Centrafrique: Intervention de la France avec la Force Africaine sous les ordres de Jean-Marie Michel Mokoko

Les prĂ©paratifs pour une intervention française en Centrafrique s’accĂ©lèrent. Les dĂ©clarations des politiques se multiplient et des responsables français sont actuellement dans la sous-rĂ©gion pour s’entretenir avec les autoritĂ©s des pays concernĂ©s par la crise.

La France interviendra aux côtés de la Misca, la force africaine, dont l’Union africaine vient de désigner le chef : le Congolais Jean-Marie Michel Mokoko.

L’accĂ©lĂ©ration de la communication des autoritĂ©s françaises laisse peu d’ambiguĂŻtĂ©s sur leur volontĂ© d’intervenir en Centrafrique, aux cĂ´tĂ©s de la future force africaine, la Misca.

Jean-Marie Michel Mokoko
Jean-Marie Michel Mokoko

Jeudi 21 novembre, le prĂ©sident français, François Hollande, a indiquĂ© que la France Ă©tait prĂŞte Ă  accompagner l’action de la communautĂ© internationale et qu’il se refusait Ă  laisser des massacres se produire en RĂ©publique centrafricaine.

Le mĂŞme jour, le ministre français des Affaires Ă©trangères, Laurent Fabius, dĂ©clarait sur une chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision française que, selon lui, « le pays est au bord du gĂ©nocide » et que la prochaine rĂ©solution de l’ONU allait permettre aux forces des pays de la rĂ©gion, Ă  l’Union africaine et Ă©galement Ă  la France d’intervenir.

Une délégation française en tournée dans la région

Ce vendredi 22 novembre, une délégation du ministère français des Affaires étrangères a commencé une tournée régionale, destinée à évoquer la crise centrafricaine et la réponse que la communauté internationale entendait apporter.

 

De son cĂ´tĂ©, le ministre français de la DĂ©fense, Jean-Yves Le Drian, est arrivĂ© Ă  Libreville, au Gabon oĂą il a rencontrĂ© le prĂ©sident Ali Bongo. « La situation est extrĂŞmement prĂ©occupante, dangereuse, dramatique par certains cĂ´tĂ©s », a dĂ©clarĂ© le ministre français Ă  la presse. « Nous sommes tout Ă  fait en phase sur l’analyse et la nĂ©cessitĂ© d’agir », a-t-il ajoutĂ© Ă  l’issue de son entretien avec Ali Bongo.

La Misca, une force de 3 600 hommes

Ce vendredi 22 novembre, Ă©galement, l’Union africaine a annoncĂ© la nomination de l’Ă©quipe dirigeante de la Misca, la Mission internationale de soutien Ă  la Centrafrique sous conduite africaine. C’est le Congolais Jean-Marie Michel Mokoko qui a Ă©tĂ© choisi pour diriger la Misca.

Les principaux traits de cette force sont connus : 3 600 hommes environ, dont 3 500 en uniforme. Reste Ă  savoir quel soutien la communautĂ© internationale lui apportera et si elle dĂ©cide de faire passer cette force sous casques bleus. On ignorait Ă©galement encore, jusqu’ici, les noms des principaux responsables de cette Misca.

Après s’ĂŞtre engagĂ©e Ă  fournir les troupes nĂ©cessaires au dĂ©marrage de la Misca, le 19 dĂ©cembre prochain, l’Afrique centrale espĂ©rait bien obtenir le commandement de cette force

Sa demande a Ă©tĂ© entendue par la prĂ©sidente de la commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, qui annonce avoir nommĂ© l’Ă©quipe dirigeante de la future force africaine en concertation avec les pays de la CEEAC, la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats d’Afrique centrale.

Le gĂ©nĂ©ral de division Ă  la retraite Jean-Marie Michel Mokoko, du Congo-Brazzaville, a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© chef de la Misca et reprĂ©sentant spĂ©cial en RĂ©publique centrafricaine. Ce diplĂ´mĂ© de l’Ă©cole militaire Saint-Cyr et de l’Ă©cole d’Ă©tat-major en France est un ancien chef d’Ă©tat-major des forces armĂ©es congolaises. Il a Ă©galement Ă©tĂ© reprĂ©sentant spĂ©cial de l’Union africaine en CĂ´te d’Ivoire. Jean-Marie Michel Mokoko occupait jusqu’ici le poste d’adjoint au Haut reprĂ©sentant de l’UA pour le Mali et le Sahel.

La Misca interviendra « en appui des autorités »

« La première des prioritĂ©s est celle d’arriver rapidement, avec l’appui de tous », a dĂ©clarĂ© Jean-Marie Michel Mokoko au micro de RFI, quelques heures après l’annonce de sa nomination. Il se donne pour objectif la « restauration de la sĂ©curitĂ©, la protection des populations civiles ».

« Ce genre de mission est complexe », prévient-il cependant. « Il y a à la fois des questions liées à la sécurité (…) il y a aussi l’appui que la Misca va apporter dans tout ce qui concerne la réforme du secteur de Défense et de sécurité. Et il y a, enfin, l’appui que nous apporterons pour des questions liées à l’humanitaire. »

« Dans une mission comme celle-là, nous allons évidemment en appui des autorités centrafricaines », insiste-t-il, assurant que la passation entre la Micopax et la Misca sera effective le 19 décembre.

L’UA confirme par ailleurs la dĂ©signation du gĂ©nĂ©ral de brigade camerounais Martin Tumenta Chomu Ă  la tĂŞte de la composante militaire de la Misca. Et annonce celle du colonel de gendarmerie gabonais Patrice Otsangue Bengone Ă  la tĂŞte de la composante police. Dans son communiquĂ©, la prĂ©sidente de la commission renouvelle l’appel de l’Union africaine aux Nations unies pour qu’un soutien effectif soit donnĂ© Ă  la Misca. L’ONU doit examiner ce lundi 25 novembre les cinq options proposĂ©es par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, Ban Ki Moon.


■ A Bangui, les magistrats manifestent contre un « génocide programmé »

Lors de la manifestation des magistrats et du monde judiciaire, Ă  Bangui, le vendredi 22 novembre.

AFP PHOTO / PACOME PABANDJI

 

Les magistrats de Centrafrique ont marché vendredi 22 novembre à Bangui, pour dénoncer les exactions commises par les hommes de la Seleka dans le pays. A travers leur manifestation, les magistrats ont également voulu rendre hommage à leur collègue, Modeste Martineau Bria, tué samedi dernier, le 16 novembre, par des hommes de l’ancienne coalition rebelle.

A la fin de la marche, le corps judiciaire centrafricain dans un communiqué, a aussi demandé à la communauté internationale et aux grandes puissances d’intervenir, afin d’éviter « un génocide qui est en train de se jouer » en République centrafricaine.

« Ne pas attendre qu’il soit trop tard »

« C’est à la fois pour honorer et rendre hommage à la mémoire de notre collègue que la marche avait été organisée par le corps judiciaire tout entier, magistrats, avocats, huissiers de justice, greffiers, secrétaires, notaires et tous ceux qui participent à la famille judiciaire », expose au micro de RFI Me Emile Bizon, l’un des avocats à l’origine de la marche. « Nous voulons par notre action lancer un appel à toute la communauté internationale et aux grandes puissances devant la barbarie qui est en train de se faire, devant le génocide qui est en train de se jouer en République centrafricaine », explique-t-il, enjoignant la communauté internationale à « prendre (ses) responsabilités, de ne pas attendre qu’ils soient (trop) tard avant de réagir, (…) pour assurer la sécurité des populations civiles en République centrafricaine ».

 

En Centrafrique, le nombre d’enfants soldats a significativement augmenté depuis mars dernier.

Près de 6000 enfants ont Ă©tĂ© enrĂ´lĂ©s dans des groupes armĂ©s combattant dans le pays, a dĂ©clarĂ© vendredi Ă  Genève un haut-responsable de l’ONU.

Ce chiffre reprĂ©sente “un quasi-doublement de notre estimation prĂ©cĂ©dente”, qui Ă©tait de 3.500 enfants en mars dernier, a dĂ©clarĂ© Souleymane Diabate, reprĂ©sentant de l’Unicef en RĂ©publique centrafricaine.

« On assiste à la prolifération de groupes d’auto-défense utilisant également des enfants (…) des groupes qui lancent des offensives ou attaquent des positions d’ex-membres de la Séléka » a également expliqué Souleymane Diabate à la BBC.

La Centrafrique est en proie à des troubles et vit au rythme des affrontements entre les chrétiens et la minorité musulmane, depuis le coup d’Etat de mars dernier de la coalition de la Séléka, qui a renversé le président au pouvoir François Bozizé.

Le dispositif sécuritaire dans la capitale Bangui a été renforcé samedi, après une nuit de calme relatif suite au rétablissement du couvre-feu par le président centrafricain Michel Djotodia.

Thierry Barbaut

Avec Radio France Internationale