Les pays d’Afrique et la chute du cours du pétrole

Si l’on en juge par le marché à terme, sur lequel le prix du baril de pétrole livrable en août 2015 est de 56 dollars, il y a peu de raisons d’espérer un redressement des cours pétroliers.

Alors que le pétrole semble devoir rester bon marché pendant un certain temps, le dernier Bulletin trimestriel d’information économique de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord propose une analyse pays par pays des conséquences potentielles de cette situation pour la région.

Petrole-afrique

Voici ses principales conclusions :

Égypte (gagnant) :

La consommation de pétrole égyptienne croît au rythme de 3 % par an, surpassant largement ce que le pays peut produire. Un pétrole moins cher permettra à l’Égypte d’en acheter plus et auprès d’une plus grande variété de sources pour satisfaire sa demande intérieure croissante.

Cela pourrait conduire à moins de coupures de courant cet été, ce qui améliorerait la stabilité politique et sociale du pays. Si le prix du baril reste aux environs de 50 dollars, le pays devrait faire d’importantes économies sur les 100,4 milliards de livres égyptiennes qui ont été inscrits au budget au titre des subventions à l’énergie, ce montant ayant été établi sur la base d’un prix du baril de 105 dollars. Les prix bas du pétrole devraient aussi faire reculer l’inflation et le taux de pauvreté. Mais ils risquent aussi de faire diminuer le nombre de touristes en provenance du Golfe et d’expatriés envoyant de l’argent dans leur pays d’origine. Toutefois, l’importance de ce dernier impact dépendra de la durée pendant laquelle les prix du pétrole resteront bas.

Libye (perdant) :

Le prix à payer pour les recettes pétrolières perdues sera lourd pour le pays si les factions politiques ne parviennent pas à trouver un accord. La production de pétrole de la Libye ne représente actuellement qu’un cinquième de ce qu’elle était avant la crise (1,6 million de barils par jour). Le pays a accumulé des réserves financières substantielles, mais la combinaison de prix bas et de production faible ont forcé le gouvernement à puiser dedans.

Évaluées à 100 milliards de dollars en août 2014, ces réserves ont chuté de 20 % depuis le début de l’année et pourraient être épuisées en seulement quatre ans si la situation actuelle perdure. Le secteur public emploie un quart de la population, et sa masse salariale a grimpé de 250 % depuis la révolution de 2011. En l’absence de toute augmentation de la production de pétrole à l’horizon, les autorités auront bien du mal à tenir leurs engagements. Le Parlement rival, basé à Tripoli, a annoncé qu’il envisageait de supprimer les subventions aux combustibles fossiles, qui représentent 20 % du PIB, une mesure qui pourrait contribuer à aider l’État à combler le fossé grandissant entre ses dépenses et ses recettes.

Tunisie (gagnant) :

Le budget qui vient d’être approuvé était basé sur un prix du baril de pétrole de 95 dollars. La baisse des prix pétroliers conduira à une forte réduction des dépenses de l’État au titre des subventions à l’énergie. Elle fera également baisser le coût de production et de transport des produits alimentaires. Une baisse de 15 % du prix de l’énergie couplée à une baisse de 5 % du prix des produits alimentaires pourrait faire augmenter le revenu réel des pauvres de 3 % et celui des 40 % les plus démunis de la population de 2,5 %.

Yémen (perdant) :

le pétrole occupe une place prédominante dans le budget de l’État. Du fait de la baisse de son prix et de l’instabilité politique qui perdure dans le pays (avec notamment de fréquents sabotages sur les oléoducs), les recettes pétrolières ont été divisées par deux. Ainsi, les recettes se sont élevées à un total de 1,4 milliard de dollars entre mai et septembre 2014, contre 2,4 milliards de dollars pour la même période en 2013. Le Yémen est également dépendant des envois de fonds des migrants partis travailler dans les pays du Golfe (qui concentrent 90 % de l’ensemble de ces transferts), et dont le volume pourrait également être affecté.

Cependant, la baisse des cours du pétrole devrait faire diminuer les prix des biens importés et doper la consommation des ménages, particulièrement en ce qui concerne les produits alimentaires, importés à 55 %. De plus, l’inflation devrait refluer, car les produits alimentaires constituent près de 44 % des dépenses des ménages yéménites. Toutefois, pour protéger sa monnaie et compenser la chute de ses recettes pétrolières, le Yémen a dû puiser dans ses réserves de change. Le pays a actuellement de quoi couvrir 4,6 mois d’importations, contre 5,1 mois en septembre. Cette tendance négative a de fortes chances de se poursuivre, du fait du pétrole à bas prix et de l’instabilité récurrente dans le pays, mais aussi en raison de la décision de l’Arabie saoudite de suspendre l’essentiel de ses aides. Le Yémen va avoir besoin d’une assistance soutenue de la part de ses partenaires de développement pour éviter de connaître dans les années à venir une véritable crise de la balance des paiements qui le conduirait à ne plus pouvoir régler des importations essentielles pour le pays