la région elle-même et les perturbations des marchés du travail causées par des technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle. Des réformes visant à promouvoir l’ouverture aux échanges et l’adoption technologique pourraient avoir un impact transformateur sur l’Asie du Sud, en aidant la région à créer des emplois et à stimuler la croissance.
Du 16 au 18 octobre 2025, la ville de Lagos (Nigeria) accueille la 2ᵉ édition du Forum Création Africa, un événement consacré au développement des industries culturelles et créatives (ICC) du continent africain. Organisé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), en lien avec la Maison des Mondes Africains (MansA), l’Institut Français et avec le soutien du Fonds Équipe France Création, ce forum s’inscrit dans la dynamique du renouveau du partenariat Afrique–France.
Un forum au cœur du renouveau du partenariat Afrique-France
Lancé à Paris en 2023, Création Africa est né d’une conviction : la vitalité des ICC africaines constitue un moteur majeur du développement économique, de la transformation sociale et du dialogue entre les cultures. Cette deuxième édition marque une étape décisive : après Paris, Lagos devient la scène du dialogue créatif entre la France, l’Afrique et le monde.
L’événement s’inscrit dans la séquence structurante du partenariat renouvelé entre la France et le continent, aux côtés de l’ouverture de la Maison des Mondes Africains (MansA) à Paris en 2025 et en amont du Sommet Afrique–France « Africa Forward » prévu à Nairobi en mai 2026.
Trois jours pour faire dialoguer créativité et innovation
Pendant trois jours, plus de 1 000 participants – créateurs, entrepreneurs, investisseurs, acteurs publics et privés, écoles et médias – se retrouve à Lagos. Au programme : tables rondes, masterclass, rencontres d’affaires et concerts mettant à l’honneur les talents et les projets qui façonnent les nouvelles scènes africaines.
Parmi les thématiques phares :
le financement et la structuration des ICC africaines ;
les technologies immersives (XR, animation, jeux vidéo) ;
la mode et le design durable ;
la musique et les nouvelles écritures audiovisuelles ;
le rôle des diasporas et des femmes dans la transformation culturelle du continent.
La France aux côtés des créateurs du continent
À travers la MansA, la France accompagne la circulation des œuvres et des idées, encourage les récits pluriels et soutient les créateurs qui façonnent les imaginaires contemporains. Depuis son ouverture à Paris en 2025, la MansA agit comme un hub culturel pour les diasporas africaines et un pont entre l’Europe et l’Afrique.
Le Forum Création Africa à Lagos prolonge cette dynamique : il concrétise la volonté partagée de bâtir un partenariat culturel et économique équilibré, fondé sur la création, la jeunesse et la réciprocité.
Un partenariat concret et une diplomatie culturelle en mouvement
Création Africa illustre l’engagement de la France à accompagner la jeunesse africaine et ses écosystèmes créatifs, en soutenant la formation, la production et la diffusion des talents sur la scène internationale. Il constitue un instrument clé de la diplomatie d’influence française, fondée sur l’écoute, la co-construction et la valorisation des initiatives issues du continent.
Ce forum est aussi un accélérateur de coopérations économiques et culturelles entre entreprises, écoles, institutions et artistes. Le Fonds Équipe France Création (FEF-Création), lancé en 2023, finance déjà des projets conjoints dans plus de 15 pays africains, et plusieurs accords devraient être signés à Lagos à cette occasion.
AfricInvest Europe, la filiale française du Groupe AfricInvest, agréée par l’AMF, vient de réaliser le premier closing de la troisième génération des Fonds franco-africains (FFA) à c. 50 M€,. Avec son équipe dédiée, basée à Paris, AfricInvest Europe a désormais atteint environ 150 M€ d’encours sous gestion, et a investi dans 18 entreprises françaises via les FFA.
Depuis le lancement du premier Fonds franco-africain (FFA) en janvier 2017, dans lequel Bpifrance et Proparco étaient présents au démarrage, la stratégie des FFA a été d’investir des tickets minoritaires dans des PME et ETI françaises rentables et à fort potentiel de développement, ayant un lien avec l’Afrique. Cet angle africain peut aussi bien concerner des sites industriels existants ou nouveaux, qu’ils soient organiques ou acquis, que des activités de distribution ou des projets commerciaux sur le continent africain.
FFA 1 et 2 : l’expertise de 18 PME/ETI françaises rayonne en Afrique
Fondé en 1994, le Groupe AfricInvest est un pionnier et un leader du Private Equity en Afrique, avec c. 2,3 Mds $ de fonds levés et plus de 230 transactions conclues dans plus de 38 pays.
Pour chacune des entreprises françaises de son portfolio, AfricInvest Europe soutient les équipes de direction grâce à l’expérience de longue date du Groupe AfricInvest en Afrique, son vaste réseau sur le continent et l’expertise de ses c. 100 employés répartis dans ses 8 bureaux et antennes locales (Afrique du Sud, Algérie, Côte d’Ivoire, Égypte, Île Maurice, Kenya, Maroc, Nigeria et Tunisie).
À fin septembre 2025, les FFA ont déjà réalisé 18 investissements dans des secteurs variés, tels que la santé, la formation professionnelle, l’éclairage public, l’emballage, la production industrielle, la gestion de l’eau, les travaux publics, la distribution, les services de voyage, la mobilité et le chantier naval, les services patrimoniaux et les solutions digitales. La vision des Fonds est d’accélérer leur croissance internationale grâce à des projets de développement, notamment sur les continents européen et africain.
AfricInvest Europe, grâce à son positionnement transfrontalier unique, accompagne ses participations françaises dans l’accélération de leur croissance, l’établissement de partenariats et l’accès à de nouveaux marchés en Afrique. Le Groupe AfricInvest facilite ces collaborations en mettant en relation les sociétés avec les partenaires commerciaux, financiers, industriels et technologiques les plus pertinents sur chaque marché local.
FFA3 : les institutions financières africaines misent sur les PME françaises
Le FFA 3 cible 10 à 12 tickets minoritaires entre 5 et 10 millions d’euros, dans des opérations majoritaires ou minoritaires, aux côtés des dirigeants et/ou de fonds de capital-investissement français et étrangers.
Le FFA 3 a rassemblé le soutien de la plupart de ses investisseurs historiques (Bpifrance, Proparco, BNP Paribas, l’assureur pan-African Sanlam, le fonds de pension de la Banque centrale du Kenya et l’assureur Mauricien Sicom) ainsi que des nouveaux investisseurs institutionnels internationaux, notamment du Kenya et du CCG, et de nouveaux family offices européens et africains. Les institutions financières africaines représentaient déjà 19 % sur le FFA2 (en valeur). Elles rassemblent désormais 1/3 des investissements sur le FFA3, avec la possibilité de conjuguer attrait financier de l’investissement et réel impact sur le continent.
Plus d’impacts sur le continent
Djalal Khimdjee, directeur général délégué de Proparco a déclaré : « Nous sommes fiers d’accompagner AfricInvest – pour la troisième fois – dans la mise en place du Fonds franco-africain, avec un investissement de 15 millions d’euros. Grâce au FFA3, nous soutenons le développement en Afrique d’une dizaine de nouvelles PME françaises, qui apportent leur expertise en faveur de projets qui contribuent à la croissance durable et résiliente du continent, à la protection de la planète et à la réduction des inégalités. »
Stéphane Colin et Khaled Ben Jennet, les associés gérants d’AfricInvest Europe, ont déclaré : «Nous nous réjouissons de ce jalon majeur pour les Fonds franco-africains. Plusieurs investisseurs ont réaffirmé leur confiance en nous, et de nouveaux investisseurs ont aussi été séduits par notre thèse d’investissement unique.
Aujourd’hui, les Fonds franco-africains ont une stratégie d’investissement singulière et différenciante sur le marché français mid-cap du capital-investissement, et pour chaque entreprise du portefeuille, aux côtés des équipes de directions et des co-actionnaires, ils apportent une réelle additionnalité, notamment sur leur développement africain.»
Outre les rendements financiers, le FFA 3 (notamment dans le cadre du règlement sur la divulgation des informations relatives au financement durable, SFDR 8) mettra l’accent sur l’impact de ses investissements, sur la gouvernance, la transparence, la création d’emploi et le respect des valeurs sociales et environnementales des entreprises.
Le photojournaliste français Antoni Lallican, âgé de 37 ans, a été tué vendredi matin en Ukraine lors d’une attaque de drone FPV dans le Donbass, près de la ville industrielle de Kostiantynivka (oblast de Donetsk). L’attaque, survenue aux alentours de 7h20, a également blessé le journaliste ukrainien Heorgiy Ivanchenko, selon les Fédérations européenne et internationale des journalistes (EFJ-IFJ) ainsi que le Syndicat national des journalistes (SNJ).
Antoni Lallican a souvent travaillé en Afrique durant sa carrière notamment en Ethiopie.
Collaborateur du studio Hans Lucas depuis 2019, Antoni Lallican travaillait régulièrement avec de grands médias français et internationaux, dont Le Figaro. Son travail s’était distingué par une couverture approfondie des zones de conflit. En Ukraine, il avait documenté la guerre depuis ses premières heures, de Kiev à Bakhmout, témoignant de la dureté des combats et de l’impact du conflit sur les populations civiles.
Au-delà du front ukrainien, son parcours l’avait conduit sur d’autres terrains sensibles : le Liban, le Haut-Karabakh, ou encore la Syrie de Bachar al-Assad. Ses reportages reflétaient une volonté constante de mettre en lumière les réalités humaines derrière les conflits et les tensions internationales.
La Fédération européenne des journalistes a présenté ses condoléances à la famille du reporter, rappelant qu’il s’agit du premier journaliste tué par un drone en Ukraine depuis le début de l’invasion russe. Sa disparition marque une nouvelle tragédie pour la profession, soulignant les risques extrêmes encourus par les journalistes de guerre, essentiels pour documenter les conflits contemporains et en transmettre la mémoire.
À l’évocation de l’intelligence artificielle (IA), on pense souvent aux grands modèles de langage qui font les gros titres des médias — des systèmes massifs, entraînés sur d’immenses quantités de données, nécessitant des supercalculateurs et extrêmement gourmands en ressources. Ils tendent à concentrer toute l’attention et suscitent des débats cruciaux autour des enjeux d’accès et de compétitivité. Mais dans les pays en développement, l’essor de formes d’IA moins complexes est en train d’impulser une autre dynamique, tout aussi puissante, et peut-être même plus transformatrice.
Au Kenya, l’application Nuru permet de photographier une plante malade et de recevoir un diagnostic instantané sans nécessiter une connexion internet continue. De tels outils peuvent aider les agriculteurs à accroître leurs rendements et par ricochet leurs revenus. Au Sénégal, une entreprise numérique se base sur les profils des agriculteurs et les données culturales pour fournir via une appli mobile des conseils sur la gestion phytosanitaire et les besoins en eau, avec, à la clé, la mise à disposition des bonnes informations aux bons moments. Au Ghana, une start-up envoie des prévisions météorologiques hyperlocalisées par SMS et aide ainsi les agriculteurs à décider quand planter, irriguer et récolter, le tout à l’aide d’un simple téléphone. Ce sont autant d’applications pratiques, peu coûteuses et souples.
La force de ces outils réside dans leur capacité à s’appuyer sur l’existant. En exploitant des infrastructures de base, telles que les registres locaux d’agriculteurs dans un pays comme l’Inde, les petites IA permettent de créer de nouvelles plateformes qui relient les producteurs au crédit, aux marchés et à des services de conseil personnalisés.
Santé : élargir l’accès et renforcer les systèmes de soins
Surtout, les petites IA s’adaptent aux cultures locales. Au Pérou, une initiative développe des outils de diagnostic vocaux dans des langues autochtones, ce qui contribue à renforcer la confiance des populations dans les services de santé et à garantir que la technologie profite à tous.
Éducation : combler les lacunes et personnaliser les apprentissages
Ces résultats positifs gagnent du terrain. Au Costa Rica, en République dominicaine et au Mexique, les systèmes de soutien scolaire par IA apportent des solutions d’apprentissage individualisé dans les communautés isolées et autochtones. À l’autre bout du monde, des plateformes comme Diksha en Inde et Shikkhok au Bangladesh intègrent des outils d’IA dans des applications mobiles qui fonctionnent hors ligne et sont disponibles dans plusieurs langues. Ces exemples montrent que les technologies éducatives ne doivent pas nécessairement mobiliser beaucoup de ressources pour avoir un réel impact sur les élèves et les enseignants, en favorisant une inclusion et des opportunités accrues.
Quels enseignements tirer de ces applications concrètes ?
Le succès des petites IA repose sur quelques principes fondamentaux. Premièrement, elles sont d’autant plus performantes qu’elles répondent à des enjeux très localisés et clairement définis, comme une maladie des plantes ou un problème de santé en particulier. Deuxièmement, elles gagnent à s’appuyer sur les infrastructures et les réseaux existants (registres d’agriculteurs, WhatsApp ou systèmes d’agents de santé locaux) pour étendre leur portée. Troisièmement, elles doivent être conçues en priorité pour des usages mobiles et hors ligne, sachant que les smartphones sont généralement les appareils numériques les plus répandus dans les pays en développement et que les connexions internet ne sont souvent pas fiables. Enfin, elles bénéficient grandement de la mise en place de partenariats public-privé, où l’État met en place les plateformes structurantes, le secteur privé porte l’innovation et la population locale façonne des solutions ancrées dans la réalité du terrain.
Développer des intelligences artificielles qui profitent à tous
Les promesses de l’intelligence artificielle ne doivent pas être un luxe réservé à quelques nations. Avec la montée en puissance des petites IA, un nouveau récit émerge, qui conjugue résilience, ingéniosité et possibles, au cœur même des communautés qui en ont le plus besoin. Un récit dont les meilleurs chapitres restent à écrire…
La France et le Kenya organiseront conjointement le sommet « Africa Forward : partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance », qui réunira le chef de l’Etat et des chefs d’État et de gouvernement africains à Nairobi les 11 et 12 mai 2026.
La décision d’organiser ce sommet a été confirmée par le Président de la République, Emmanuel MACRON, et le Président de la République du Kenya, William Samoei RUTO, lors d’une rencontre tenue à New York le 24 septembre, en marge de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies.
Le sommet « Africa Forward » s’inscrit dans le renouvellement des relations entre la France et les pays africains, fondées sur des partenariats mutuellement avantageux.
Le sommet visera à trouver des solutions s’appuyant sur les actions des gouvernements et des organisations internationales, du secteur privé, des jeunes entrepreneurs et de la société civile pour répondre aux problématiques d’intérêt commun pour la France et les pays africains. Il portera notamment sur la réforme de l’architecture financière internationale, la transition énergétique, l’industrialisation verte, l’économie bleue, la connectivité, l’intelligence artificielle, l’agriculture durable et la santé. Le sommet s’ouvrira le 11 mai 2026 avec un forum d’affaires qui valorisera les projets, les innovations et les idées des secteurs privés français et africains et mettra en lumière des exemples de réussite dans les domaines thématiques du sommet
L’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et la Commission de l’Union africaine (CUA), en collaboration avec le gouvernement de la République d’Angola, organiseront le plus grand sommet africain sur le financement des infrastructures du 28 au 31 octobre 2025 à Luanda, en République d’Angola.
Dans la continuité des éditions précédentes, notamment le Sommet sur le financement des infrastructures de Dakar en 2023, le rassemblement de cette année s’inscrit dans le cadre d’un effort continental plus large visant à débloquer des investissements et des partenariats afin de soutenir les aspirations de l’Union africaine en matière d’infrastructures pour 2063, dans le cadre du Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (PIDA).
Le sommet arrive à un moment critique, alors que l’Afrique est confrontée à un déficit annuel de financement des infrastructures supérieur à 100 milliards de dollars et se prépare à mobiliser les 1 300 milliards de dollars nécessaires à la mise en œuvre du Plan directeur continental pour les systèmes électriques (CMP) en vue de la création d’un marché unique de l’électricité en Afrique d’ici 2040. À lui seul, le PIDA nécessite 16 milliards de dollars par an pour réaliser des projets transfrontaliers transformateurs qui permettront de concrétiser les ambitions industrielles, commerciales et énergétiques du continent d’ici 2030.
En tant qu’actuel président de l’Union africaine, S.E. João Manuel Gonçalves Lourenço, président de la République d’Angola, a placé le financement des infrastructures au cœur de son programme continental. S’exprimant lors de la cérémonie de passation de pouvoir de la Commission de l’UA en mars 2025, le président Lourenço a déclaré :
« Les infrastructures sont l’un des piliers essentiels de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Nous devons mobiliser toutes les ressources financières disponibles pour atteindre nos objectifs, qu’il s’agisse des routes, des chemins de fer, des ports, des lignes électriques ou des réseaux numériques. J’ai demandé à la Commission d’organiser une conférence continentale sur les infrastructures en 2025 afin de stimuler les investissements et de connecter l’Afrique pour le commerce, l’innovation et la prospérité. »
Le Sommet de Luanda sur le financement des infrastructures répond directement à cet appel. Grâce à des salles de négociation et des sessions de présentation d’investissements, les gouvernements et les institutions africains présenteront leurs portefeuilles d’infrastructures à des investisseurs potentiels, dans le but d’obtenir des engagements financiers pour les corridors régionaux, la production et le transport d’électricité, les plateformes logistiques et les réseaux numériques. Des corridors stratégiques tels que le corridor de Lobito, le LAPSSET et la route Dakar-Bamako-Djibouti seront présentés comme des modèles intégrés combinant infrastructures, commerce et développement industriel.
L’un des thèmes centraux du sommet sera la quête permanente de l’Afrique pour un accès universel à l’énergie. À travers les projets énergétiques du PIDA, le marché unique africain de l’électricité (AfSEM) et le Plan directeur continental des systèmes électriques, le sommet explorera les mécanismes de financement destinés à combler les lacunes en matière d’accès à l’énergie pour plus de 600 millions d’Africain(e)s qui n’ont pas accès à l’électricité. Le sommet permettra également de renforcer la collaboration avec les organisations philanthropiques et les capitaux alignés sur le climat afin de co-investir dans des infrastructures énergétiques durables, en particulier dans les régions mal desservies, en s’appuyant sur la feuille de route de Nairobi adoptée par l’AUDA-NEPAD, la Commission de l’Union africaine, la Banque du commerce et du développement et la Banque africaine de développement.
Cette réunion coïncide également avec l’examen à mi-parcours du PIDA, une étape importante qui permettra d’évaluer les progrès accomplis et de définir une orientation stratégique pour la seconde moitié du cycle PIDA PAP 2. L’événement permettra d’approfondir les discussions sur la préparation des projets et le soutien au démarrage, notamment grâce à des mécanismes tels que le mécanisme de prestation de services (SDM) de l’AUDA-NEPAD, qui aide les pays à accélérer le développement des infrastructures et à débloquer les investissements.
Alors que l’Afrique se positionne pour jouer un rôle de premier plan dans la révolution mondiale du numérique et de l’IA, le sommet de Luanda examinera comment les infrastructures numériques, les technologies financières et l’intelligence artificielle peuvent favoriser une planification plus intelligente, une meilleure prestation de services et une plus grande inclusion financière. Les corridors de croissance industrielle dépendant des données, de l’énergie et de la mobilité, le sommet explorera les voies vers une industrialisation numérique alimentée par l’intégration régionale dans le cadre de la ZLECAf.
La sécurité et les infrastructures hydrauliques seront également à l’ordre du jour, avec une attention particulière accordée au financement durable de la gestion transfrontalière des ressources en eau et aux infrastructures d’adaptation au changement climatique.
Parallèlement, le sommet soulignera la nécessité impérative de mobiliser les capitaux nationaux. Avec plus de 70 milliards de dollars disponibles chaque année dans les fonds de pension et les fonds souverains africains, de nouveaux modèles de coopération public-privé seront explorés afin de libérer ces ressources pour des investissements à long terme dans les infrastructures. Une attention particulière sera également accordée aux mécanismes de financement innovants, notamment le financement mixte, les obligations de projet et les outils d’atténuation des risques.
Il est important de noter que cette dynamique continentale s’aligne sur le positionnement de l’Afrique sur la scène mondiale. Sous la présidence sud-africaine du G20 en 2025, l’Afrique aura une occasion unique de faire du financement des infrastructures et de l’accès à l’énergie l’une des priorités mondiales. Le sommet de Luanda servira de plateforme africaine clé pour alimenter les dialogues mondiaux et réaffirmer le leadership de l’Afrique dans la proposition de solutions qui fonctionnent pour le continent et pour le monde. De même, le sommet appellera à un meilleur accès à un financement climatique équitable, tout en présentant des projets verts prêts à être investis dans les secteurs des transports, de l’énergie, du numérique et de l’eau.
Les inscriptions au Sommet de Luanda sur le financement des infrastructures, ainsi que les possibilités de présenter des projets et de s’associer aux organisateurs, seront ouvertes dans les prochaines semaines. De plus amples détails sur la participation, les événements parallèles et les plateformes d’exposition seront bientôt annoncés sur la page officielle de l’événement.
Reste cependant un défi de taille à relever. En effet, bien des initiatives gouvernementales destinées à promouvoir l’adoption des technologies — déductions fiscales et subventions pour les investissements en capital notamment — ont été mises en place à une époque dominée par les actifs informatiques physiques tels que les PC et les serveurs. Aujourd’hui, un grand nombre de pays offrent une forme ou une autre d’incitation à l’investissement (voir la figure 1 ci-dessous), dont beaucoup ciblent spécifiquement les technologies de l’information (TI). Ces incitations sont structurées de manière à encourager les entreprises à acheter des équipements, mais que se passe-t-il lorsque l’évolution technologique passe de la possession de matériel à sa location via le cloud ?
Figure 1 : Primes à l’investissement dans les pays en développement
Note : Correspond à la proportion des pays proposant une prime à l’investissement, définie comme la possibilité, dans au moins un secteur, de déductions fiscales ou de crédits d’impôt pour investissement qui permet aux investisseurs de déduire les dépenses correspondantes du revenu imposable ou de l’impôt à payer. Les données portent sur 106 pays à revenu faible ou intermédiaire en 2015.
Source : Base de données de la Banque mondiale sur les incitations fiscales dans les pays en développement, voir Banque mondiale (2018), Global Investment Competitiveness Report, 2017/2018.
Incitations à l’investissement, projets d’investissement traditionnels et casse-tête du cloud
De récentes données (a) montrent comment les mesures incitatives peuvent influencer les investissements dans les technologies de l’information et l’adoption du cloud, de l’IA et du big data. Si elles ont fait leurs preuves pour stimuler l’investissement dans des actifs tangibles tels que les machines et les équipements informatiques, ces politiques pourraient ne pas être aussi efficaces dans le paysage numérique actuel. Les incitations peuvent contribuer à remédier aux imperfections du marché qui rendent difficile l’obtention de financements, en particulier pour les start-up et les petites entreprises. Par exemple, il a été constaté que les entreprises éligibles augmentaient leurs investissements en matériel et en logiciels de manière significative par rapport à celles qui ne le sont pas (voir figure 2).
Toutefois, ces incitations subventionnent généralement les investissements en matériel informatique, et non les dépenses en services informatiques dématérialisés. Lorsque les entreprises considèrent les investissements dans le cloud et les TI comme partiellement substituables l’un à l’autre, les incitations peuvent involontairement les orienter vers l’achat de matériel et les éloigner de l’adoption de produits dématérialisés. Selon les données disponibles, si les mesures d’incitation stimulent les investissements dans les TI, elles ralentissent considérablement l’adoption de services cloud (voir la figure 3). L’effet est encore plus prononcé pour les petites et moyennes entreprises, qui sont souvent celles qui ont le plus à gagner de la flexibilité et de l’évolutivité de l’informatique en nuage.
Figure 2 : Les politiques d’incitation ont accru les investissements des entreprises dans le matériel et les logiciels
Note : Le graphique présente les coefficients des effets de l’éligibilité à la politique de prime annuelle à l’investissement dans le matériel et les logiciels, estimés par Callaway et Sant’Anna (2021). Toutes les régressions incluent les effets fixes année et entreprise et des variables de contrôle de l’emploi différé, du statut multiétablissements, de la propriété étrangère et de l’âge.
Source : Calculs des auteurs.
Répercussions sur l’IA, le big data et la main-d’œuvre
Le ralentissement de l’adoption du cloud a des implications plus larges. Étant donné que les services dématérialisés constituent la base informatique de l’analyse des données massives et de l’IA, tout retard dans leur diffusion peut entraver l’utilisation de ces technologies de pointe. Les travaux de recherche suggèrent en effet que les incitations à l’investissement peuvent ralentir l’adoption de l’analyse des mégadonnées et de l’IA, retardant leur diffusion de plus d’un an en moyenne.
Par ailleurs, des conséquences se font aussi sentir sur le marché du travail, car les politiques mises en œuvre peuvent freiner la demande de professionnels de l’analyse de données. Ainsi, on constate que les analystes de données peuvent subir des baisses de salaire dans les entreprises éligibles aux incitations, par rapport à leurs homologues dans celles qui ne le sont pas. Il est à noter qu’il n’y a pas d’impact significatif sur d’autres types de salariés, tels que ceux qui saisissent les données plutôt que ceux qui les analysent. Ainsi, bien que les mesures d’incitation ne semblent pas affecter la demande globale de main-d’œuvre, elles ralentissent celle de professionnels de l’analyse des données.
Figure 3 : Les politiques d’incitation ont ralenti l’adoption du cloud, du big data et de l’IA par les entreprises
Note : Le graphique présente les coefficients des effets de l’éligibilité à la politique de prime annuelle à l’investissement dans le matériel et les logiciels, estimés par Callaway et Sant’Anna (2021). Toutes les régressions incluent les effets fixes année et entreprise et des variables de contrôle de l’emploi différé, du statut multiétablissements, de la propriété étrangère et de l’âge.
Préparer l’avenir en repensant les incitations pour favoriser une économie numérique
La raison d’être initiale des incitations était d’atténuer les coûts fixes des investissements en capital et les défaillances du marché financier qui pénalisent les petites entreprises et les start-up. Cependant, le développement du cloud réduit en partie la nécessité de telles aides en diminuant les coûts fixes des TI que les entreprises doivent supporter. Les données indiquent que les politiques conçues pour un environnement commercial dominé par les PC, les serveurs et l’infrastructure physique devraient être réévaluées à la lumière de modèles commerciaux de plus en plus fondés sur les données et les services numériques.
Si les incitations à l’investissement ont historiquement joué un rôle essentiel dans le soutien à l’adoption des technologies, elles semblent désormais mal adaptées aux réalités d’une économie numérique en évolution rapide. Les décideurs politiques devraient envisager d’adapter ces incitations pour mieux encourager l’adoption du cloud, du big data et de l’IA, autant de technologies essentielles à la croissance et à la compétitivité futures.
Dans l’espace d’un même pays, une sage-femme attend un colis de sang livré par drone à la tombée du jour, tandis que, quelques centaines de kilomètres plus loin, un agriculteur valide un microcrédit sur son téléphone pour acheter une pompe solaire connectée. L’un et l’autre ne voient pas des « projets pilotes », ils voient des services qui arrivent à temps, qui tiennent leurs promesses, qui changent leur quotidien. C’est cela, le passage à l’échelle : quitter le monde des démonstrations pour couvrir la totalité d’un besoin social, de façon fiable et visible. Dans un contexte de contraintes budgétaires et d’instabilité géopolitique, la France a d’ailleurs fixé un cap clair : des partenariats internationaux lisibles, centrés sur des résultats concrets et mesurables, et articulés au Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P). Cette orientation ne relève pas d’un effet d’annonce ; elle réorganise la manière de penser, de financer et d’exécuter l’action publique et ses alliances.
Le passage à l’échelle répond à une exigence d’efficacité et de redevabilité autant qu’à un impératif politique.
Thierry Barbaut
Depuis plusieurs années, je travaille précisément sur ce « comment ». Passer à l’échelle n’est ni une coquetterie sémantique ni un saut dans l’inconnu ; c’est une discipline. Elle repose sur un enchaînement d’étapes que nous avons éprouvées au contact des bailleurs, des opérateurs publics et privés, et des gouvernements, dans le sillage des échanges de Séville sur le « Sustainable Impact at Scale ». Là-bas, une conviction s’est imposée : pour regagner la confiance des contribuables et des citoyens, il faut prouver que l’on sait résoudre des problèmes à grande échelle, pas seulement lancer des initiatives prometteuses. Le passage à l’échelle répond à une exigence d’efficacité et de redevabilité autant qu’à un impératif politique.
Le cœur de la démarche est simple à énoncer, exigeant à tenir. Tout commence par une vision d’échelle chiffrée et temporellement ancrée : quelle part du problème voulons-nous régler et en combien d’années ? Ce cadrage oblige à sortir des slogans pour quantifier l’ambition et tracer une trajectoire de dix à quinze ans, horizon indispensable dès lors qu’il s’agit de systèmes – santé, foncier, énergie, finance. À ce stade déjà, une question décisive s’impose : qui paiera et qui opérera quand les bailleurs se retireront ? C’est le socle du modèle économique ; c’est aussi le test de vérité pour distinguer ce qui peut devenir un service public, un marché ou un bien mixte.
Vient ensuite le travail « hors lumière », celui qui ne se voit pas mais qui conditionne tout le reste : créer l’environnement habilitant. Sans règles du jeu claires, sans autorités de supervision formées, sans interopérabilité technique ni capacités locales, aucune technologie ne « scale ». C’est dans ce maillage réglementaire et institutionnel, parfois ingrat, que se joue la bascule. C’est aussi là que le rôle des bailleurs est le plus catalytique : ils ne font pas l’échelle à la place des pays, ils rendent l’échelle possible en investissant dans la qualité des institutions et la préparation des marchés.
La conception elle-même doit être « scaling-ready ». Cela signifie documenter les preuves d’impact et la coût-efficacité dès l’instruction, mais aussi prévoir des indicateurs d’échelle : taux de couverture, baisse de coûts unitaires, temps de déploiement, qualité de service. Ces repères ne servent pas qu’aux rapports ; ils organisent la gouvernance, ils arbitrent les choix techniques, ils guident le financement. À l’échelle, on ne pilote plus avec des moyens ; on pilote avec des résultats.
Exemple « en Côte d’Ivoire, la bascule vers 18 000 écoles montre comment une innovation éprouvée devient politique publique », « au Sénégal, l’extension aux 14 régions illustre la convergence leadership/cofinancements », « en Turquie, le passage de 1 à 10 villes révèle le rôle des garanties multi-bailleurs », puis ouvrir sur les filières stratégiques fixées par le Conseil présidentiel pour relier choix sectoriels et priorités françaises.
Sur le financement, l’erreur fréquente est de chercher une source unique et magique
L’industrialisation d’une solution s’appuie rarement sur un seul robinet ; elle mobilise une architecture hybride et séquencée : ressources domestiques d’abord, instruments concessionnels ensuite, garanties et financements aux résultats pour absorber les risques, puis capitaux privés au fur et à mesure que la preuve et la régulation s’installent.
Les fenêtres dédiées existent : la Scale-Up Window de l’IDA permet par exemple des opérations véritablement transformationnelles à l’échelle d’un pays, surtout lorsqu’elle est combinée à des contrats « PforR ». L’Europe, avec Global Gateway, met en ligne des garanties et des cofinancements qui abaissent le coût du capital et accélèrent l’essaimage. Les clubs de banques publiques, via l’IDFC, ouvrent l’accès au Fonds vert pour le climat et facilitent la montée en puissance des programmes d’adaptation. Ces briques, longtemps dispersées, commencent à s’assembler en plateformes de passage à l’échelle, le potentiel est immense.
Exemple de données par pays et secteurs
Pays
Secteur
Initiative
Statut/ordre de grandeur
Mécanismes/Partenaires
Côte d’Ivoire
Éducation
Teaching at the Right Level (TaRL)
De 50 écoles (2018) à un déploiement national prévu dans 18 000 écoles en 7 ans
Leadership ministériel, plan de scaling ancré dans la stratégie Éducation, financements convergents
Sénégal
Entrepreneuriat (jeunes & femmes)
Programme national d’essaimage
Extension aux 14 régions
Pool de cofinancements (AfDB, BOAD) + budget de l’État
Enchères solaires (ex. Kom Ombo, ref. expertise BERD)
Référence méthodologique pour industrialiser les enchères EnR
Structuration BERD, potentiel de mandats conjoints et garanties vertes
Ces cinq cas illustrent le « dénominateur commun » du passage à l’échelle : appropriation nationale, preuves d’impact, et architecture financière hybride. Les ordres de grandeur et partenaires sont documentés dans la synthèse FfD4 (Séville) et les notes plateformes bailleurs : Côte d’Ivoire/TaRL (déploiement vers 18 000 écoles) ; Sénégal (14 régions) ; Turquie (1→10 villes) ; FID/Ghana (exemples « Input Fairs ») ; enchères EnR (expertise BERD, cas Kom Ombo).
En Côte d’Ivoire, l’approche « Teaching at the Right Level » est passée du statut de démonstrateur à une trajectoire nationale. Après des preuves d’impact sur quelques dizaines d’écoles, le ministère a inscrit l’extension dans sa stratégie avec un objectif chiffré : couvrir, à terme, l’ensemble du système – environ 18 000 écoles – en misant sur la formation des enseignants et l’alignement des budgets. Ce mouvement illustre le cœur du passage à l’échelle : une innovation éprouvée devient politique publique, avec des coûts unitaires décroissants et une gouvernance resserrée autour des résultats d’apprentissage.
Au Sénégal, la dynamique d’entrepreneuriat des jeunes et des femmes a franchi un cap lorsque l’État a organisé l’extension du programme à l’ensemble des quatorze régions. La mécanique n’a rien d’un grand soir : elle combine des guichets de proximité, des appuis non financiers et un pool de cofinancements réunissant banques publiques régionales et partenaires techniques. Le modèle économique s’appuie sur des effets de taille et une gestion du risque partagée, ce qui permet d’absorber la montée en charge sans dégrader la qualité de service.
En Turquie, la réplication des stations d’eau potable d’une ville vers dix a montré l’utilité d’un chaînage rigoureux : standardisation technique, tarification soutenable et garanties multi-bailleurs pour dé-risquer l’endettement des opérateurs. La clé est moins la technologie que la reproductibilité du contrat et des procédures, ce qui autorise un déploiement rapide tout en gardant la maîtrise des coûts.
Au Ghana, la logique « preuves puis essaimage » a été soutenue par des instruments dédiés au scaling. Des innovations testées à petite échelle comme les « Input Fairs » qui fluidifient l’accès aux intrants agricoles ont pu basculer vers une phase d’extension grâce à des financements aux résultats et à un appui à la structuration des chaînes d’approvisionnement. L’argent public rémunère la performance mesurée, ce qui attire progressivement des capitaux privés.
En Égypte, les enchères solaires ont fourni un cadre d’industrialisation des énergies renouvelables. En définissant des règles stables et des gisements bancables, l’État a permis la formation de portefeuilles, l’arrivée d’IPP et la baisse du coût du capital. Le passage à l’échelle ne tient pas au seul MWh installé ; il tient à l’architecture de marché et à la capacité d’absorber des volumes croissants sans subventions permanentes.
Côté cadrage politique, le relevé du Conseil présidentiel rappelle l’orientation résultats, l’objectif d’au moins 60 % des dons vers les pays les plus vulnérables et le ciblage de filières stratégiques (santé, agriculture, transports, numérique, transition énergétique, ville durable, ICC).
Dans ce cadre, les technologies cessent d’être des innovations pilotes pour devenir des multiplicateurs
Les paiements mobiles, par exemple, ne se résument pas à « digitaliser » un paiement ou une subvention ; ils permettent d’outiller des politiques sociales entières, d’adosser des micro-assurances climatiques, d’automatiser des paiements de performance dans l’eau ou la santé. À condition d’avoir une identité fiable, une interopérabilité des réseaux et une tarification pro-pauvres, le téléphone portable devient le guichet unique d’un État social moderne.
Les drones logistiques comme Zipline, souvent caricaturés, montrent leur utilité lorsqu’ils s’intègrent aux systèmes d’information hospitaliers, qu’ils respectent un cadre aérien clair et qu’ils sont payés au résultat : « une livraison réussie dans le temps clinique ».
La blockchain, appliquée au foncier, n’a de sens que si le cadastre est reconnu, si la gouvernance d’accès est transparente et si les registres alimentent effectivement le crédit rural. L’IoT, enfin, donne aux mini-réseaux la capacité de facturer, de maintenir et d’agréger de la flexibilité, mais seulement si les normes d’interopérabilité et l’accès au spectre suivent. Ces éléments de méthode ne visent pas à refroidir l’innovation ; ils la rendent durable.
La gouvernance est l’autre face de la médaille. À l’échelle, il faut des coalitions stables : leadership politique assumé, « front commun » bailleurs–gouvernements, et un rôle accru des banques publiques de développement comme vivier de « doers & funders ». L’expérience accumulée montre que la réussite dépend moins du nombre de projets que de la capacité à aligner des institutions sur un même tableau de bord et à tenir la distance. C’est la raison pour laquelle je plaide pour des indicateurs partagés, lisibles par le grand public, qui rendent compte des progrès sans jargon.
Le relevé du Conseil présidentiel pour les partenariats internationaux va dans ce sens, avec la mise en place d’un cadre d’indicateurs simplifié et une « signature visuelle unique » qui clarifie qui fait quoi au nom de la France. Ce sont des détails en apparence ; ce sont des leviers de confiance en réalité.
L’enjeu n’est plus l’existence de ces outils, mais leur orchestration
Pour les bailleurs, Agence française de développement, Banque mondiale, fondations et États, l’agenda qui s’ouvre est très concret
Il s’agit d’institutionnaliser le passage à l’échelle : l’inscrire dans les mandats, les indicateurs, les budgets, les feuilles de route pays. Il s’agit ensuite d’assembler l’architecture financière qui correspond à la maturité de chaque solution : subventions d’amorçage quand il faut, prêts concessionnels quand la régulation mûrit, garanties pour dé-risquer l’OPEX, financement aux résultats pour payer la performance. IDA, EIB Global, IDB Lab, FID : chacun a mis sur la table des instruments utilisables, du « Stage 3 Scaling » du FID aux dispositifs FX et Outcome-Based Financing d’IDB Lab, en passant par les garanties « Better Futures » de l’Union européenne. L’enjeu n’est plus l’existence de ces outils, mais leur orchestration.
Cette orchestration doit rester arrimée aux priorités politiques. Le Conseil présidentiel rappelle que notre action sera d’autant plus légitime qu’elle est lisible et tournée vers les résultats, qu’elle concentre l’effort sur les pays vulnérables – avec un objectif d’au moins 60 % des dons – et qu’elle mobilise, derrière le 4P, des alliances capables de démultiplier l’impact de chaque euro public. Dit autrement : rigueur dans l’allocation, exigence dans la mesure, esprit de coalition dans l’exécution.
Sur le terrain, cette méthode se traduit par des trajectoires différenciées selon les technologies, mais un même fil conducteur. Sur les paiements mobiles, on vise le « service public numérique » : un système interopérable, des KYC proportionnés, des API ouvertes pour brancher assurance et épargne, et une gouvernance qui sait payer au résultat. Pour la logistique médicale par drones, on parle de réseaux nationaux sous contrat de performance, intégrés aux chaînes d’approvisionnement et aux SI santé. Sur le foncier, on construit un registre infalsifiable qui alimente le crédit rural et la planification, adossé à un cadre juridique respecté. Pour l’IoT énergétique, on industrialise la mesure à distance, la maintenance prédictive et l’agrégation de portefeuilles de mini-réseaux, tout en organisant la montée en puissance des renouvelables via des enchères et des normes techniques ouvertes. Rien de tout cela n’est instantané ; tout cela devient possible dès lors que la vision, la régulation, le financement et la gouvernance avancent de concert.
Reste la question, cruciale, des risques. Les organisations ne sont pas neutres ; elles ont des inerties et des incitations parfois contradictoires. On court toujours le danger de céder à la « course au décaissement » ou de raccourcir l’horizon alors même que l’échelle exige du temps long. La réponse n’est ni incantatoire ni technocratique : elle passe par une transparence radicale sur les résultats, par des contrats et des outils financiers qui valorisent la performance, par un investissement patient dans les capacités locales, y compris la gestion du risque de change et la réduction des coûts de transaction pour les innovateurs. Les partenariats multi-acteurs, bien structurés, permettent de partager ces risques ; les plateformes de capitalisation et d’apprentissage, à l’image d’un Observatoire du « Scaling », évitent de réinventer la roue.
Ce qui se dessine, au fond, est un changement culturel. Nous quittons la logique transactionnelle – multiplier des projets – pour une logique transformationnelle : équiper des pays et des marchés d’acteurs capables d’agir durablement, « doers & funders », et accepter que l’échelle est une politique publique en soi. Cette politique a désormais ses instruments, ses alliances, ses exigences de redevabilité et sa boussole : traiter le dénominateur, c’est-à-dire la totalité du besoin. Si nous faisons ce pari, alors les technologies : bancarisation via mobile, drones de santé, blockchain foncière, IoT pour l’énergie, cesseront d’être des promesses et deviendront des infrastructures de service. La France et l’Europe ont posé les piliers ; à nous de les relier pour que, de la salle d’accouchement au champ irrigué, le service arrive à l’heure et à grande échelle.
À propos de l’auteur. Au sein de la fonction Innovation, j’anime la démarche Passage à l’Échelle et contribue à la mise en place de partenariats et d’outils de capitalisation pour accélérer l’industrialisation des solutions qui fonctionnent. Cette tribune synthétise une partie de ces travaux et propose une feuille de route opérationnelle pour les bailleurs, les fondations et les États.
Une économie florissante repose sur les compétences. Partout en Afrique, le marché du travail est confronté à une pénurie croissante de professionnels qualifiés dans des domaines essentiels tels que l’ingénierie, la santé, l’agriculture ou les technologies numériques.
Une enquête menée par l’African Investors Council il y a dix ans, révélait que les grandes entreprises peinaient à recruter de nouveaux talents dans ces secteurs, tandis que la Fondation pour le renforcement des capacités africaines (ACBF) soulignait que les étudiants du supérieur inscrits dans des disciplines scientifiques et technologiques ne représentaient que 20 % des effectifs en Afrique subsaharienne.
Face à ce constat, une révolution silencieuse mais transformatrice a été initiée en 2014, avec la création des Centres d’excellence africains pour l’enseignement supérieur (CEA).
Un investissement stratégique pour un impact durable
Ce programme financé par la Banque mondiale à hauteur de plus de 657 millions de dollars, associé à un cofinancement d’environ 72 millions de dollars de l’Agence française de développement (AFD), a permis d’améliorer la qualité de l’enseignement scientifique et technologique. Plus de 80 centres d’excellence ont été créés au sein de 50 universités réparties sur 20 pays africains. Ces centres ont transformé l’enseignement supérieur, et renforcé la recherche appliquée et l’innovation, des facteurs essentiels pour la compétitivité de l’Afrique. À ce jour, le programme CEA a permis de :
– former plus de 90 000 étudiants, dont 7 650 doctorants et 30 200 étudiants en master ;
– publier plus de 10 350 articles scientifiques revus par des pairs à l’échelle internationale ;
– offrir près de 18 000 stages, mettant en relation les étudiants avec les entreprises et facilitant l’application pratique de la recherche ;
– augmenter la présence des femmes dans les sciences, leur taux d’inscription approchant les 32 % ;
– établir 600 programmes accrédités à l’échelle nationale et plus de 130 programmes accrédités à l’échelle internationale ;
– allouer plus de 183 millions de dollars de financement externe pour assurer la viabilité du programme.
Grâce à des investissements dans des installations modernes et des laboratoires de pointe, l’initiative CEA a atteint l’objectif audacieux de positionner l’Afrique comme acteur majeur de la recherche et de l’innovation sur la scène internationale. L’époque où les élèves les plus talentueux devaient s’expatrier en dehors du continent pour suivre une éducation de qualité est révolue. Désormais, ils peuvent être formés en Afrique et faire le choix d’y rester pour contribuer à des domaines cruciaux tels la santé, l’agriculture, l’ingénierie, l’environnement, l’énergie, les transports et les technologies numériques.
Au-delà des chiffres : un impact concret
Au-delà des statistiques, ces progrès ont amélioré concrètement le quotidien des populations.
Les chercheurs de l’Université Redeemer au Nigeria se sont positionnés à l’avant-garde de la recherche transnationale en génomique, développant de nouvelles solutions pour relever un large éventail de défis en matière de santé publique. Ils ont ainsi joué un rôle clé dans le séquençage des génomes d’Ebola et de la COVID-19 et contribué ainsi aux efforts mondiaux de lutte contre ces pandémies.
– Les avancées en biotechnologie agricole réalisés par les CEA du Ghana, du Kenya et du Nigeria ont abouti au développement de variétés de cultures améliorées, dotées d’une résilience accrue aux maladies, aux ravageurs et aux défis environnementaux. Rien qu’au Ghana, environ 280 variétés de cultures améliorées ont été introduites, permettant à plus d’un million d’agriculteurs à travers dix pays d’augmenter considérablement leur productivité.
– L’intégration de l’intelligence artificielle et de « l’Internet des objets » dans les programmes scolaires au Rwanda, au Nigeria et au Sénégal prépare une nouvelle génération de professionnels aux métiers de demain.
– Plus important encore, de nombreux diplômés des CEA aident à adopter et à adapter des technologies nouvelles et existantes pour accroître la productivité et la croissance économique.
L’Afrique ne se contente pas de faire usage de connaissances, elle est également un acteur essentiel de l’innovation globale, capable de développer des solutions adaptées aux défis locaux et mondiaux.
Garder le cap : définir les perspectives à venir
Alors que nous célébrons une décennie d’impact, la tâche demeure. Il convient à présent de consolider ces acquis et d’amplifier la transformation de l’Afrique. Cette semaine, les gouvernements, universités, centres d’excellence et leurs partenaires se réuniront à Accra, au Ghana, pour évaluer le programme et en définir ses orientations futures. Ce rendez-vous décisif vise à renforcer les engagements pour la durabilité du programme et élargir les opportunités de partenariat entre universités et entreprises, afin de stimuler la création d’emplois et l’employabilité des diplômés. Il est crucial d’exploiter les technologies numériques, notamment l’IA, pour améliorer l’accès et la qualité des programmes, ainsi que pour élargir le vivier d’experts en compétences numériques de pointe à travers le continent. Le renforcement de la collaboration au niveau régional ainsi que l’application de la recherche aux marchés à l’échelle africains sont également des facteurs favorisant un écosystème d’innovation plus intégré et dynamique.
Le développement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée est un impératif économique pour l’Afrique
L’avenir de l’Afrique dépend d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. L’initiative CEA a prouvé qu’investir dans l’enseignement supérieur n’est pas qu’une quête académique, mais un impératif économique. Ces centres d’excellence ont jeté les bases d’une économie axée sur le savoir, alimentée par les talents africains, la recherche africaine et les solutions africaines.
L’investissement continu dans l’enseignement supérieur représente plus que jamais, une priorité pour la place de l’Afrique en matière de compétitivité et d’innovation sur la scène mondiale. Nous avons l’opportunité de façonner le prochain chapitre de cette transformation. Donnons aux esprits les plus brillants d’Afrique les moyens d’apprendre, de diriger et de conduire la transformation du continent de l’intérieur.
La production et l’utilisation des données sur le développement se sont considérablement modifiées ces vingt dernières années. La transition des dossiers papier vers des formats numériques a rendu les données plus accessibles et plus faciles à partager. Par ailleurs, le mouvement de libre accès aux données a nettement amélioré la disponibilité des données gouvernementales et institutionnelles, ce qui a eu pour effet de favoriser les analyses, la transparence et l’innovation. Enfin, les avancées majeures dans les domaines du big data et des sciences des données ont permis d’accroître encore le volume et la diversité des informations qui guident les politiques de développement.
Avec les progrès rapides de l’intelligence artificielle (IA), nous arrivons aujourd’hui à un nouveau tournant : l’évolution vers des données sur le développement prêtes pour l’IA, à savoir des données facilement trouvables, compréhensibles, accessibles et utilisables à la fois par les humains et par les applications d’IA.
Pourquoi des données prêtes pour l’IA ?
L’IA, en particulier les grands modèles de langage, transforme complètement la façon dont on interagit avec les données. Tous les utilisateurs, qu’ils soient débutants ou chevronnés, sont désormais en mesure de poser des questions complexes en langage naturel à des chatbots. Et ils s’attendent à ce que ceux-ci trouvent, interprètent et présentent rapidement des informations basées sur des données, sous forme de réponses brèves et précises.
Pour que cette évolution soit couronnée de succès, les systèmes d’IA doivent être performants. Cela signifie que les données auxquelles ces systèmes accèdent et qu’ils interprètent doivent d’abord être évaluées, validées, structurées, réglementées et partagées de manière à permettre une utilisation responsable et efficace de l’IA. En résumé, les données doivent être « prêtes pour l’IA ».
Cette évolution ne se substitue pas aux avancées antérieures, aux concepts de base ou aux normes, tels que les principes fondamentaux de la statistique officielle, les cadres de libre accès aux données ou les principes FAIR (Facilement trouvable, Accessible, Interopérable et Réutilisable), mais au contraire elle s’y adosse. En élargissant les fondations et les normes établies, les données prêtes pour l’IA impliquent que les données sur le développement soient continuellement ouvertes, accessibles et réutilisables, tout en garantissant qu’elles soient systématiquement organisées et bien documentées, et ce pour faciliter une utilisation transparente par les personnes et les systèmes d’IA. Assurer la préparation à l’IA peut ainsi rapprocher les données sur le développement des décisions qu’elles orientent. Cela favorise de meilleures politiques, des innovations plus rapides et la diffusion plus large des connaissances sur le développement La Banque mondiale, dans le cadre de sa volonté de devenir une « banque des données » plus grande et meilleure, s’efforce déjà de faire en sorte que cela devienne réalité, en partenariat avec les pays partenaires et la communauté mondiale du développement.
Les arguments en faveur de données prêtes pour l’IA
L’IA générative s’est imposée comme une interface clé pour les personnes à la recherche d’informations, y compris sur des sujets liés au développement. Des plateformes telles que AI Overviews de Google, Bing de Microsoft, Perplexity.AI et ChatGPT d’OpenAI parcourent l’internet et combinent différentes sources d’information pour produire des réponses aux questions des utilisateurs. Le problème, bien sûr, c’est que les réponses de l’IA ne sont valables que dans la mesure où les données qui les sous-tendent sont fiables. En réalité, ces systèmes s’appuient souvent sur le contenu général d’internet (y compris des sources non validées) ou sur les résultats de recherches sur le web, plutôt que de donner la priorité à des sources de données qui font autorité, comme la Banque mondiale ou les bureaux nationaux de statistiques.
Étant donné que les systèmes d’IA actuels sélectionnent souvent des sources de données sur le développement peu pertinentes, les utilisateurs obtiennent fréquemment des réponses obsolètes ou incorrectes, même lorsque des informations exactes sont par ailleurs disponibles. Cela pose problème, car la plupart des réponses de l’IA ressemblent à des informations fiables, même quand elles relèvent de l’hallucination.
Il est important de souligner que, pourtant, les données sur le développement de grande qualité et faisant autorité ne sont pas rares. En d’autres termes, les outils d’IA ne devraient pas s’appuyer sur des sources de données peu fiables pour produire des réponses à des requêtes portant sur des sujets liés au développement. Ce qui fait défaut, c’est un cadre normalisé et une infrastructure robuste pour permettre aux outils d’IA de trouver, d’accéder et d’utiliser de manière cohérente des données sur le développement fiables provenant de sources dignes de confiance afin de fournir des réponses exactes aux questions des utilisateurs.
Les données sur le développement prêtes pour l’IA peuvent aider à remédier à ce problème d’intégrité de l’information. En effet, il est possible d’assurer un accès fluide de l’IA à des données fiables sur le développement et leur utilisation, cela passe par l’adoption de protocoles et de normes d’interopérabilité par les gouvernements, les organisations internationales et le secteur privé. Cette démarche contribuera à éclairer des décisions fondées sur des données probantes, à améliorer l’accès du public à des informations valides et à susciter la confiance dans les sources de données et les statistiques sur le développement.
En quoi consistent des données « prêtes pour l’IA » ?
Les données sur le développement prêtes pour l’IA sont systématiquement organisées et minutieusement documentées afin que leur signification et leur contexte soient clairs non seulement pour les experts du domaine, mais aussi pour les utilisateurs ordinaires et les systèmes d’IA. Elles reposent sur trois piliers fondamentaux :
Des systèmes de données prêts pour l’IA : l’infrastructure essentielle — les plateformes de recherche, les interfaces de programmation d’application (API) et les normes techniques — garantit non seulement le stockage des données, mais aussi la facilité à les trouver, leur interopérabilité et leur accessibilité.
Des données et métadonnées de grande qualité : des données fiables, actualisées et soigneusement documentées doivent s’accompagner de métadonnées complètes et structurées. Pour les applications d’IA, cela signifie que les ensembles de données sont systématiquement organisés et décrits avec suffisamment de détails pour que les analystes humains et les machines puissent interpréter les informations avec précision.
Une gouvernance solide et des partenariats stratégiques : la mise en œuvre de politiques globales, de procédures normalisées et de collaborations entre les secteurs est essentielle pour garantir l’intégrité des données, améliorer la transparence et promouvoir une utilisation responsable. Ces éléments sont fondamentaux pour maintenir un sentiment de confiance dans la société en général et parmi ceux qui développent et déploient des systèmes d’IA.
Pour que ces piliers fondamentaux soient opérationnels, nous devons traduire les principes en mesures concrètes. Les données sur le développement prennent plusieurs formes, entre autres des indicateurs, des microdonnées et des ensembles de données géographiques. Bien que les recommandations suivantes puissent être adaptées à différents types de données, elles sont spécialement conçues pour les indicateurs.
1. Systèmes de données prêts pour l’IA
Découverte des données : intégrer des capacités de recherche sémantique et lexicale pour permettre aux utilisateurs et aux systèmes d’IA de repérer les données pertinentes sur la base du sens et de mots clés ; prendre en charge la recherche multilingue et veiller à ce que les résultats soient accessibles dans des formats lisibles par machine via des API.
Accessibilité des données : mettre en œuvre des normes ouvertes et exploitables par les machines, telles que le standard SDMX, accompagnées d’une documentation complète sur les API et de métadonnées solides permettant aux systèmes d’IA d’interpréter et d’intégrer efficacement les données ; veiller à ce que les données soient mises à disposition sous des licences de données ouvertes permissives.
Interopérabilité de l’IA : utiliser des normes ouvertes comme le Model Context Protocol (MCP) pour que les systèmes d’IA puissent repérer et interpréter efficacement des sources de données fiables ; garantir la transparence et maintenir la surveillance sur le contexte et l’utilisation des données.
Assurance qualité des données : procéder à une validation complète des données à chaque étape, en utilisant des processus de vérification automatisés ainsi que des méthodologies de détection des anomalies ; veiller à ce que le personnel reçoive une formation approfondie sur la gestion de la qualité des données, car une solide assurance des données est essentielle tant pour les analyses humaines que pour celles basées sur l’IA.
Formats de diffusion multiples : fournir les données dans une gamme de formats ouverts, notamment CSV, Parquet, Arrow, JSON et API, de manière à répondre aux diverses exigences des utilisateurs et à faciliter une intégration transparente dans les flux de travail de l’IA.
Utilisation de normes de métadonnées ouvertes : appliquer les normes internationales relatives aux métadonnées et veiller à ce que toutes les métadonnées des jeux de données soient à jour et détaillées.
Définir de solides normes en matière de métadonnées : formuler et mettre en œuvre des lignes directrices exhaustives et spécifiques à chaque domaine pour générer des métadonnées structurées, en utilisant des outils pilotés par l’IA pour réaliser des processus automatisés d’assurance et d’amélioration de la qualité.
Outils de gestion : investir dans des plateformes et des technologies avancées qui permettent la validation des données et métadonnées, ainsi que la généralisation d’une gestion fiable de celles-ci, en s’appuyant sur des solutions d’intelligence artificielle.
La Banque mondiale, par l’intermédiaire de ses programmes de travail sur la qualité des données et l’IA pour les données/les données pour l’IA, fait progresser ces initiatives en fournissant des ressources en libre accès, notamment un éditeur de métadonnées (a), des directives détaillées pour la création de métadonnées de haute qualité et des cadres pilotes qui tirent parti de l’IA (a) de manière à évaluer et renforcer la qualité des métadonnées (a).
3. Gouvernance et partenariats
Respect des politiques et responsabilité : mettre en œuvre des politiques solides qui favorisent des normes rigoureuses sur la qualité des données et des métadonnées, la transparence et le libre accès ; contrôler régulièrement l’utilisation par des tiers et mettre en place des mécanismes efficaces de retour d’information.
Éthique et protection de la vie privée : intégrer des considérations éthiques et des mesures de protection de la vie privée à chaque étape du traitement des données, réaliser des évaluations d’impact exhaustives et garantir la transparence des méthodologies analytiques et des sources de données.
Collaboration internationale : faciliter l’harmonisation des normes et de la terminologie au moyen d’initiatives coordonnées, améliorer les processus d’assistance technique et mettre au point des ressources et des outils partagés et efficaces.
Coopération avec le secteur privé : favoriser les partenariats avec les entreprises technologiques afin de promouvoir le développement d’outils d’IA fondés sur des données fiables et bien gérées ; lancer des projets pilotes communs, diffuser les bonnes pratiques validées et promouvoir une transparence renforcée dans toutes les initiatives. Il faut en outre soutenir la création de solutions d’IA peu gourmandes en ressources afin de garantir l’accessibilité aux organisations en butte à d’importantes limitations de moyens.
La Banque mondiale établit des partenariats entre des organisations internationales — notamment la Commission statistique des Nations Unies, le FMI, l’OCDE et la Banque africaine de développement (BAD) —, des pays et le secteur privé afin de promouvoir une bonne gouvernance et l’adoption de normes et de mécanismes mondiaux (a) permettant de gérer et d’utiliser efficacement des données sur le développement adaptées au travail avec les systèmes d’IA.
En quoi la préparation à l’IA des données sur le développement est-elle particulière ?
Les données sur le développement diffèrent de la plupart de celles du secteur privé, car elles doivent répondre aux besoins d’utilisateurs divers, notamment les pouvoirs publics, les organisations, les chercheurs, la société civile, les entreprises et le public. Considérées comme des données à vocation publique, elles doivent être ouvertes, transparentes et responsables. Sachant que les données sur le développement influencent les décisions politiques et d’investissement dans les différents pays et systèmes, l’interopérabilité et une documentation approfondie sont essentielles.
L’utilisation et la réutilisation permanentes des données sur le développement génèrent d’autres avantages. En rendant les données sur le développement prêtes pour l’IA et accessibles aux solutions alimentées par l’IA dans les secteurs public et privé, nous augmenterons leur impact, favoriserons un partage plus équitable des bénéfices et renforcerons la confiance dans une utilisation responsable des données. L’IA peut nous aider à dégager une valeur économique et sociale plus large et potentiellement transformatrice à partir des données, en renforçant nos actions pour améliorer les vies, stimuler le développement économique et mettre fin à la pauvreté.
Un appel à l’action
La transition vers des données sur le développement prêtes pour l’IA est à la fois urgente et ambitieuse. La concrétisation de cet objectif nécessitera :
des investissements dans les infrastructures de données, le développement des compétences et l’adoption de normes mondiales relatives aux systèmes de données, aux métadonnées et à la gouvernance ;
une coopération entre les gouvernements, les organisations internationales et le secteur privé pour faciliter l’échange de bonnes pratiques et maintenir une cohérence stratégique ;
de l’innovation et une flexibilité permanentes, compte tenu de la nature évolutive des technologies de l’IA et des besoins des utilisateurs.
Nous encourageons les bureaux nationaux de statistiques, les producteurs de données, les décideurs politiques et les partenaires technologiques à prendre part à cette initiative. Grâce à un effort de collaboration et à l’adoption nécessaire de normes mondiales de qualité des données, nous pouvons faire en sorte que les données sur le développement continuent de servir de ressource fiable, inclusive et solide pour le bien public à mesure que nous progressons dans l’ère de l’IA.
Travaillons tous ensemble afin de préparer les données sur le développement pour le futur et faire en sorte que leurs apports bénéfiques soient accessibles à tous.
D’après les données publiées par les douanes burkinabés, en 2024, les exportations aurifères sont passées de 57 228 à 64 674 kilogrammes ; ce qui correspond à une hausse de 13,0 % par rapport à en 2023. Ces exportations ont généré 4,642 milliards de USD, soit environ 2 813 milliards de FCFA.
L’or demeure donc une ressource importante pour Ouagadougou, puisque cette matière première contribue à elle seule à plus de 70 % aux exportations. C’est d’ailleurs dans ce sillage que le gouvernement burkinabé a lancé en 2023 la construction d’une raffinerie aurifère dont la mise en service est attendue d’ici la fin de l’année 2025. Cette installation ayant pour objectif de mettre fin à l’exportation de l’or brut, elle permettra de créer de la valeur ajoutée locale avant l’acheminement vers les marchés internationaux. Hormis cette évolution, il y a également lieu de souligner l’adoption d’un nouveau code minier en 2024 qui renforce le rôle que l’Etat doit jouer dans ce secteur.
Malgré ces changements notables, la question du contrôle de la production, de la commercialisation et de l’exportation reste entière. A cet égard, une étude menée par la Brigade Nationale Anti-Fraude de l’Or en 2023 a estimé que seuls 30 % de la production artisanale sont captés par les comptoirs officiels et qu’il existe des circuits illicites d’exportation vers les pays voisins. De plus, cette instance estime entre 9 et 25 tonnes l’écart entre les exportations réelles et celles déclarées. Cette problématique est effectivement ressortie lorsqu’on compare les balances commerciales du Burkina Faso avec celui des pays concernés (Suisse, Emirats-Arabes Unis, …)
Il y a lieu de souligner qu’il n’est pas inhabituel d’observer que les chiffres à l’importation et ceux à l’exportation ne soient pas identiques, en raison notamment : de la différence de précision entre les instruments de mesure utilisés, des erreurs de reporting, du décalage entre la date de chargement et celle de déchargement ainsi que des propriétés physiques du produit concerné. Toutefois, tous ces facteurs ne suffissent à expliquer des différences systématiques de plus de 16 % toujours en la défaveur de l’exportateur et les écarts observés indiquent probablement de la contrebande. En effet, dans ce cas de figure, des quantités importantes portant l’estampille du pays d’origine ont été acheminées jusqu’aux ports d’arrivée, représentant en 2024 une perte d’environ 373 milliards de FCFA pour le Burkina Faso uniquement en ce qui concerne le flux vers la Suisse.
La question de la lutte contre la fraude et la contrebande est donc essentielle pour permettre à Ouagadougou de dynamiser son industrie aurifère locale et ainsi en tirer tous les profits attendus de l’exploitation de cette pierre précieuse.
[1]Concerne uniquement la Suisse, les données notamment des Emirats Arabes Unis n’étant pas encore disponibles
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