NTIC en Afrique, la Banque Mondiale stimule l’innovation

Connecter les populations, faciliter l’accès aux services publics, stimuler l’innovation

La Banque mondiale aide les pays en développement à exploiter le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour étendre l’accès à la connectivité à bas coût, notamment au haut débit, transformer la fourniture des services de base, stimuler l’innovation et les gains de productivité, et améliorer la compétitivité.

Depuis 2007, l’institution a renforcé son soutien aux partenariats public-privé pour l’accès haut débit à Internet, ce qui a contribué à faire baisser les prix de détail et à accroître l’utilisation des services, jusqu’à multiplier celle-ci par dix dans certains cas. Son appui en faveur des réformes du secteur des TIC a contribué à attirer des investissements privés estimés à 30 milliards de dollars dans le développement des infrastructures des réseaux mobiles au sein des pays bénéficiant de l’aide de l’Association internationale de développement (IDA).

 

Le progrès technologique constitue un puissant moteur de croissance économique. Les infrastructures TIC, en particulier, attirent beaucoup d’investissements dans les pays en développement, où ils génèrent des recettes fiscales significatives et de nombreux débouchés sur le marché de l’emploi.

Dans ces pays, le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile est passé de 214 millions en 2000 à 4,3 milliards en 2011, et le nombre d’internautes a été quasiment multiplié par 20. Le taux de pénétration d’Internet est à un tournant historique, y compris dans la région du monde la moins connectée, l’Afrique. Par ailleurs, plus de 91 % de la population des pays en développement disposent d’un accès à la téléphonie fixe ou mobile. En conséquence, les réseaux TIC constituent désormais une plate-forme permettant la fourniture de services publics à grande échelle et une participation accrue des citoyens. Les TIC peuvent être exploitées pour accroître la responsabilisation, ainsi que pour transformer et étendre la portée des services publics de façon innovante, rapide et économique pour les rendre accessibles aux populations mal desservies.

Les principaux défis mais aussi opportunités que présentent les TIC pour les pays en développement sont les suivants : i) rendre ces technologies plus abordables pour atteindre les populations vivant actuellement hors des zones de couverture des réseaux ; ii) offrir un accès plus large à des services plus sophistiqués et plus abordables comme l’accès haut débit à Internet ; iii) tirer parti de ces nouvelles infrastructures pour améliorer la fourniture des services publics et pour en faire un moteur de croissance économique ; et iv) développer les compétences des citoyens et les aligner sur les besoins des industries des services en relation avec les technologies de l’information et l’économie du savoir.

Solution

En 2012, la Banque mondiale a élaboré une nouvelle stratégie pour le secteur des TIC reposant sur trois axes stratégiques : connecter, innover et transformer.

La composante Connecter vise à étendre les infrastructures réseau ainsi qu’à encourager la stabilité et la prévisibilité dans les systèmes réglementaires. Au cours de la dernière décennie, la Banque mondiale a collaboré avec plus d’une centaine de pays pour soutenir la privatisation et la libéralisation du secteur, ainsi que pour renforcer les capacités des gouvernements et des organes de réglementation. Plus récemment, la Banque mondiale a accru ses financements destinés à des partenariats public-privé novateurs censés jouer un rôle de catalyseur pour inciter le secteur privé à investir davantage dans les infrastructures haut débit. Il s’agit notamment de programmes régionaux de développement des infrastructures de communication visant à accélérer le déploiement des réseaux dorsaux terrestres et des systèmes de câbles sous-marins en Afrique, dans les îles du Pacifique et dans les Caraïbes.

La composante Innover a pour objectif de favoriser le développement et la compétitivité des industries de services basés sur les technologies de l’information, et d’encourager l’innovation autour des TIC dans toute l’économie, notamment au niveau de l’entrepreneuriat technologique, en mettant l’accent sur la création d’emplois, en particulier en faveur des femmes et des jeunes. Ce soutien concerne un ensemble limité, mais en pleine croissance, de projets de développement dans le secteur informatique au Ghana, au Mexique, au Kenya, en Arménie, au Nigéria et au Bhoutan.

Enfin, la composante Transformer repose sur une connaissance approfondie du secteur ainsi que sur des relations étroites avec les institutions gouvernementales pour intégrer les innovations à la fourniture des services publics et au processus de responsabilisation. Cette démarche rend le développement plus ouvert et plus transparent, et améliore la qualité des services publics fournis aux citoyens et aux entreprises dans des secteurs tels que l’éducation, la santé et les services financiers. Ce soutien porte sur toute une série de projets d’administration électronique (e-gouvernement) et de transformation électronique de la gouvernance au Viet Nam, au Ghana, au Rwanda, au Sri Lanka, en Moldavie et dans les Caraïbes orientales.

En Afrique, les autorités locales des villes côtières recourent aux TIC (SMS et SIG) pour atténuer et prévenir les graves effets des catastrophes dues au changement climatique.

Résultats

Voici un aperçu des résultats obtenus grâce à l’aide de la Banque mondiale — Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et Association internationale de développement (IDA) — ou aux fonds fiduciaires dont elle assure l’administration.

Afrique : l’IDA, par le biais de son Programme régional d’infrastructures de communication (exercices 2007-2013), et la Société financière internationale (IFC) ont développé conjointement le Système de câble sous-marin d’Afrique de l’Est (EASSy). Cette initiative, qui constitue un exemple des synergies possibles au sein du Groupe de la Banque mondiale en matière de développement des infrastructures régionales, a donné lieu à un premier projet d’un montant de 424 millions de dollars destiné à soutenir l’intégration régionale des réseaux de télécommunications terrestres par le financement de partenariats public-privé et l’achat de capacité haut débit, tout en instaurant un environnement plus favorable. Le second projet a consisté à investir 240 millions de dollars dans un câble sous-marin reliant les côtes d’Afrique orientale (de l’Afrique du Sud au Soudan) à l’Asie et à l’Europe. Ces projets ont contribué à une réduction de 90 % des prix de gros en Afrique orientale, et les prix de détail ont déjà chuté d’environ un tiers au Rwanda et au Kenya, où cette baisse des tarifs s’est traduite par une explosion du nombre d’internautes, qui est passé de 2 millions en 2007 à 14 millions en 2012.

Ghana : le projet e-Ghana (ex. 2007-2012, IDA) bénéficie d’une conception novatrice reposant sur un partenariat public-privé destiné à transformer la collecte des recettes fiscales par le biais d’une coentreprise entre les régies financières de l’État et un partenaire du secteur privé. Le projet a aidé l’État ghanéen à inciter le secteur privé à investir 40 millions de dollars dans le développement et le déploiement d’une application informatique visant à automatiser le fonctionnement des services des impôts et de la direction générale des registres. Lorsqu’elle sera terminée, cette application devrait permettre à l’État d’accroître les niveaux de conformité et de transparence ainsi que d’élargir l’assiette fiscale, tout en réduisant l’incidence de la fraude, en renforçant les compétences des fonctionnaires et en élaborant un modèle qui pourra être utilisé pour améliorer le fonctionnement des autres organes de l’État.

Rwanda : le projet eRwanda (ex. 2007-2011) a servi à financer 18 télécentres destinés aux populations rurales ainsi qu’à équiper 12 bureaux régionaux en ordinateurs et en logiciels bureautiques, ce qui a permis de connecter les administrations locales au gouvernement central de Kigali.

Le projet a également permis de financer quatre bus qui ont parcouru les différents districts du Rwanda pour transmettre des compétences TIC à diverses catégories de la population : jeunes, fonctionnaires, agriculteurs, responsables politiques, entrepreneurs du secteur privé… Au cours de ce projet, 2 822 citoyens, dont 760 agents des bureaux de district, ont reçu une formation sur des sujets liés aux TIC.

De plus, le projet eRwanda a mis un accent tout particulier sur la promotion des femmes. Parmi les personnes formées figurent 685 conseillères des régions rurales, qui ont appris comment accéder aux informations et utiliser les applications informatiques susceptibles de les aider à faire leur travail au sein de leurs fermes ou de leurs coopératives agricoles.

 

Contribution du Groupe de la Banque mondiale

La Banque mondiale a apporté son soutien à plus d’une centaine de pays dans le domaine des TIC, sous la forme d’investissements ou d’assistance technique. Depuis 2003, l’institution a engagé plus de 1,3 milliard de dollars (dont 776 millions fournis par l’IDA) dans des projets autonomes liés au secteur des TIC. De plus, la Banque mondiale apporte son appui en matière de technologies de l’information à des projets liés à d’autres secteurs, tels que l’éducation, la santé et la gestion du secteur public. Dans une étude de 2006, ce soutien a été estimé à 7,3 milliards de dollars, répartis sur 1 700 projets en cours de mise en œuvre ou de préparation. Par ailleurs, la Banque a consacré environ 45 millions de dollars à des travaux d’analyse et à des activités d’assistance technique dans le secteur des TIC depuis 2000.

Partenaires

La Banque mondiale collabore activement avec nombre de partenaires dans le secteur des TIC :

  • Dans le domaine de l’élaboration des politiques publiques, la Banque mondiale a travaillé avec l’Union internationale des télécommunications (notamment pour coproduire le Manuel sur la réglementation des télécommunications), ainsi qu’avec des organismes bilatéraux dans une démarche de sensibilisation aux politiques de libre accès.
  • En matière de financement des infrastructures TIC, le projet de câble sous-marin EASSy, qui relie, sur 10 000 kilomètres, l’Afrique du Sud au Soudan via des points d’atterrissement situés au Mozambique, à Madagascar, aux Comores, en Tanzanie, au Kenya, en Somalie et à Djibouti, a été financé en partenariat avec d’autres donateurs. Le financement a été géré par l’IDA, en collaboration avec l’IFC, la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque de développement allemande (KfW). La Banque mondiale et la BAD collaborent également avec l’Union africaine sur le projet de réseau dorsal en Afrique centrale.
  • En matière d’aide à la préparation des projets, le gouvernement coréen a mobilisé un fonds fiduciaire (a) de 15 millions de dollars axé sur le développement de projets d’investissement et de prêts, ainsi que sur des travaux d’analyse innovants liés à la dimension transformatrice des TIC.

Perspectives

Dans le cadre du processus de formulation de sa nouvelle stratégie pour les TIC, le Groupe de la Banque mondiale a réévalué et recentré son rôle et ses priorités quant à ses initiatives dans le secteur des TIC, ainsi que sur d’autres secteurs, avec pour objectif d’aider les pays en développement à tirer parti des TIC pour lutter contre la pauvreté et stimuler la croissance économique.

Dans le futur, l’action du Groupe de la Banque mondiale continuera de s’articuler autour de ses trois axes stratégiques : transformer, innover et connecter. Il s’agira d’encourager le recours aux TIC en tant que facteurs de transformation des services afin d’accroître leur impact sur le plan du développement, notamment pour renforcer la responsabilisation et la gouvernance, améliorer les services publics, et rendre possible une fourniture plus inclusive des services par le secteur privé (axe « transformer »). La stratégie s’attachera par ailleurs à mettre en avant les TIC pour renforcer la compétitivité et accélérer l’innovation dans tous les secteurs de l’économie, et orienter le développement des compétences en ciblant les emplois liés aux TIC (dont les études montrent qu’une grande partie va aux femmes) pour accroître la productivité (axe « innover »).

Enfin, il renforcera son appui aux réformes des politiques publiques, aux initiatives du secteur privé et aux partenariats public-privé pour favoriser les investissements dans les infrastructures haut débit et élargir l’accès aux services haut débit, notamment pour les femmes (axe « connecter »).

La nouvelle stratégie du Groupe de la Banque mondiale dans le secteur des TIC met en avant la nécessité de tirer parti de partenariats avec des sources d’expertise externes ainsi que d’adopter une gestion partagée des initiatives au sein de l’institution. Les aspects clés de cette nouvelle approche sont les suivants : 1) exploiter les diagnostics établis au niveau de chaque pays pour hiérarchiser les interventions de l’institution dans chacun d’eux ; 2) renforcer la collaboration au sein de l’institution et avec ses partenaires ; 3) devenir une passerelle d’expertise pour les pays clients ; et 4) jouer un rôle de chef de file intersectoriel et interrégional des initiatives en matière de TIC, améliorer les procédures de passation de marchés dans ce domaine, et axer son action sur le développement des compétences liées aux TIC.

 

Thierry BARBAUT - Numérique et développement
Expert en stratégie numérique et projets de développement - #innovation #Afrique #Digital - Responsable de la stratégie numérique et communication digitale de l'Agence des Micro Projets depuis 2013. 20 années de pilotage de projets dans plus de 40 pays: eau, santé, éducation, agriculture, énergies renouvelables, entrepreneuriat et numérique. Auteur et conférencier sur l'Afrique et le numérique.

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