Egypte: Démission de 4 ministres et basculement de l’armée en faveur du peuple

Les prochaines heures s’annoncent décisives en Egypte.

L’opposition, qui avait mobilisé des millions de personnes Dimanche compte capitaliser sur le succès de la mobilisation.

Elle réclame la démission du président Morsi. Un ultimatum lui a été fixé à  mardi soir. Ce lundi, le chef d’état-major de l’armée somme à son tour le pouvoir de «satisfaire les demandes du peuple» sous 48 heures. Quatre ministres auraient démissionné.

Mise à jour Mardi 2 Juillet:

Egypte : Morsi rejette l’ultimatum de l’armée

Le président de la République reproche à l’armée de ne pas lui avoir soumis son appel au compromis.

La présidence égyptienne a rejeté, dans la nuit de lundi à mardi, l’ultimatum lancé quelques heures plus tôt par l’armée au chef de l’Etat islamiste Mohammed Morsi, lui laissant 48 heures pour satisfaire «les demandes du peuple», faute de quoi elle imposerait une feuille de route après les manifestations de masse de dimanche.

Dans un communiqué, les services de Mohammed Morsi affirment que «la déclaration des forces armées n’a pas été soumise au président» avant sa diffusion et contient «des signes pouvant causer la confusion». Le chef de l’Etat se dit déterminé «à poursuivre dans la voie qu’il a choisie pour mener une réconciliation nationale globale», poursuit le communiqué.

Place Tahrir notamment, ce lundi, des milliers de manifestants réclament le départ de Mohamed Morsi aux cris de « Dégage ! » Le tout dans une ambiance presque festive, les manifestants ayant le sentiment qu’ils sont en train de gagner leur bras de fer.

L’information, non confirmée à l’heure actuelle, selon laquelle quatre ministres démissionneraient du gouvernement égyptien, n’a fait que renforcer les contestataires dans leur conviction.

Le chef d’état-major prend parti

EGYPT-POLITICS-DEMO-TUNISIASelon un ou plusieurs haut-responsables gouvernementaux cités par les agences AFP et Reuters, les ministres du Tourisme, de l’Environnement, des Communications et des Affaires juridiques et parlementaires auraient rendu ensemble leur tablier au chef du gouvernement Hicham Qandil.

Officiellement, aucune explication n’est avancée pour le moment. Mais l’agence officielle égyptienne avait déjà évoqué les intentions de démission de certains membres du gouvernement, en signe de solidarité avec les manifestants. Aucun ministère clé ne semble concerné pour l’instant.

Les manifestants disent qu’ils ne quitteront les places égyptiennes que lorsque le président Morsi aura quitté son poste. Ils réclament aussi la fin de l’hégémonie des Frères musulmans, qui sont selon eux la source du mal dont souffre actuellement l’Egypte.

Ils ont reçu ce lundi après-midi un soutien de poids, en la personne du chef d’état-major des armées, le général Abdel Fatah al-Sisi, dans une déclaration lue à la télévision : « Les forces armées égyptiennes  renouvellent  leur  appel pour  que les revendications du peuple soient satisfaites. Elles donnent aux différentes parties une dernière chance et un délai de 48 heures afin d’assumer leurs responsabilités  face aux  circonstances  historiques que traverse le pays. Si les revendications populaires  ne se sont pas satisfaites, les forces armées seront dans l’obligation  de présenter une feuille de route et de  prendre des décisions qu’elles mettront en œuvre. »

Le général n’a toutefois pas franchi le pas de demander la démission du président, principale revendication des manifestants. Mais ses déclarations ont immédiatement suscité une explosion de joie sur la place Tahrir.

Bonbonnes de gaz

En marge des manifestations, des violences ont encore éclaté ce lundi. Cible principale : le siège des Frères au Caire. Le quartier général a été attaqué dans la nuit et jusqu’à tôt ce lundi matin. Il y a d’abord eu des manifestations devant les locaux, puis il semblerait que des occupants du siège aient tiré sur des manifestants.

Dans tous les cas, selon le ministère de la Santé, il y aurait sept morts parmi les manifestants, tous tués par des balles de fusils d’assaut. Il y aurait aussi des dizaines de blessés. Les manifestants ont utilisé des bonbonnes de gaz pour faire sauter les portes blindées du QG. Au stade actuel, ce dernier est complètement dévasté, à moitié brûlé.

Cela rappelle l’attaque qui avait eu lieu lors de la révolution du 25 janvier 2011 contre le président Hosni Moubarak. Le même scénario s’était produit au siège du Parti national démocrate (PND), qui avait été attaqué et incendié. Selon un dernier bilan officiel, les seules violences de dimanche ont fait 16 morts.

Thierry Barbaut
Avec RFI