Interview : Afrobytes, la passerelle de la tech entre l’Europe et l’Afrique

Le hub Afrobytes, une passerelle incontournable des nouvelles technologies par le biais des hub entre l’Europe et l’Afrique

Que propose ce nouveau hub, quelles perspectives et quels enjeux ?
Pour tout comprendre Info Afrique vous livre l’interview des fondateurs avec un retour sur la conférence Afrobytes et les projets en cours !

Qui sont les fondateur d’Afobytes ?

Afrobytes est né de l’initiative d’Ammin Youssouf et d’Haweya Mohamed. Ammin est un expert du web avec plus de 15 années d’expérience en agence digitale et Haweya est experte en communication avec un profil atypique et passionnant puisqu’elle a par exemple accompagné Alain Afflelou en tant que chef de Cabinet et passé quelques mois au Maroc au sein du plus grand groupe industriel et financier, la SNI. Les deux co-fondateurs sont accompagnés dans leurs locaux du cœur de Paris par 5 experts dans le domaine du digital de la com et de l’Afrique bien sur.

Ammin Youssouf est originaire des Comores et Haweya Mohamed de la Somalie, ils représentent cette diaspora moderne et dynamique nés en France et souhaitant non seulement faire le pont entre la tech européenne et africaine mais aussi briser l’image négative de l’Afrique qui encore trop souvent médiatisée en europe.

Le message est clair, “entreprises européennes, saisissez les opportunités d’affaires en Afrique, révisez vos modèles de développement, innovez et profitez d’une stratégie win win avec Afrobytes” Ammin Youssouf

Ammin et Haweya m’on ouvert les portes de leurs locaux pour une interview exclusive afin de permettre à nos internautes de tout savoir sur Afrobytes et la conférence qui se tenait lors de Futur en Seine à Paris en mai.

Info Afrique : Ammin, quelle stratégie pour Afrobytes ?

Ammin Youssouf : l’objectif est clair, soutenir les projets en Afrique mais certainement pas les remplacer sur place, donc on collabore avec eux. C’est dans ce cadre que nous avons lancé cette première conférence tech à Paris ou Info Afrique était justement présent. Notre conférence sur la tech lors de Futur en Seine à été un succès, les échos sont unanimes et nous sommes ravis. Objectif atteint donc pour cette première et cap sur la prochaine pour amplifier encore plus le sujet !

Ammin Youssouf et Haweya Mohamed #afrobytes
Ammin Youssouf et Haweya Mohamed #afrobytes

Thierry Barbaut, Info Afrique : une conférence sur la tech, sur plusieurs jours, avec des intervenants et des invités de haut niveau, mais à Paris !

Ammin Youssouf : effectivement car nous n’avons pas vocation a remplacer les conférences tech faites en Afrique, néanmoins nous pouvons les soutenir ! Par contre en étant “tête de pont” ici à Paris nous avons joué notre place de relais car c’est ici que nous avons accès aux médias, aux investisseurs et aux partenaires. C’est aussi le résultat logique issu de notre tournée en Afrique ou nous avons recueilli les besoins des personnes rencontrés, ces besoins sont de la visibilité, d’ou la conférence, du financement d’ou les investisseurs, et des partenaires solides, ils étaient eux aussi nos invités lors de la conférence.

Thierry Barbaut, Info Afrique : une tournée en Afrique cruciale ou vous avez tous les deux sillonné le continent et découvert les besoins locaux, les partenaires potentiels mais aussi l’innovation et son potentiel made in Africa ?

Ammin Youssouf : exactement, c’est d’ailleurs ce qui nous a le plus surpris, cette innovation impressionnante systématiquement liée à la culture et aux usages. C’est d’ailleurs aussi dans cette perspective que nous souhaitons nous placer sur les aspects techniques et nous annoncions lors de la conférence le lancement du “Lab Afrobytes”, un outil indispensable au déploiement des solutions innovantes.
Pour ce lab nous sommes en signature de partenariats avec les entreprises européennes les plus innovantes comme celles qui travaillent sur la 3DVR.
Nous nous positionnons clairement sur le top de la technologie, pas question de faire de la tech low cost.

Thierry Barbaut, Info Afrique : les personnes qui peuvent bénéficier du hub Afrobytes doivent être structurés comment ? Entreprises, associations, politiques publiques ? Finalement à qui vous adressez-vous ?

Ammin Youssouf : BUSINESS, clairement, nous laissons aux organisations, ONG et autres structures qui sont sur les thématiques de l’aide au développement leurs marchés et métiers. Bien sur il peut y avoir des synergies dans les thématiques incontournables qui sont l’énergie, la santé, l’éducation et l’Agriculture ou aujourd’hui la technologie est de plus en plus incontournable (Africa4Tech est justement sur ce secteur avec un événement en novembre en marge de la COP22 au Maroc) mais nous, Afrobytes, sommes la pour les entreprises qui souhaitent percer et qui véhiculent une forte ambition sur les marchés Afrique.

Thierry Barbaut, Info Afrique : donc des entreprises partenaires ?

Ammin Youssouf : oui des entreprises qui ont vocation à faire du profit et le message était clair, nous étions au MEDEF pour la conférence ou justement Pierre Gattaz insistait sur le pouvoir colossal de la tech en Afrique et l’immense marché qu’il représente pour les entreprises françaises. Donc des entreprises, des hubs partenaires bien sur et toutes les structures qui se lancent sur les nouvelles technologies.
Ne nous voilons pas la face, le CA est un indicateur clair et nous souhaitons en faire une valeur primordiale dans les projets de tech.

Nous allons valoriser les projets et leurs donner une visibilité mondiale par le biais des médias traditionnels, tv et radio mais aussi grâce aux réseaux sociaux et c’est d’ici que nous diffuserons avec la meilleure qualité possible, Ammin Youssouf

Thierry Barbaut, Info Afrique : il était impressionnant de voir à quel point l’Afrique de l’Est était représenté lors de la conférence, des jeunes, des entreprises dynamiques, innovantes qui sont bien loin de l’Afrique pauvre qui est trop souvent présentée par les médias.

Haweya Mohamed : c’est vrai, mais nous sommes des africains de l’est, ammin et moi, et nous adressons nos services, notre hub et le lab vers les entreprises qui souhaitent se développer et pour cela il nous faut non seulement le réseau mais aussi ces fameux hubs et ils se trouvent majoritairement en Afrique de l’Est. Le Kenya bien sur avec I-Hub mais aussi la Tanzanie, l’Ethiopie et en Afrique centrale le Rwanda qui fait figure de modèle.

Nous signons actuellement des contrats de partenariat avec les meilleures plateformes existantes. Ce sera le meilleurs relais.
Néanmoins nous ne souhaitons en aucun cas cliver des régions d’Afrique, c’est pour cela que nous les avons rassemblées lors de la conférence.
Nous souhaitons montrer une Afrique innovante unie (Afrique anglophone et francophone innovantes) avec des parcours exceptionnels et inspirants. Une Afrique qui n’a pas besoin d’aide et qui ne souhaite qu’une chose faire du business.
L’objectif c’est aussi de faire plus que des rencontres, mais des rendez-vous incontournables d’échanges avec des actions qui suivent avec des faits, des partenariats, des développements, du concret.

afrobytes-conference-ammin-haweya

La communication et les médias, cela reste un point clef du développement des projets. Nous souhaitons devenir le porte voix de cette tech africaine performante, en avance qur certains usages. Nous souhaitons être cette antenne qui diffuse aussi l’information, avec une haute qualité, de ce qui se fait de mieux sur le continent africain, ces milliers de projets innovants dont on parle si peu.

Du collaboratif, du participatif avec les trois mots clefs indispensables : partenariats, finance et médias, Haweya Mohamed

Thierry Barbaut, Info Afrique : Haweya, c’est un magnifique projet mais un énorme challenge ?

Haweya Mohamed : un défi mais tellement passionnant, et ce que nous avons vu lors de la conférence nous a justement conforté dans notre choix : mobile money, digital, applications incroyables, télévision et diffusion avec énergie solaire…
Une Afrique nouvelle qui impressionne par son innovation, et c’est justement cela qui attire les investisseurs. Avec bien sur en ligne de mire les centaines de millions de consommateurs qui représentent aujourd’hui géographiquement le plus grand marché émergent mondial !

En terme de communication c’est aussi un pouvoir que nous avons de filmer ici ces africains innovants qui réussissent et passent sur des chaines qui sont aussi diffusés localement en Afrique, finalement c’est dans les 54 pays que sont aussi valorisés ces initiatives et cela provoque un effet levier. En résumé médiatiser ces projets lors de notre conférence à permis une visibilité mondiale à ces projets, ces personnes ces entreprises, c’est un succès pour tous. C’est aussi ce que nous prônons, du collaboratif, du participatif avec les trois mots clefs indispensables : partenariats, finance et médias !

Nous sommes persuadés que la dynamique est lancée et que c’est maintenant que cela se joue. Les entreprises le comprennent, les acteurs aussi et nous sommes la pour lier les compétences et promouvoir ces projets.
Nous pensons aussi que c’est l’Europe qui a besoin de l’Afrique et que cela va s’amplifier.

L’Afrique est le “mobile first” continent

Thierry Barbaut, Info Afrique : j’imagine que vous pensez à l’innovation inversée

Haweya Mohamed : l’innovation inversée est déjà très présente. Il n’est pas possible en 2016 en France de faire ce qui est possible dans certain pays d’Afrique : payer son médecin par téléphone mobile, son électricité, consulter les cours des matières premières par sms, même le transfert d’argent par mobile en multi opérateurs d’un pays à l’autre est fréquent en Afrique et absent de nos usages courants… L’Afrique est le “mobile first” continent.

Mais attention il ne faut pas être afro optimiste béa mais nous ne tolérons pas une vision misérabiliste de l’Afrique. Nous n’occultons pas les nombreux problèmes mais ils sont répartis sur 54 pays et dans notre démarche nous souhaitons rester pragmatique, le continent est un vivier de compétences, d’innovations, de jeunes et si nous donnons accès à la technologie et que les gens disposent des moyens leur permettant d’y accéder cela fonctionne.

C’est ainsi que dans notre gestion des projets nous préférons passer 10% sur le problème et 90% sur la solution et non l’inverse comme c’est régulièrement fait.

Thierry Barbaut, Info Afrique : dans le passionnant rôle de passerelle que vous évoquez, la culture et sa diversité sur les 54 pays est primordiale, nous le voyons avec Jumia qui s’en imprègne avant de déployer ses solutions de e-business a l’inverse de Cdisount sont concurrent qui d’ailleurs ferme ses sites ! comment intégrer cette culture ?

Haweya Mohamed : la culture est prépondérante et systématique dans tous les projets.
C’est un travail fondamental que nous prenons très au sérieux. Dans notre rôle de passerelle c’est justement un axe majeur que de mettre aussi en relation les différentes cultures, elles sont locales, régionales mais aussi nationales, et Afrobytes s’engage profondément dans cette réflexion. Qui comprend et adopte les cultures réussit, comme par exemple Jumia qui comme vous l’évoquez à immédiatement pris en compte les spécificités culturelles des pays ou ils s’implantent.

Haweya Mohamed échange dans un hub de la tech Africaine
Haweya Mohamed échange dans un hub de la tech Africaine

Concrètement nous nous adressons aussi aux entreprises européennes et donc françaises qui aujourd’hui perdent ou ont perdu des parts de marchés. Ces entreprises n’ont parfois pas vu cette Afrique se transformer, cette culture aussi qui évolue et qui apporte et enrichie l’expérience de l’utilisateur. C’est une stratégie indispensable pour réussir en Afrique, notre rôle de passerelle prend ici logiquement toute sa dimension stratégique.

C’est aussi dans ce cadre et sur les thématiques culturelles que nous proposons par exemple de la pédagogie aux entreprises, les entreprises sont demandeuses de cette expertise et nous l’apportons au final assez simplement mais avec modernisme.

Thierry Barbaut, Info Afrique : attention, nous savons tous que les bons projets sont issus des besoins locaux qui justement sont exprimés localement, vous l’interprétez comment ?

Haweya Mohamed : c’est primordial, Afrobytes n’aura pas vocation à imaginer une application dans un pays d’Afrique et à la développer mais à apporter notre savoir faire au hub qui recevra la demande et sera capable de la formaliser. La nous apportons notre savoir faire et notre rôle de passerelle.

Thierry Barbaut, Info Afrique : revenons à l’ADN d’Afrobytes, la diaspora sera omniprésente dans votre stratégie ?

Ammin Youssouf : effectivement, nous étions présent lors de la présentation d’une grande organisation qui envoie des milliards d’euros en Afrique pour des projets et nous étions stupéfaits de voir que la diaspora n’était absolument pas prise en compte !
Au delà des chiffres c’est effectivement cette cible qui nous intéresse la diaspora va jouer un rôle important dans la révolution économique et technologique qui se joue en Afrique et nous allons la aussi être la passerelle de référence.

Thierry Barbaut, Info Afrique : alors aujourd’hui quels projets sont en cours ?

Ammin Youssouf : nous travaillons déjà sur deux thématiques avec l’immobilier et le tourisme, nous sommes ravis de ces projets qui prennent déjà une ampleur importante, nous communiquerons bientôt en détail dessus avec justement le volet communication.

Thierry Barbaut, Info Afrique : et en terme d’événements, vous allez rester sur le format actuel ?

Haweya Mohamed : nous allons rester sur le format d’une conférence importante par an mais avec quelques forums ou worshops plus petits et répartis tout au long de l’année. Il nous faut fédérer cette communauté et devenir l’événement incontournable de la tech africaine en Europe et plus particulièrement à Paris. C’est un challenge que nous ambitionnons de réussir et avec le succès que nous avons rencontré, on se dit que l’appétit est présent et que ce sujet devrait fédérer de plus en plus en de personnes.
Nos partenaires semblent ravis d’avoir participé à Afrobytes, nous allons également devoir étoffer l’équipe interne pour mener à bien notre stratégie et notre développement tout en gardant la philosophie suivante : Développement inclusif des projets en privilégiant la qualité à la quantité.

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Thierry Barbaut

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