Burkina: transition et web 2.0

Quelle leçons tirer des évènements de la semaine dernière au Burkina ?

Déjà comprendre ce qui s’est passé et espérer que le pays vivra dans les meilleurs conditions possible la “transition” prônée par les nouveaux hommes forts du pays: les militaires.

On en sait plus sur ce qui s’est réellement passé au Burkina, pourquoi et comment le pays à basculé entre le 25 et le 30 Octobre 2014 !

27 années de pouvoir pour le président Blaise Compaoré et une idée fixe, se représenter lors des prochaines élections.

Pour ce faire il lui fallait changer la constitution et particulièrement l’article 37… C’est ce qui mit le feu aux poudres… Nous ne nous étendrons pas sur la suite: manifestations géantes dues aux raz le bol de la population, émeutes, prise de parti de l’armée pour le peuple et l’affaire est jouée !

La lettre de Hollande à Compaoré, et l’appui de la France pour sa fuite en Côte d’Ivoire en jet privé !

France… Afrique, nous ne savons pas si les choses changent vraiment mais ce qui est sur c’est que François Hollande avoue aujourd’hui que c’est bien la France qui s’est chargé d’évacuer Blaise Compaoré…

“Pour permettre la transition” au Burkina, la France a “fait en sorte que le président Compaoré puisse être évacué vers la Côte d’Ivoire” et “nous avons veillé à ce qu’il soit évacué en mettant à disposition tous les moyens qui pouvaient être utiles” François Hollande le 4 Novembre 2014 dépêche AFP

Ce qui surprend aussi c’est la lettre adressée au président Blaise Compaoré la semaine passée et signée de François Hollande, un vrai avertissement avec proposition de “reconversion” !

La lettre de François Hollande à Blaise Compaoré
La lettre de François Hollande à Blaise Compaoré

Autre surprise, le colonel Yacouba Isaac Zida qui reprend la main sur le général Kouamé Lougué

général Kouamé Lougué Le peuple renverse donc le président Blaise Compaoré qui en un temps record est mis à l’abri en Côte d’Ivoire, et c’est le général Kouamé Lougué qui est proposé et par le peuple et par les différents responsables militaires.

C’est pourtant par un coup de “passe passe” surprenant et savamment orchestré que le colonel Zida va reprendre la main. De l’aveu même de Kouamé il fallait mieux sortir la tête haute que les pieds devants…

“J’ai dû quitter la salle sans que personne ne sache parce que mon garde-de-corps m’a prévenu que si j’y restais, je n’allais pas en sortir.”

Il nie avoir fui ses responsabilité, martelant que la voix du peuple est la voix de Dieu et qu’il a l’obligation de répondre s’il est sollicité.

“J’étais obligé de quitter parce que mon garde du corps m’a prévenu que si je ne quittais pas la salle, c’est mon cadavre qu’on viendrait prendre.” explique le général Kouamé Lougué «Vous saurez tout, un jour, »…

 

A l’heure de l’internet Web 2.0, c’est à dire le web de l’expression et des réseaux sociaux les présidents comme les administrations Africaines sont à la traine et ne tirent pas les leçons des printemps arabes…

chez Info Afrique nous avons reçu des centaines de post via les réseaux sociaux et par email avec photos, textes, et parfois même vidéos. Le partage comme le « like » fut décisif dans la communication virale des évènements.

C’est en effet sur Facebook et Twitter que les informations, qu’elles soient des rumeurs ou non, se sont transmises très vite: manifestations géantes, les généraux en vues, les photos des sites stratégiques en feu, la fuite de Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro… Et souvent, et la aussi à la différence des printemps arabes, les informations sont fiables et confirmés le jour qui suit.

C’est la une des grande différence entre les printemps arabes et la révolution au Burkina

manifestants BurkinabésLes Twitteurs et Followers se sont rendus compte à quel point il est indispensable non pas de faire simplement le « Buzz » mais de vraiment diffuser de l’information structurée, fiable et avec un minimum de sources.

La est la révolution du web 2.0 ou… 3.0 c’est le témoignage diffusé et repris avec une source identifiable et qui répondra vraiment à un complément d’information sur un évènement grave.

Il faut aussi connaitre les difficultés de connexions et d’infrastructures de ces pays pour en mesurer la difficulté de diffusion, sans compter qu’internet et les réseaux mobiles furent coupé plus de 6 heures jeudi 30 Octobre !

Les photos reprises par les plus grands médias du monde sont celles du peuple

Autre véritable révolution, même si c’était aussi le cas avec les trois photos des sélékas en Centrafrique lors de la chute de Bozizé, c’est la diffusion massive de photos provenant non pas d’agence de presse mais des Burkinabés présents dans les manifestations et sur les réseaux sociaux.

Le peuple à pris le pouvoir au Burkina, puis c'est l'armée qui passe à l'action...
Le peuple à pris le pouvoir au Burkina, puis c’est l’armée qui passe à l’action…

C’est en effet une série de cinq photos prises par des particuliers qui ont fait le tour du monde. celle-ci présentent à la fois le parlement et l’assemblée nationale en feu, des portraits de manifestants et la foule.

Elles sont particulièrement démonstratives et de bonne qualité, la aussi un cap décisif à été franchi.

Les présidents Africains ne sont pas du tout au fait du web 2.0

Souvent moqués mais peut plébiscités les présidents d’Afrique sont rarement présents de manière optimale sur les réseaux sociaux. C’est le moins que l’on puisse dire, et il est même fréquent de voir des post ratés voir catastrophiques posté par les community manager de l’équipe de communication présidentielle.
Le pouvoir de réponse officiel est complètement sous estimé alors qu’il est une arme de communication. C’est non seulement dommageable et dangereux, mais j’estime que cela épargnerait même des morts. Il en va donc non pas d’un monde virtuel mais bien de la réalité des citoyens…

incendies-burkina-parlement

« Cette scission entre l’état et le peuple sur le web est pourtant souvent mise en cause… »

Une diffusion plus large et un effet viral aux pays voisins ?

La aussi le passé nous montre que l’effet viral des réseaux sociaux a ses limites en matière de communication populaire. Mais l’innovation dont font parts les bloggeurs et la rapidité de propagation pourrait bien changer les choses et il va être passionnant de voir comment les bloggeurs de l’opposition des pays limitrophes vont réagir…

Thierry Barbaut