L’Algérie tremble: Censure de la presse et Bouteflika dans le coma

Tensions en Algérie, la presse est muselée et le président Bouteflika un fantôme

Sans nouvelle de l’état de santé du président, les prétendants à sa succession se mettent en ordre de bataille.

Ce n’était pas arrivé depuis les années 1990.

Les deux quotidiens Mon Journal et Djaridati, de l’ancien officier des services secrets algériens Hichem Aboud, ont été saisis à l’imprimerie et interdits de parution dimanche matin. Le parquet d’Alger a par ailleurs ouvert une information judiciaire pour «atteinte à la sécurité de l’État».

Mise à jour du 22 Mai à 21h45:

Le service français de santé des Armées a mis fin au suspense entourant le lieu de convalescence du président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui a été transféré de l’hôpital du Val-de-Grâce vers un autre établissement de la capitale française.

Son état de santé et son lieu de convalescence alimentent les discussions à Paris et à Alger depuis près d’un mois. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé fin avril à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce de la capitale française, a été transféré mardi “dans un établissement parisien du service de santé des Armées”, a-t-on appris de source proche du dossier.

Le nom de l’établissement n’a pas été précisé par ce service du ministère de la Défense. Un membre du gouvernement français avait confié dans la journée à des journalistes que M. Bouteflika, âgé de 76 ans, devait être transféré “aux Invalides pour suivre sa convalescence”.

Ce transfert a été confirmé en début de soirée à l’AFP, de source proche du dossier.

Le président algérien avait été hospitalisé le 27 avril au Val-de-Grâce “à sa demande”, précise le communiqué du service de santé des armées.

Alger se veut rassurant

Lundi encore, le flou restait entretenu sur la réalité de son état de santé. Les autorités algériennes ont dénoncé les “fausses” informations publiées par certains médias, affirmant que son pronostic vital n’a jamais été engagé et qu’il se reposait.

“Après avoir subi des examens médicaux à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, le président de la République, dont le pronostic vital n’a jamais été engagé et qui voit son état de santé s’améliorer de jour en jour, est tenu, sur recommandation de ses médecins, d’observer un strict repos en vue d’un total rétablissement”, selon une déclaration du Premier ministre Abdelmalek Sellal, citée par l’agence APS.

“La maladie du président Bouteflika ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir”, affirmait encore M. Sellal dont c’était la première déclaration depuis le 11 mai sur la santé du chef de l’Etat, qui avait déjà été soigné en 2005 pour “un ulcère hémorragique à l’estomac”, à l’hôpital du Val-de-Grâce.

 

Mise à jour du 21 Mai à 21h00:

Les dernières  informations données par Alger concernant l’état de santé du  président Abdelaziz Bouteflika sont loin de répondre à toutes les interrogations et la presse algérienne se montre critique. Des rumeurs, des maladresses, que regrette par exemple le quotidien francophone Liberté. Le Premier ministre a simplement évoqué la convalescence parisienne du dirigeant algérien et c’est le porte-parole du Quai d’Orsay, Philippe Lalliot, qui a donné quelques nouvelles, c’était ce mardi matin 21 mai. Mais là encore, la prudence est de mise.

« Il est en effet en France. Le président algérien a subi un certain nombre d’examens médicaux à l’hôpital du Val-de-Grâce, a indiqué Philippe Lalliot. Pour le reste, je vous renvoie bien évidemment aux déclarations que pourraient faire les autorités algériennes. En résumé : oui, il est en France. Et c’est aux autorités algériennes de communiquer sur ce sujet-là.

Je vous rappelle tout de même qu’il y a un grand principe qui est le principe de la confidentialité sur tout ce qui touche à la situation médicale, de qui que ce soit d’ailleurs. Un chef d’Etat, vous, moi, quand vous êtes hospitalisé, seule la personne hospitalisée, à la rigueur et sous certaines conditions sa famille et ses proches, peuvent avoir accès à ce genre d’informations. Ça relève de la confidentialité d’un dossier médical, donc ont est pas tenus à être informés. »

En cause: un dossier sur le «coma profond» dans lequel se trouverait le président Bouteflika, hospitalisé il y a trois semaines au Val-de-Grâce, à Paris. Ce que les réseaux sociaux dénoncent déjà comme «censure» accentue le malaise autour de l’état de santé du chef de l’État.

Plusieurs partis d’opposition réclament la publication de son dossier médical et estiment qu’il est de la responsabilité du pouvoir d’informer le Conseil constitutionnel, censé s’autosaisir pour appliquer l’article 88 de la Constitution (destitution du chef de l’État en cas d’incapacité à gouverner). «Il n’y a aucune activité politique à part celle d’un premier ministre qui n’a aucun pouvoir!, s’emporte Ali Fawzi Rebaïne, président du parti AHD 54. C’est le moment de réfléchir à l’après-Bouteflika. Parce qu’aujourd’hui, l’Algérie ne pourra plus être gouvernée comme elle l’a été jusque-là, rattachée à un seul homme. Il est temps d’instaurer un régime semi-présidentiel et une véritable séparation des pouvoirs.»

    • Un cadre du parti: « Il est indécent de décider quoi que ce soit tant que le président d’honneur(Bouteflika) est absent»

Dans le premier cercle du Palais, les fidèles comme le premier ministre Abdelmalek Sellal ou le conseiller de la présidence Kamel Rezzag-Bara ont toutes les peines à convaincre que le chef de l’État «se porte bien», qu’il «suit en permanence les dossiers et questions d’intérêt national», ou que ceux qui réclament l’article 88 cherchent à faire «un coup d’État médical», dixit le ministre de l’Aménagement du territoire, Amara Benyounès.

Bouteflika dans le comaAlors qu’un quatrième mandat semble exclu pour Bouteflika, le FLN assure que le projet de révision de la Constitution, avec une possible limitation du nombre de mandats présidentiels, arrive dans sa phase finale. «Le comité de rédaction devrait remettre son travail au premier ministre qui le transmettra ensuite au président, explique Kassa Aïssi, porte-parole du premier parti du pays. Aucune date n’est arrêtée mais on peut imaginer que la nouvelle Constitution sera validée en juin car nous allons ensuite entrer dans une autre période, celle de la préparation des élections.»

L’absence du chef de l’État commence à faire sortir du bois les futurs candidats à la présidentielle de 2014.
Le plus sérieux, Ali Benflis, ne s’est pas encore déclaré mais son local de campagne est ouvert et une équipe planche sur son programme.

Au FLN, sans secrétaire général depuis la destitution d’Abdelaziz Belkhadem le 31 janvier dernier, l’horizon n’est pas si clair. «Il est indécent de décider quoi que ce soit tant que le président d’honneur (Bouteflika) est absent. Enfin, ça, c’est la version officielle, ironise un cadre du parti. En réalité, notre sort est lié à celui du chef de l’État. Comme on ne sait pas dans quel sens le vent va tourner, personne ne veut s’engager…»

Pendant ce temps, une nouvelle polémique se dessine autour d’Abdelkader Bensalah, 70 ans, président du Sénat. Si l’article 88 devait être appliqué, c’est à lui que l’intérim du pouvoir serait confié le temps d’organiser des élections anticipées. Mais pour occuper ce poste, le candidat doit être de nationalité algérienne d’origine. Les médias affirment que ce n’est pas le cas d’Abdelkader Bensalah, Marocain naturalisé algérien en 1965.

Thierry Barbaut