Conseils pour promouvoir l’énergie solaire en Afrique

L’essor de l’énergie solaire dans les pays africains est étonnamment faible

Le continent représente seulement 9% de la capacité mondiale installée de photovoltaïque (PV), technologie qui  permet de convertir la lumière du soleil en électricité en utilisant des matériaux semi-conducteurs.

Le taux de production d’énergie par le photovoltaïque est passé de 1% en 2010 à seulement entre 3% et 4% en 2013. Cela en dépit de l’extraordinaire exposition solaire de l’Afrique (la plupart des pays du continent africain reçoivent entre 4 à 6 kWh/m2/jour la plupart des mois de l’année).

Dans le passé, la mauvaise diffusion des énergies propres dans les pays en développement, en particulier dans les zones rurales, était attribuée à la pauvreté et à l’ignorance. Mais la dynamique du marché ces dernières années remet en cause cette théorie. Les technologies de téléphonie mobile, par exemple, ont massivement pénétré ces mêmes environnements. Pourquoi le secteur de l’énergie solaire reste en retrait?

Une étude réalisée au Kenya nous éclaire un peu sur la question. Il ressort que quatre conditions réunies permettraient de booster l’utilisation du photovoltaïque : un environnement favorable, l’accès au financement, la sensibilisation, et l’accès aux services d’assistance technique.

Par environnement favorable, il faut comprendre le cadre institutionnel dans un pays ou une région qui soutient la croissance d’une industrie particulière. Sa qualité dépend surtout de la nature des règles du jeu mises en place par le gouvernement national et les organismes de réglementation qui peuvent soit handicaper l’initiative privée soit la promouvoir. Le « Plan du Kenya pour le développement d’énergie moins chère » fournit un bon exemple de la façon dont un organisme de réglementation peut devenir un handicap. Dans son dernier plan, la Commission nationale de l’énergie ne prévoit pas la production d’électricité à partir de l’énergie solaire durant la période de 20 ans prévue car cette technologie était jugée trop coûteuse mais ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

La première centrale solaire de grande taille de l’Afrique orientale a commencé à fournir de l’énergie en février 2015 au Rwanda. (Gigawatt Global)
La première centrale solaire de grande taille de l’Afrique orientale a commencé à fournir de l’énergie en février 2015 au Rwanda. (Gigawatt Global)

Ce plan limite les applications de l’énergie solaire aux systèmes solaires domestiques : chauffe-eau solaires et autres usages hors-réseau dans les zones rurales. Cela prive le pays des opportunités offertes par des installations photovoltaïques qui permettraient la production d’une électricité moins chère. Notons cependant un point positif : l’exemption de TVA appliquée par le gouvernent kenyan à tous les équipements photovoltaïques tels que les panneaux solaires, les batteries et les contrôleurs. Cela réduit le coût de 16% et augmente les chances d’utilisation.

Second point : l’accès au financement a été identifié comme le principal frein à la pénétration de l’énergie solaire en Afrique. Les effets de la rareté du financement sont ressentis par toutes les parties prenantes, des fabricants aux utilisateurs finaux en passant par les importateurs, les distributeurs, et les revendeurs.

Fondamentalement, les banques locales facturent leurs prêts à des taux d’intérêt élevés, entre 15% et 25%, ce qui rend très coûteux l’acquisition d’un système d’énergie solaire. L’environnement des affaires, peu favorable à l’investissement, freine l’installation de nouveaux groupes bancaires extérieurs et le crédit reste cher.

Également, la sensibilisation des usagers est un autre défi majeur, en particulier dans les zones rurales. L’information sur les options énergétiques disponibles et leurs avantages doit être intensifiée. Les risques liés à l’utilisation de combustibles fossiles comme le diesel et la paraffine doivent également être portés à l’attention des gens.

Enfin, d’évidence, le déficit d’utilisation des énergies solaires et d’autres technologies d’énergie modernes auprès des utilisateurs finaux a également été limité. Ceci est dû en partie à la pénurie de capacités entrepreneuriales dans le secteur de l’énergie, en particulier dans les zones rurales. Aussi, les produits de qualité défectueuse circulant sur le marché poussent les utilisateurs à ne pas faire confiance à la nouvelle technologie. Une étude sur les torches LED en Afrique orientale a révélé que 90% des utilisateurs ont connu des problèmes liés à la qualité au cours de la période d’étude de six mois.

Enfin, la facilité d’accès des utilisateurs finaux à l’assistance technique est un autre facteur clé. La présence de techniciens bien formés dans le dépannage, la réparation et l’entretien augmenterait la confiance des consommateurs. Mais le fait que les consommateurs vivent éloignés, aient un faible pouvoir d’achat, rend la mise en place de centres de services d’assistance technique dans les régions de distribution non viable.

Pour terminer sur une note plus positive: tous les indicateurs pointent vers une adoption massive de la technologie solaire dans le monde en développement. Toutes les difficultés mentionnées ci-dessus peuvent être surmontées si la sensibilisation s’intensifie, la formation est rendue plus disponible, les risques financiers sont réduits et le coût de la technologie solaire devient abordable.

Izael Pereira Da Silva, DVC Recherche et Innovation, Université Strathmore

Commentaires

  1. Monsieur Thierry, je crois que le problème de l’énergie solaire n’est pas le même que celui du secteur de la téléphonie. Pour le consommateur, utiliser un téléphone (D’occasion) lui coute 15 euros plus les 10 euros de crédits qu’il consomme. Pour avoir 02 ampoules et 1 télévision qui fonctionne le soir au solaire il lui faut investir 500 euros pour posséder une batterie fiable de 100 Ah minimum, 1 régulateur et 02 panneaux. Les centrales hybrides en fonction dans les villages au Mali ont 50 % d’impayés par mois pour des clients qui ont des factures mensuelles de 3 a 5 euros ! Ce sont des agriculteurs a revenu saisonnier qui doivent payer des factures mensuelles. Je crois que travailler a l’augmentation du pouvoir d’achat est une solution qui arrange certes l’intéressé mais aussi les banques, les commerçants, les fournisseurs de service en tous genres. Ce sont eux qui devraient financer la formation d’autant que le retour sur investissement immédiat (2 ans).