Cécile Kyenge: La leçon de la première ministre d’origine Congolaise en Italie «On naît africain et on le reste. Peu importe le pays où l’on vit, on est africain pour la vie»

Ophtalmologue de 48 ans, d’origine congolaise, Cécile Kyenge  est le premier ministre noir de l’histoire de l’Italie.

Et, malgré les attaques  racistes dont elle est la cible, elle assume avec panache ses origine.

Retour  sur le parcours d’une femme courage.

 

Cécile Kyenge  Dans cette salle où elle donnait, le 3 mai, sa première conférence  de presse en tant que ministre de l’Intégration du nouveau gouvernement italien  conduit par le social-démocrate Enrico Letta, on ne voyait plus qu’elle.

Petite  coupe afro, peau d’ébène, veste et boucles d’oreilles d’un blanc éclatant, Cécile  Kyenge Kashetu (48 ans) n’est manifestement pas une personnalité effacée. À  peine avait-elle pris place qu’elle lançait avec aplomb : « Je ne suis pas  une femme de couleur, je suis noire. Et je le dis avec fierté. »

Elle renvoyait ainsi dans les cordes ses détracteurs racistes, qui, depuis sa  nomination, se déchaînent dans les médias et sur les réseaux sociaux, la  traitant de « guenon », de « négresse », de  « zouloue » et autres gracieusetés.

Mario Borghezio, député  européen et membre de la Ligue du Nord – parti réputé pour sa xénophobie -, y  est allé de son petit couplet, décrétant qu’elle était « sans doute une  bonne femme au foyer, mais pas une ministre ». Il n’avait visiblement pas  lu son curriculum vitæ…

Car la carrière de Cécile Kyenge est aussi fulgurante qu’originale.  Ophtalmo­logue de formation (elle est diplômée de l’Université catholique du  Sacré-Coeur de Rome et de l’Université de Modène et de Reggio d’Émilie), elle se  fait d’abord remarquer en s’impliquant dans des associations de défense des  droits des immigrés.

Ce n’est qu’en 2004, à l’âge de 40 ans, qu’elle entre en  politique. Elle est élue conseillère municipale de Modène (nord de l’Italie)  sous les couleurs des Démocrates de gauche (DS) – aujourd’hui Parti  démocrate (PD) -, puis, en 2009, au conseil provincial. Parallèlement, elle  fonde le Comité du 1er-Mars, une association qui, dit-elle, « a permis aux  immigrés de se faire entendre de manière citoyenne ».

Visages neufs

Aux législatives de février 2013, elle figure en sixième position sur la  liste du PD dans la région d’Émilie-Romagne – l’une des plus importantes du pays  – et devient députée.
Le 30 avril, elle est nommée ministre. « Cette  nomination ne doit rien au hasard, elle a été longuement pesée, confie à J.A.  Davide Sardo, membre du PD depuis des années. Notre parti doit montrer des  visages neufs. Et puis, l’immigration ayant été l’un des principaux thèmes de la  campagne électorale, il fallait montrer qu’il ne tomberait pas dans  l’oubli. »

La nouvelle ministre a d’ailleurs prévenu : sa première tâche consistera à  préparer une réforme instaurant un droit du sol, qui permettra d’accorder la  nationalité italienne aux enfants nés de parents étrangers présents sur le  territoire depuis plus de cinq ans. « Cécile a connu l’immigration et a  représenté les immigrés à travers des associations ; elle possède une expérience  incontestable en la matière », ajoute Sardo.

Mariage

kyengeCar, on allait presque l’oublier, l’histoire de Cécile Kyenge, citoyenne  italienne par mariage, est aussi celle d’une immigrée.
Née à Kambove, dans la province  du Katanga, en RDC, elle a quitté le pays à l’âge de 18 ans, se fixant pour  objectif de devenir médecin.

Elle l’a atteint, et s’en est fixé d’autres, comme  elle l’a expliqué en 2012 à la chaîne Télésud : « Ce qui me donne la force  de continuer, c’est l’idée que si nous, Africains, ne sommes pas représentés  dans les institutions, là où les décisions sont prises, nous serons les premiers  à le regretter.

Et ce sera ensuite au tour de nos enfants d’en subir les  conséquences. » Mère de deux adolescentes, elle s’efforce de retourner  chaque année dans son pays natal. Et affirme sans complexe : « On naît  africain et on le reste. Peu importe le pays où l’on vit, on est africain pour  la vie. »

Thierry Barbaut

Thierry BARBAUT - Numérique et développement
Thierry Barbaut est expert en stratégie numérique sur les projets en Afrique - #innovation #Afrique #Digital - Directeur Numérique et communication digitale de l'ONG La Guilde et l'Agence des Micro Projets depuis 2013. 20 années de pilotage de projets dans plus de 40 pays: eau, santé, éducation, agriculture, énergies renouvelables, entrepreneuriat et numérique. Auteur et conférencier sur l'Afrique et le numérique.