Témoignage de RDC, de l’eau potable, il n’y en a presque pas à Bukavu

Bukavu est devenu un endroit aux robinets secs

Depuis des mois, les bukaviens n’ont pas vu de l’eau en couler. Chaque jour, de petites tout comme de grandes filles, de jeunes tout comme de vieilles mamans errent, bidon à la main, à la quête de ce bien de première nécessité.
Pour accéder à l’eau potable, ces femmes de Bukavu attendent qu’il soit 2heures ou 3heures du matin pour interrompre le sommeil et rejoindre les rues qu’elles parcourent en entièreté avec l’espoir d’aboutir à un robinet avec moins de monde.

Faida est une jeune fille âgée de 17ans.
Elle est de Panzi, un des quartiers qui composent la commune d’Ibanda.

Elle raconte ce qui suit: « je me suis réveillé quand tout le monde dormait encore, chemin faisant, je suis tombé dans les mains des garçons barbares. Ils m’ont dite que si je ne leur donne pas mon portable, ils vont faire de moi tout ce qu’ils veulent. »
La jeune poursuit: «  Mon cœur s’est mis à battre puisque je n’avais pas de portable. Heureusement, l’un d’eux m’a reconnu, il habite dans la même avenue que moi, c’est ce qui m’a sauvée.»

eau-potable-bukavuAu robinet, des bidons aux dimensions très variées font la queue.
Celle-ci est exagérément longue que les femmes dont les bidons en occupent le derrière ne savent pas à quelle heure de la journée elles pourront avoir accès à cette eau aussi rare que de l’or.

Et d’autres femmes continuent à arriver, elles arrivent de partout d’ailleurs. Et quand elles sont à quelques mètres de la queue, elles se mettent à courir puisque chacune veut que son bidon y précède ceux des autres, ainsi elle pourra avoir accès à l’eau avant elles, le respect de l’ordre d’arrivée et l’argent étant les seules règles à observer pour pouvoir puiser.

Par ailleurs, l’eau qui coule du robinet est aussi d’un faible débit qu’il faut plus de 15 minutes à chacune des femmes pour pouvoir remplir un bidon de 20 litres.

 

“L’accès à l’eau potable, n’est-ce pas un droit pour tous?”

Faciliter à tous l’accès à l’eau potable, n’est-ce pas une obligation pour les dirigeants?

corvee-eau-bidon-rdcA Bukavu, l’entreprise dénommée Régie de distribution d’eau (REGIDESO) et qui se charge de la distribution d’eau potable est gérée par l’Etat.
D’après un rapport technique publié en 2010 par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), cette entreprise fait face à d’énormes défis: infrastructures endommagées et fragilisées par des années de sous-investissement, taux de croissance rapide de la population urbaine et dégradation des bassins versants augmentant les coûts de traitement.

Cependant, l’entreprise accuse une certaine lenteur dans le déblocage des moyens requis ainsi que dans la mise en place de nouvelles stratégies pouvant la permettre d’approvisionner, d’une manière efficace, tout Bukavu en eau potable.

Nombreux sont ceux qui pensent, ici à Bukavu, que la privatisation de l’entreprise constituerait la solution à cette lenteur et permettre ainsi à toute la population de Bukavu d’accéder à l’eau potable sans courir d’énormes risques.
De l’eau embouteillée aussi, abondante d’ailleurs sur le marché à Bukavu, constituerait une autre solution au manque d’eau potable, mais vu son cout élevé, soit 1.01$ par litre, elle reste le seul apanage des hauts fonctionnaires de l’Etat et les expatriés en mission à Bukavu.



Une famille congolaise moyenne vit de moins d’1$ par jour

D’où l’incapacité même, quelques fois,  de se procurer ou à pouvoir se procurer de l’eau produite par l’entreprise de l’Etat, vendue, elle, à 0.01$ les 40 litres aux habitants des coins de la ville non-approvisionnés en eau de la REGIDESO.
La conséquence du manque d’eau potable est grave: la diarrhée est la deuxième cause de mortalité et pourrait être fortement réduite par un meilleur accès à l’eau potable.

MURHULA ZIGABE pour Info Afrique

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