Face à Boko Haram l’Afrique doit s’unir

La recrudescence des exactions de l’organisation terroriste Boko Haram depuis l’engagement énergique du Tchad aux côtés d’autres pays de la région pour stopper son irrésistible expansion démontre l’urgente nécessité de constituer une coalition plus large et plus forte, en vue de défaire cette redoutable nébuleuse.

Dans ce contexte, ces majestueuses paroles de Kwamé N’Krumah résonnent avec une actualité nouvelle : « l’Afrique doit s’unir ».

 

Pour rompre avec la désunion qui a fait la prospérité de Boko Haram…

En effet, la force de frappe prodigieusement inique de Boko Haram rend plus qu’impérieuse l’unité des pays africains dans cette lutte.

D’ailleurs, ne nous en cachons pas : c’est bel et bien cette carence d’unité dans les relations entre les pays de la région qui a fait la croissance de ce groupuscule.

Car, comment expliquer autrement que par l’inaction produite par la division, de quelle manière, d’une banale secte composée d’à peine quelques dizaines d’illuminés en 2002, Boko Haram se soit aujourd’hui transformé en un groupe terroriste paramilitaire fort de plus de 8000 hommes, 300 camps d’entraînements et d’une insoupçonnable puissance de feu, à l’instar d’une armée conventionnelle (transports blindés, canons anti-aériens, lance-roquettes, etc.) ?

Jusqu’à la proclamation de son califat « terroricratique » placé sous l’étendard d’une macabre violence, les logorrhées de déclarations de bonne intention ainsi que les innombrables sommets ou rencontres de haut niveau n’ont clairement été d’aucune utilité. La régionalisation de Boko Haram, logique rançon de la division ne saurait alors surprendre. Et lorsque l’on considère que ce groupe s’est déployé dans un contexte de grande porosité des frontières et d’absence de contrôle de ces zones sensibles de passage, l’absence d’un front commun pour l’enrayer apparaît d’autant plus inacceptable.

Meeting à Paris de l'association Initiative For Africa-IFA
Meeting à Paris de l’association Initiative For Africa-IFA

L’urgence présente pour les pays africains de stopper cet empire du crime qui menace États et populations impose en conséquence une autre urgence, cette fois-ci bien pressante : rompre avec les postures ridicules, l’autarcie inconsistante, l’isolationnisme primaire, la mésentente puérile, en un mot, le lamentable spectacle de leur désunion auquel le monde a assisté jusque là. L’incapacité notoire du colosse aux pieds d’argile nigérian -première puissance africaine-, à éradiquer ce fléau, révèle a fortiori la certitude que le manque d’unité des pays africains ne servira pas dans cette guerre asymétrique difficile et qui s’annonce sans doute bien longue.

 

La mobilisation des institutions du continent à la suite de l’intervention de N’Djamena, -soucieuse avant tout d’empêcher des infiltrations de jihadistes sur son sol et de maintenir ses principales voies de ravitaillement- peut apparaître comme un signal positif dans le sens cette nécessaire unité.

Mais là encore, les actes concrets peinent à matérialiser l’annonce de la constitution de la force multinationale de 8000 hommes. Et pendant ce temps, la modeste coalition conduite par le Tchad peine à contenir la nébuleuse, semblable à l’Hydre de Lerne. L’unité apparaît ainsi non plus comme une option mais comme une véritable obligation.

 

…L’Afrique n’a plus le choix : elle doit s’unir !

En réalité, le choix qu’impose le sordide projet de totalitarisme culturel, intellectuel, moral et politique porté par la violence inouïe de l’organisation terroriste Boko Haram n’est plus entre l’union et la désunion ; il est entre l’union et l’auto-destruction.

Car, c’est bien au démantèlement des fragiles États-Nations africains, des précaires équilibres sociaux, des balbutiantes prouesses économiques que mèneront la torpeur et la désunion face à cette abominable nébuleuse. L’essentiel dans la lutte contre cette organisation terroriste ne réside pas dans la pluralité des initiatives mais plutôt dans leur parfaite coordination.

C’est donc dans cette perspective que l’opérationnalisation de la force multinationale promise se doit d’être accélérée.

Ne l’oublions pas : chaque jour d’inertie, d’indifférence, de posture, de bureaucratie, c’est la terroricratie qui étend son empire sans foi ni loi aux dépens de la démocratie et de l’État de droit. De même, ce sont d’autres petites filles condamnées à être kidnappées pour devenir des esclaves sexuelles lorsqu’elles ne sont pas envoyées comme kamikazes, d’autres jeunes garçons enrôlés comme «enfants-soldats-djihadistes», d’autres rapts, exécutions sommaires, expéditions punitives, crimes contre l’humanité que l’on cautionne.

SoyonsAussiNigeriansII

En outre, cette crise sécuritaire lance un unique défi aux responsables politiques africains : celui de traduire dans les faits la rhétorique de la « pax africana ».

Les résultats bien souvent mitigés des interventions occidentales en Afrique ainsi que l’exaspération de l’opinion publique africaine conforte la conviction que face à ce terrorisme régionalisé et localement implanté, une solution africaine est la meilleure réponse à ce problème d’abord et avant tout africain.

Au nom de ces hommes, femmes et enfants en proie à une insécurité quotidienne, de ces vies humaines précieuses soumises à la terreur, pour ces fragiles États-Nations menacés de dislocation par un califat du chaos, au nom de la vie, de la liberté, de la paix et de la sécurité, pour la postérité à qui l’on ne peut pas léguer l’héritage d’un continent démembré par un obscurantisme violent et nihiliste, il est temps pour les pays africains de rompre avec la longue nuit de la passivité coupable et de l’indolence irresponsable.

Il est plus que temps d’empêcher définitivement le groupe terroriste Boko Haram de continuer à faire la pluie et le beau temps du crime. Il est surtout temps d’entendre ces paroles de Kwamé N’Krumah qui résonnent plus que jamais avec une inévitable urgence : l’Afrique doit s’unir !

Adébissi Djogan

Coordinateur de la campagne SoyonsAussiNigerians

Président de l’association Initiative For Africa-IFA

Adébissi Djogan - Président d’Initiative For Africa
Désigné en 2015 par le Cabinet Africa Diligence parmi les 69 jeunes leaders africains émergents, Adébissi Djogan a fondé Initiative For Africa depuis maintenant deux ans, porté par une idée à la fois simple et ambitieuse : mobiliser les talents, compétences et énergies pour activer le potentiel du continent africain à travers différents programmes en matière d'entrepreneuriat et de leadership. Initiative For Africa est présent en France et dispose de Hubs dans plusieurs capitales africaines.