Des polices latines pour les langues africaines avec Questrial

Questrial - Offrir plus de choix de polices latines pour les langues africaines avec Questrial, disponible en alphabet latin panafricain
Questrial - Offrir plus de choix de polices latines pour les langues africaines avec Questrial, disponible en alphabet latin panafricain

Offrir plus de choix de polices latines pour les langues africaines avec Questrial, disponible en alphabet latin panafricain

Les langues africaines sont sous-représentées dans les communications numériques, car peu de polices panafricaines Open Source contiennent toutes les lettres et signes diacritiques (accents) essentiels pour pouvoir écrire sans faute d’orthographe dans ces langues.

Écrire sans fautes ne sert pas qu’à briller lors des concours d’orthographe et des dictées, mais est essentiel pour communiquer dans une langue et la préserver. Tout comme les individus, les établissements d’enseignement ont besoin de polices qui représentent l’orthographe de chaque langue afin que les élèves puissent écrire correctement. Un même mot peut être écrit avec différents signes de ponctuation et les élèves risquent de ne jamais maîtriser son orthographe. Par ailleurs, en l’absence d’orthographe, ils pourraient confondre des mots qui se ressemblent, mais qui ont des sens différents.

Voici quelques exemples de mots africains ayant des sens différents, mais dont les caractères se ressemblent :

  • fɔ (dire) et fo (accueillir) en bambara
  • motó (tête) et mɔ́tɔ (feu) en lingala
  • ọ̀tá (ennemi) et ota (balle) en yoruba

L’orthographe ne représente toutefois qu’une partie du problème. Compte tenu du manque de polices compatibles avec les langues panafricaines, les éditeurs africains ont eu recours à des polices incompatibles avec l’Unicode ou à des encodages personnalisés dans les ouvrages imprimés, tels que les manuels scolaires et les journaux. Lors du passage à l’édition numérique, les publications en ligne affichaient du contenu vide de sens ou des cases au lieu des bons caractères, sauf si les lecteurs avaient installé au préalable, sur leurs ordinateurs ou autres appareils numériques, une police proprement encodée et supportant les caractères nécessaires au rendu du texte.

Concevoir une police pour les langues africaines
Pour mener à bien le projet d’une nouvelle police répondant aux besoins de l’Afrique connectée, Google Fonts a demandé à Denis Moyogo Jacquerye (consultant linguistique) et Laura Meseguer (dessinatrice de caractères) d’adapter la police Questrial pour qu’elle inclue l’ensemble des lettres des langues africaines utilisant l’alphabet latin. Questrial est une police de style moderne conçue pour le corps de texte et les en-têtes de sites Web. Elle offre des caractéristiques semblables aux plus grandes polices de caractères, afin d’être lisible dans n’importe quel contexte.

Né à Lubumbashi au Zaïre (actuelle la République démocratique du Congo ou RDC) d’une mère congolaise et d’un père belge, Denis Moyogo Jacquerye se spécialise dans les polices de caractères pour les langues africaines après avoir fait face à des contraintes techniques en la matière. Lorsqu’il constate que seules quelques polices permettent de saisir des mots en lingala sur ordinateur, Denis Moyogo Jacquerye conçoit un clavier numérique pour les langues africaines basé sur l’alphabet latin du projet de police DejaVu.

Développer une police dans une optique panafricaine
La police Questrial d’origine ne comportait pas de lettres utilisées dans les langues africaines. Laura Meseguer a donc dû les créer de toutes pièces. En outre, elle a modifié l’espace entre les lettres. Les nouveaux glyphes ont aussi bénéficié des recommandations de correction de Moyogo Jacquerye.

Voici quelques exemples de caractères avant et après leur modification (ébauches de Laura Meseguer et versions modifiées) :

1. J à queue croisée ʝ

Cette lettre correspond à une consonne occlusive injective palatale, représentée par le symbole ʄ dans l’alphabet phonétique international (API).


Images de la majuscule et de la minuscule ʝ avant modification (majuscule large, boucle de la minuscule ovale) et après modification (majuscule plus étroite, boucle de la minuscule plus arrondie)

2. Ɲ (son « n ») and Ŋ (son « ng »)

Ŋ se prononce comme « ng » dans l’interjection « bing » ou le mot « parking ».

Créations d’origine de Laura Meseguer pour les lettres majuscules et minuscules Ɲ, Ŋ, ɲ et ƞ

Images après modification des lettres Ɲ, Ŋ, ɲ et ƞ

Image nº1 : Ɲ (majuscule en forme de grand n avec crochet à gauche)
Image nº2 : Ŋ (majuscule en forme de grand n africain)
Image nº3 : ɲ (minuscule de Ɲ avec crochet à gauche)
Image nº4 : ƞ (minuscule de Ŋ avec jambage)

Grâce à Questrial et aux autres polices panafricaines disponibles en alphabet latin sur tout appareil numérique, le contenu devient plus accessible aux lecteurs qui auraient du mal à déchiffrer un texte imprimé en petit corps. Le numérique donne aussi aux lecteurs atteints de déficience visuelle la possibilité de zoomer sur le texte.

La mission visant à développer la présence de contenus numériques en langues africaines ne fait que commencer. Google Fonts est ravi des progrès réalisés grâce à Questrial. Cette police est disponible sur Google Fonts. Pour utiliser Questrial dans Google Docs et Google Slides, sélectionnez « Autres polices » dans le menu des polices, puis saisissez « Questrial » dans la barre de recherche. Outre les langues européennes, cette police inclut l’alphabet latin africain ainsi que l’intégralité des caractères vietnamiens.

Publié par Susanna Zaraysky, experte en stratégie de contenu, Google Fonts

La police Noto de Google inclut 16 alphabets utilisés dans 266 langues parlées en Afrique. Certaines de ces langues ne sont pas originaires de ce continent, comme le gujarati.

Thierry Barbaut - Directeur des financements solidaires chez 42 www.42.fr - Spécialiste en nouvelles technologies et numérique. Montage de programmes et de projets à impact ou les technologies et l'innovation agissent en levier : santé, éducation, agriculture, énergie, eau, entrepreneuriat, villes durables et protection de l'environnement.