Nigeria, cinq raisons pour une défaite de Boko Haram

Alors que le nouveau président Nigérian Muhamadou Buhari est investi ce 29 mai 2015, la lutte contre l’organisation terroriste Boko Haram auquel il a promis de « faire mesurer la détermination collective » du Nigeria apparaît comme l’un des dossiers chauds sur lesquels ses il sera attentivement scruté.

Cette entrée de fonction de l’ancien général marquera inévitablement un tournant décisif dans la lutte contre une nébuleuse déjà bien affaiblie, et dont quatre indices donnent à penser que la défaite est imminente.

La défaite symbolique subie lors des dernières élections générales. S’il y a bien un domaine dans lequel Boko Haram a déjà perdu la guerre abjecte qu’il mène depuis au moins 2009 à coup de massacres, de viols, de kidnappings, en un mot, de terreur, c’est bien celui du projet de société rétrograde qu’il a voulu imposer.

Car, en bravant courageusement les menaces qu’Abubakar Shekaü proférait contre tous ceux qui iraient voter aux élections générales du 28 mars dernier, les citoyens nigérians dans leur ensemble et ceux du nord en particulier ont exprimé leur rejet radical d’une vision totalitaire du monde qui dénie aux jeunes filles l’émancipation, refuse aux jeunes garçons l’éducation, conteste la liberté de choix des femmes et le droit de chacun et tous à déterminer son destin.

C’est peut-être, au-delà de sa prochaine défaite militaire, la défaite la plus cruciale infligée à la nébuleuse.

Le rebaptême de Boko Haram

Plusieurs ont souri, à raison d’ailleurs, en apprenant le 7 mars dernier, le rebaptême de l’organisation terroriste Boko Haram sous l’appellation «Province ouest africaine de l’Organisation de l’Etat Islamique ». Loin de constituer un renforcement de son affiliation avec sa marraine Daech au Moyen-Orient, ce rebaptême signale avec éloquence le double affaiblissement d’une organisation désormais en quête d’un ancrage idéologico-territorial crédible : affaiblissement d’abord voire perte de son soft-power ; ensuite, dépossession des territoires de son califat mort-né (d’une superficie aussi grande que la Belgique) en train d’être progressivement reconquis grâce aux intenses opérations militaires de la coalition sous régionale résolument engagée à enrayer Boko Haram.

 

L’intensification des opérations militaires contre Boko Haram. L’engagement fort du président sortant Gudluck Jonathan dans la lutte contre Boko Haram vers la fin de son mandat,-entre autres pour des raisons électoralistes- appuyé par la force multinationale mise en place après les nombreuses tergiversations qu’il y a eues apparaît comme une étape importante dans la lutte contre la nébuleuse.

L’intensification des opérations militaires de la coalition à travers bombardements ciblés, combats au sol a signé l’arrêt de la dynamique d’expansion territoriale d’une nébuleuse au terrible bilan de plus de 15,000 morts et plus d’ 1.5 million de déplacés depuis 2009. Le symbole de l’affaiblissement militaro-territorial de la nébuleuse est incontestablement la prise en avril dernier de la ville de Gwoza à l’extrême nord-est du Nigeria, capitale du califat-autoproclamé.

L’attaque de la forêt de Sambissa.

Connu pour être le repaire d’importants bataillons de Boko Haram, l’attaque (au sol et par des bombardements aériens) pendant quatorze jours successifs entre fin avril et mai démontre l’ampleur des avancées militaires des troupes engagées dans la lutte, tout en révélant la perte de puissance des brigades mobiles d’un groupe au fonctionnement extrêmement décentralisé.

Le résultat de cette attaque est la reprise par les troupes régulières d’une douzaine de villes et villages environnants la forêt, la destruction d’une vingtaine de camps d’entraînement, la libération de plus de 700 femmes et filles enlevées. Le nouveau président, Muhamadou Buhari n’aura d’autre choix que de parachever l’œuvre déjà entamée afin que Boko Haram relève définitivement de la sombre parenthèse qu’elle représente pour l’histoire du Nigeria et de l’Afrique.

La pression politique qui repose sur le nouveau président

Qu’on se le dise: si passé cent jours, la forte volonté affichée par le nouveau président Muhamadou Buhari de défaire Boko Haram ne se traduit pas par l’éradication effective de la nébuleuse, l’espoir placé dans la capacité de l’ancien général à résoudre rapidement et efficacement cette crise s’effritera de façon sensible.

L’accueil positif réservé par les pays de la région engagés dans la lutte, -qui s’essoufflent d’ailleurs déjà compte tenu de leurs faibles moyens- à la victoire de M. Buhari aidera a priori au renforcement de la force multinationale mobilisée dans la lutte contre Boko Haram. De même, nul doute que son expérience de l’armée amènera à une réforme rapide et efficiente de cette institution au Nigéria, afin d’aboutir à une solution rapide sur le front Boko Haram.

En définitive, la question ne se pose plus de savoir si Boko Haram sera éradiquée mais bien quand.

Les jours de de la nébuleuse sont comptés, c’est une certitude.
Reste à s’attaquer aux sources profondes de cette crise : une répartition du pouvoir politico-constitutionnel reposant sur de fragiles conventions de constitutionnalité, la question d’une économie de la violence et du terrorisme qui recrute à tour de bras à défaut d’une économie formelle source d’emplois et de perspectives pour la jeunesse, l’enjeu non moins important de la redistribution de la richesse nationale, etc.

Adébissi S. Djogan

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