
L’arrivée du service Internet par satellite Starlink, développé par SpaceX, marque une étape importante dans le paysage numérique sénégalais. Lancé officiellement début février 2026, ce système vise à étendre l’accès à Internet haut débit dans tout le pays, notamment dans les zones rurales ou difficilement desservies par les réseaux classiques.
Briser la fracture numérique
Le Sénégal présente encore de fortes disparités en matière d’accès à Internet. Alors que la capitale et les grandes agglomérations disposent d’une couverture relativement solide, de nombreuses localités rurales restent marginalisées : selon les dernières données disponibles, le taux de connexion à domicile dans les zones rurales demeure très bas comparé à Dakar.
Dans ce contexte, l’entrée de Starlink est perçue par certains comme un moyen d’atténuer les inégalités d’accès à la connectivité numérique en reliant des villages isolés et des établissements publics au réseau mondial. Grâce à une constellation de satellites en orbite basse, cette technologie offre un signal Internet stable et rapide sans dépendre exclusivement d’infrastructures terrestres coûteuses ou difficiles à déployer.
Questions de souveraineté et transparence
Cependant, l’enthousiasme n’est pas partagé par tous. L’introduction d’un acteur international dans le secteur stratégique des télécommunications soulève des préoccupations sur la transparence du cadre réglementaire et la souveraineté numérique du pays. Certains syndicats et acteurs du secteur s’interrogent notamment sur le type d’autorisations octroyées à Starlink et sur l’impact que cette présence étrangère aura sur les opérateurs locaux.
Au cœur des débats se trouve la notion de souveraineté numérique : alors que le Sénégal a investi depuis plusieurs années dans ses propres réseaux (fibre optique, mobile, points d’échange locaux), confier une part croissante du trafic à une flotte de satellites opérée depuis l’étranger peut réduire la maîtrise que l’État exerce sur les données, la trajectoire du trafic internet et la régulation de l’écosystème numérique national.
Avantages et limites d’un modèle satellitaire
Les partisans de Starlink mettent en avant l’accélération de la connectivité numérique, indispensable pour l’éducation, la santé, les services publics et les entreprises dans les zones isolées. Dans une ère où la digitalisation devient un levier de développement, offrir une connexion haut débit à tous les Sénégalais apparaît comme une priorité.
Toutefois, l’accès à ce type d’internet satellitaire reste coûteux, aussi bien pour l’acquisition des équipements que pour l’abonnement mensuel. Ce facteur pourrait limiter l’usage à une minorité de la population capable de payer, créant potentiellement un Internet « à deux vitesses » : pour ceux qui peuvent se permettre Starlink et pour ceux qui continuent à dépendre des réseaux traditionnels.
Un outil complémentaire ou un nouveau pilier numérique ?
Pour certains spécialistes, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si Starlink doit être présent, mais comment l’intégrer de manière cohérente dans la stratégie numérique globale du pays. Plutôt que de remplacer les solutions existantes, cette technologie pourrait être utilisée en complément pour combler les zones blanches et accélérer l’accès à Internet dans les secteurs publics et communautaires.
Cette démarche s’inscrit dans une vision plus large de transformation numérique au Sénégal, qui vise à moderniser les services, à stimuler l’innovation et à réduire les disparités territoriales. Toutefois, l’équilibre entre ouverture technologique, protection de l’écosystème local et préservation de l’autonomie numérique reste un défi à relever pour les décideurs.










